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Procès du 28 septembre en Guinée : L’ultime chance pour situer la responsabilité de Dadis Camara et « Toumba »

À l’issue de la première journée d’audience sur les exactions commises le 28 septembre 2009 et les jours suivants au stade de Conakry, le président de la cour a renvoyé le procès au 4 octobre prochain.

Ce procès, tant attendu, est inédit et va laisser une tache d’huile dans l’histoire politique guinéenne, prise dans un « cercle vicieux d’impunité ». Du moins, c’est l’avis de Maître Halimatou Camara, avocate au barreau, militante des droits de l’homme, membre du collectif des avocats dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009.

Selon les enquêtes et les témoignages recueillis, ce procès va soulager beaucoup de victimes physiques et psychologiques.  « Il y a eu beaucoup de choses qui se sont passées. Aujourd’hui, j’aimerais seulement parler de la justice, parce que j’ai une plaie que je ne veux pas rouvrir, je veux maintenant voir le bonheur devant moi », raconte une victime.

Le bilan de ce massacre fait état de 107 morts, 109 femmes violées, 1 500 blessés. C’est un soulagement pour les victimes qui ont espéré retrouver les présumés commanditaires face à leur responsabilité. Treize ans après, ils vont enfin affronter la justice guinéenne.

Le crime en tant que tel

« Ce jour-là, des éléments de la garde présidentielle du capitaine Moussa Dadis Camara (alors chef de la junte) venus du camp militaire Alpha Yaya Diallo font irruption dans l’enceinte du stade de Conakry. Des dizaines de milliers d’opposants à la junte se sont rassemblées dans ce stade – le plus grand de la capitale – pour dire non à la candidature annoncée de l’officier à l’élection présidentielle prévue en janvier 2010.

Des soldats lourdement armés rejoignent sur les lieux des éléments de la gendarmerie et de la CMIS, la compagnie mobile d’intervention et de sécurité, déployés depuis les premières heures de la matinée. Il est 11h quand les coups de feu commencent à crépiter du côté de la mairie de Dixinn, à l’est du stade. Les militaires, les gendarmes, les policiers et autres milices armées envahissent rapidement le stade de tous les côtés, tirant à vue sur les manifestants désarmés. Les civils tentent de fuir comme ils le peuvent. Au bout d’une heure, des corps sans vie, des blessés graves jonchent la pelouse, les gradins et l’intérieur de la cour du stade. Des femmes sont violées par les soldats dans l’enceinte du palais des sports et dans les toilettes et vestiaires du stade », peut-on lire sur Rfi.

Le basculement de l’État qui en a suivi

Ce massacre a été très lourd à porter pour le régime. Des ONG des droits de l’homme et des missions de commission d’enquête des Nations unies ont foulé le pays quelques semaines après. Les rapports ont inculpé treize personnalités de l’État révélant la brutalité de l’armée guinéenne à son paroxysme. S’en est suivie une tentative de meurtre sur l’ancien président de la république (de la transition) qui voulait faire porter la responsabilité du crime de masse à son seul aide de camp d’alors. 

«Je lui ai tiré dessus parce que (…) Camara a commis un acte de trahison», a-t-il déclaré. «Il a tenté de me faire porter l’entière responsabilité de ce qui s’est passé le 28 septembre. C’est cet acte de trahison qui m’a amené à agir», avait déclaré Toumba Diakité.

Moussa Dadis Camara avait alors affirmé à la radio sénégalaise RFM ne pas avoir donné l’ordre de tirer sur la foule. Selon l’agence Reuters, le chef de la junte chercherait à accuser Toumba afin de s’affranchir de toute responsabilité dans le massacre.

Depuis lors, les deux s’accusent mutuellement. La justice reste alors le seul rempart pour la manifestation de la vérité.

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