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Violences faites aux femmes : le collectif des féministes s’insurge contre les cas de féminicides au Sénégal

Chaque année, la liste des victimes s’allonge. Sur les deux dernières semaines du mois d’octobre, au moins trois cas de féminicides ont été recensés par le comité de lutte contre les violences faites aux femmes, et pas moins de 21 cas entre janvier 2019 et mars 2020. Faute de données exhaustives, il est difficile de déterminer le nombre exact de victimes, mais ces chiffres restent alarmants.

Lundi 31 octobre, le collectif des féministes a saisi le président de la République dans une lettre ouverte publiée dans la presse. “Alerte, on nous viole et on nous tue ! Le Sénégal en guerre contre ses femmes!”, est un cri de cœur des femmes après les dernièrs actes enregistrés ces semaines.

Ces femmes demandent au chef de l’Etat de prendre des mesures contre la culture d’impunité qui sévit dans le pays. “On ne peut pas continuer à bafouer les droits de 52% de la population et espérer être pris au sérieux par nos pairs dans le monde. Nous ne voulons plus être célébrées, chantées, fêtées le 8 mars puis tuées les 364 jours qui restent dans le silence le plus total”, ont-elles écrit.

Au Sénégal, une bonne partie de la population estime que les mouvements féministes sont l’apanage des femmes. “La société est tellement dans le ‘masla’ (paraître), dans les apparences, alors qu’elle est profondément violente et patriarcale. Et le féminicide est le paroxysme de cette violence-là”, a déclaré Rama Salla Dieng, maîtresse de conférence dans le journal Le Quotidien.

Pour ces femmes, les forces de sécurité doivent être formées dans la prise en charge des femmes victimes de violences pour renforcer les capacités d’accueil et de prise en charge physique et émotionnelle. Au Sénégal, le viol n’a été criminalisé qu’en 2019, une décision “très récente” pour une société considérée comme l’une des plus violentes envers les femmes.

“On cherche toujours des circonstances atténuantes aux violeurs, pour mettre la responsabilité sur les épaules des victimes. Qu’est-ce qu’elle portait ? Où était sa mère ? Pourquoi est-elle sortie à cette heure-ci ? Ces questions sont encore trop souvent posées”, s’est indignée Aïssatou Sène, une des porte-paroles du Collectif des féministes du Sénégal.

Des tendances ultra-conservatrices sont observées ces dernières années dans ce pays à majorité musulmane. Et alors que le mouvement ‘Me Too’ a relancé le débat sur les violences faites aux femmes, les voix s’élèvent et elles sont plus que jamais engagées pour le respect de leurs droits. Dans des associations féministes et sur tous les fronts, elles combattent les inégalités et les discriminations auxquelles elles sont confrontées.

L’accès à l’éducation et à la connaissance a eu un grand impact sur les femmes de ce siècle. Si les anciennes générations ont posé les bases, aujourd’hui, c’est au tour de la jeune génération de revendiquer une place de choix, des lois progressistes et surtout la fin des violences basées sur le genre.

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