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Coup d’Etat au Burkina : Changement de paradigme ou un éternel recommencement

New junta's soldiers stand guard in an armoured vehicle in Ouagadougou, Burkina Faso October 1, 2022. REUTERS/Vincent Bado

Le putsch intervenu au Burkina Faso a reçu une fois encore l’approbation des populations. On a vécu le même scénario huit mois plutôt dans le même pays. Face à la perte de plus en plus croissante d’une grande partie du territoire, des manifestants s’étaient révoltés contre l’immobilisme de l’ex-président Roch Christian Kaboré. Saisissant la balle au bond, le lieutenant-Colonel Damiba s’est emparé du pouvoir, contraignant le président élu à la démission. L’acte fut « salutaire » sous les ovations des populations euphoriques de l’imminence d’un changement de paradigme. Erreur !

Près de trois trimestres après la prise du pouvoir par les armes, rien n’a vraiment progressé sous le magistère de Paul Henri Sandaogo Damiba. À lui aussi, ses frères d’armes lui reprochent de s’être trop peu préoccupé de la résolution des questions d’insécurité, de lutte contre le terrorisme grandissant. En cela, ils n’ont vraiment tort. 40% du territoire sont sous l’emprise des groupes armés qui dictent leur loi aux pauvres populations. Le nord et l’est du pays sont les deux régions les plus touchées par les attaques avec destruction des infrastructures routières coupant une partie du territoire du reste.

Les jeunes officiers qui ont pris le pouvoir semblent assoiffés de changement de paradigmes. « Le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba se serait réfugié au sein de la base française de Kamboinsin en mesure de planifier une contre-offensive afin de semer le trouble au sein de nos forces de défense et de sécurité. Cela fait suite à notre ferme volonté d’aller vers d’autres partenaires près à nous aider dans notre lutte contre le terrorisme », a lu le sous-lieutenant Jean-Baptiste KABRE.

Si l’on peut faire foi à leur déclaration, en occultant l’hypothèse d’un dessein de manipuler l’opinion, les jeunes putschistes manifestent le désir d’aller vers d’autres partenaires. Dans l’euphorie du coup d’État, des manifestants ont brandi le drapeau russe, lancé comme une invite à un partenariat.

On peut bien comprendre, non seulement pour le peuple, mais aussi pour les militaires présents sur les théâtres d’opérations, la volonté de changer de partenaires. C’est légitime. Mais il faudra faire extrêmement attention à la malédiction de « l’éternel recommencement ». Pour cela, le peuple doit être plus exigeant. Pour le peuple lui-même d’abord et pour les militants la raison du changement de partenaires de lutte doit être clairement définie.  

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