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Forum de Dakar : Macky Sall se prononce sur les défis et revendications de l’Afrique dans la gouvernance mondiale

Au 8ème forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, un panel de haut niveau s’est penché sur le thème de cette édition : « L’Afrique à l’épreuve des chocs exogènes : défis de stabilité et de souveraineté ». C’est l’occasion pour Macky Sall, président de la République du Sénégal et président en exercice de l’Union Africaine de relever les dysfonctionnements de la gouvernance mondiale. Pour lui, ces dysfonctionnements expliquent en partie, les difficultés liées à la stabilité et à la souveraineté que rencontrent les pays africains.

Dans la première étape de sa prise de parole, Il a montré que la fronde de critique sur le système des Nations Unies, est due à l’inadaptation de son fonctionnement. « Depuis la fin de la seconde guerre mondiale on a bâti un système autour du multilatéralisme de la complémentarité et ce système ne doit pas être aujourd’hui remis en cause. S’il est remis en cause c’est soit il est inadapté, parce que les règles qui gouvernent ce système sont en déphasage avec la réalité du système lui-même », a fait remarquer Macky Sall.

Il s’est évertué a démontré l’obsolescence du modèle de fonctionnement des organes des Nations Unies. « Après la seconde guerre, les pays qui ont gagné la guerre ont lancé les institutions de Brettons Woods, l’organisation des Nations Unies dont les règles ont été fixées avec les organes de gouvernance dont le plus important est le Conseil de Sécurité. On a des pays qui ont des statuts particuliers ce sont les membres permanents avec droit de véto. Ça, c’est une résultante de la deuxième guerre mondiale. Alors 70, 75, 80 ans après, on garde les mêmes règles alors que le nombre de pays membres a été multiplié par trois puis que toutes les anciennes colonies des anciennes puissances colonisatrices sont devenues quasiment toutes indépendantes et sont membres de droit et doivent avoir, sinon les mêmes droits, du moins doivent être représentées de façon équitable et juste. », a revendiqué Macky Sall.

Le président de l’Union Africaine s’est prêté au même exercice sur les institutions de Brettons Woods. « Il en est de même pour les institutions de Brettons Woods. Nous parlons de la réallocation parce qu’il y a eu l’allocation, c’est-à-dire les droits des pays, de tous les pays. Mais ce sont des droits tellement faibles parce que ces institutions, le Fonds Monétaire International, la banque mondiale et toutes ces institutions qui gouvernent aujourd’hui le monde aux plans financiers, aux plans économiques, ont des règles et des quotas qui ont été fixés à l’époque qui font des pays comme les États-Unis à lui seul, il fait plus de 25% du pouvoir du Fonds Monétaire International. Les pays développés réunis c’est plus de 80% voire 90 % du pouvoir de décision. », a souligné le président Sénégalais.

C’est avec une approche comparative que Macky Sall a démontré la nécessité de réformer le modèle de gouvernance du monde. « Des droits de tirages, quand on fait leur répartition, on voit bien que sur une échelle de 650 milliards de l’émission qui a été faite, c’est un exemple, l’Afrique n’a eu droit qu’à 33 milliards dont 23 pour l’Afrique subsaharienne. Voilà la réalité du monde donc nous disons qu’il faut avoir le courage de faire des réformes. Nous savons que les réformes sont toujours difficiles. Elles font peur parce que ceux qui sont dans le confort de l’existant ont peur de plonger. Et si nous ne plongeons pas nous allons aussi vers l’inconnu », a-t-il dit avant d’insister « il faut réformer le système parce qu’il ne répond plus aux besoins actuels du monde. C’est pourquoi ce que nous demandons ce n’est pas simplement une revendication j’allais dire révolutionnaire. Non. Nous demandons des réformes simplement. Où le monde va travailler dans un partenariat juste et équitable. »

Pour y arriver, Macky Sall plaide pour un changement de mentalité et de reconsidération des modèles de partenariat. « En 2022 nous ne sommes plus à l’ère coloniale. Donc les pays même s’ils sont pauvres, ils sont d’égale dignité. Donc il faut qu’on traite leurs problèmes. Mais avec les mêmes respects. L’Afrique n’est pas contre l’Ukraine. Il ne faut pas qu’on ait l’impression que les Africains sont insensibles à la situation de l’Ukraine. Ce n’est pas ça du tout. Nous l’avons dit. Beaucoup de pays africains ont soutenu presque toutes les résolutions, d’autres ont soutenu à la carte, en fonction de leur compréhension des situations. Très peu en réalité ont voté contre ces résolutions en tant qu’africains. Mais les Africains disent qu’au même moment où l’Ukraine est en guerre, est envahie, est agressée, l’Afrique est permanent agressée par le terrorisme international. Au même moment, nous sommes permanemment agressés par les maladies, par le manque de financement. »

Macky Sall ne s’est pas fait prier pour défendre l’intérêt de son continent pour l’équité de la gouvernance mondiale. « Et nous demandons qu’on change les règles pour l’accès aux finances du monde pour nous permettre d’assurer le minimum qu’un pays doit assurer pour ses citoyens. La Sécurité, la Santé, etc. Donc c’est tout ce que l’Afrique demande. Et encore une fois si cela est accepté, c’est pour le plus grand bénéfice de tout le monde. Parce qu’en ce moment l’Afrique va être un acteur majeur de la mondialisation, un grand marché pour tout le monde », a expliqué le président de l’Union Africaine.