Portrait

Antony Blinken ou l’artisan de l’offensive diplomatique américaine

Il fait partie des collaborateurs de longue date de Joe Biden. Aujourd’hui, troisième personnalité de l’Etat américain, Antony ou encore Tony Blinken est le secrétaire d’Etat américain, le chef de la diplomatie américaine. Féru de guitare et de micro, le diplomate à l’allure interventionniste, occupe ce poste depuis le 26 janvier 2021 dès l’avènement de la présidence Biden.

Vétéran de l’administration américaine, Antony Blinken est l’artisan du retour des Etats-Unis sur la scène diplomatique internationale. Joe Biden avait annoncé lui-même à l’entame de son mandat : « l’Amérique est de retour, la diplomatie est de retour ». Cela en référence au quadriennat du président Trump qui a fait reculer l’Amérique sur le plan diplomatique mondial après les huit années de règne démocrate de Barack Obama où les USA ont joué leur traditionnel rôle de « gendarme » du monde. Pour que l’objectif fixé soit atteint, Biden trouve mieux faire de jeter son dévolu sur son compagnon professionnel de plus de vingt ans maintenant. Celui-ci disait : « En termes simples, le monde est plus sûr pour le peuple américain lorsque nous avons des amis, des partenaires et des alliés » avait déclaré Antony Blinken en 2016.

Blinken, le francophile

C’est le visage francophile de l’administration Biden, un new-yorkais de soixante ans aujourd’hui. Bon connaisseur de l’Otan et des questions européennes, Antony Blinken a fait une partie de son enfance en France jusqu’au baccalauréat avant de rejoindre les Etats-Unis. C’est à neuf ans qu’il a déménagé avec sa mère qui a suivi son nouveau mari pour Paris où Blinken a fréquenté l’École Jeannine Manuel, une école bilingue. Diplômé de droit, il a intégré le personnel du conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche sous Bill Clinton de 1994 à 2001. Mais c’est aux côtés de Joe Biden qu’il va apprendre l’expérience sénatoriale pendant six ans comme conseiller puis directeur du personnel démocrate de la commission des relations étrangères.

Caractérisé par son calme élégant et son sang froid que son entourage s’accorde à lui reconnaître, il est d’une courtoisie rare qui le distingue nettement de son prédécesseur Mike Pompeo. D’ailleurs son ami d’enfance à l’école Jeannine Manuel l’a dit explicitement : « Personne ne se souvient l’avoir jamais vu s’emporter ou avoir un accès de colère » et a ajouté « On peut difficilement faire plus affable, humble et discret que lui », avait déclaré Robert Malley président de l’International Crisis Group.

Antony Blinken est partisan d’une Amérique qui régule le fonctionnement du monde en s’activant sur les fronts de conflits. « Depuis la toute première conversation téléphonique que nous avons eue après que Tony a pris le poste de secrétaire d’État… Je dois encore m’habituer au fait que je peux parler au ministre américain des Affaires étrangères et être toujours du même avis », avait déclaré Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères, lors de sa rencontre d’État avec Blinken. C’est donc un technicien chevronné aussi bien de la sécurité internationale que des coopérations avec son pays. « Je donne à Tony une très bonne note en tant que secrétaire d’État pour avoir adhéré au dicton de George Shultz selon lequel la gestion de l’alliance, c’est comme du jardinage », déclare Eric Edelman, ancien ambassadeur et responsable de la défense, avant de réitérer Blinken ce qu’il sait faire le mieux, « Vous devez en quelque sorte être constamment attentif aux alliés ».

« Nous avons les mêmes objectifs. Parfois nous divergeons sur la tactique »

En ce qui concerne les alliés, Blinken est un véritable joker aux mains de Biden. Alors que la guerre russo-ukrainienne était imminente, et qu’il était incompris au conseil de sécurité de l’ONU à cause du précédent américain dans la guerre en Irak, il avait déclaré : « Soyons clairs : je suis ici aujourd’hui non pour défendre une guerre mais pour en empêcher une ». Mieux, il sait jouer l’équilibre quand il s’agit de défendre l’intérêt américain dans les situations de conflits les plus complexes. Alors qu’il assume la constance des Etats-Unis dans la crise vénézuélienne et dans le conflit Israélo-palestinien, le secrétaire d’État américain a dit à Yaïr Lapid, premier ministre israélien, « Comme c’est le cas des plus proches amis, nous aurons des écarts de vue de temps en temps », avant d’ajouter « Nous avons les mêmes objectifs. Parfois nous divergeons sur la tactique ». Antony Blinken est le profil de médiateur international. Et, il l’a encore démontré lors de sa visite d’État en Afrique centrale dans la médiation de la crise entre le Rwanda et la RDC. « Mon message aux deux présidents, congolais et rwandais, a été le même : tout soutien ou collaboration avec des groupes armés dans l’est de la RDC met en péril la stabilité régionale », avait-il déclaré en conférence de presse.

ABlinken, c’est le nom de scène de Tony Blinken. « Tony », c’est justement ce prénom qu’on lui connaît en France. Il est un musicien instrumentiste qui passionne pour le rock and roll et du jazz. Il a baptisé sa musique « wonk rock » comme il l’a écrit sur son compte twitter en octobre 2018. « Pour ceux qui aiment le wonk rock, consultez et suivez ABlinken sur Spotify. Quelques chansons originales datant de plusieurs années mais juste enregistrées », avait-il écrit. Un utilisateur de Twitter a même écrit qu’il a fondé un groupe appelé « Steely Dan et les Doobie Brothers ». Certaines de ses compositions récentes « Patience » et « Lip Service » sont disponibles sur Spotify.

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