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Xale, les blessures de l’enfance, le dernier pan de la trilogie de Moussa Sene Absa

Que faire quand on est confronté à son bourreau? Awa, héroïne principale du film ‘Xale’ de Moussa Sène Absa, ne s’est pas posé la question à deux reprises. Pour elle, une seule finalité : un tort pour une vie, peu importe les conséquences. La scène qui ouvre ce dernier long-métrage du cinéaste sénégalais est forte, elle met directement dans le bain. Puis, un retour en arrière est utile. La vie est moins dramatique dans la cour de cette famille qui arrive à peine à joindre les deux bouts.

“Xale, les blessures de l’enfance”, est une œuvre contemporaine qui s’inscrit dans une ode adressée aux femmes par l’auteur. Les femmes sont au centre du récit, les hommes ont un rôle plutôt secondaire dans cette trilogie du cinéaste entamée en 1995 avec ‘Tableau Ferraille’ puis ‘Madame Brouette’ en 2002 avant de s’achever par Xale. Le point commun de ces longs-métrages : les femmes, elles sont le point focal de ses récits de Moussa Sène Absa. Le cinéaste brosse des sujets de sociétés très actuels tels que le mariage arrangé pour sauver l’honneur de la famille, la décadence provoquée par la suite des événements, les choix et les décisions des uns et des autres. Un enchaînement au rythme des prestations scéniques sous les airs musicales des frères Guissé et de Daara J Family.

‘Xale’, c’est le rêve brisé de Awa (Nguissaly Barry), une jeune adolescente qui aspirait à un avenir radieux et qui s’est retrouvée par le cours de la vie à élever un enfant après un viol commis par son oncle Atoumane (Ibrahim Mbaye Tché). Le personnage parvient à se relever de cette période grâce à l’amour qu’elle porte à sa fille, fruit de l’inceste. Et l’histoire d’un jumeau qui rêve d’eldorado pour mettre fin aux souffrances de sa famille. Adama (Mabeye Diol) veut offrir une meilleure vie à ses proches. Par la pirogue, il va braver les dangers de la mer malgré les dissuasions. Moussa Sene Absa montre un aspect nouveau de la migration clandestine, rarement vue au cinéma, celle réussie.

Les personnages du récit sont les fruits de leur société, de leur réalité et de leur vécu, et Atoumane n’échappe pas à sa tragédie. Le personnage est rongé par ses démons. Tout au long du film, on le voit souffler du chaud et du froid, agir avec gentillesse à certains moments pour finir par commettre un viol sur une fille de 15 ans. Dans cette société dépeinte par le cinéaste, le bourreau est exilé par la communauté, “la pire” punition dans une société traditionnelle. Mais à l’ère où les femmes revendiquent des punitions à la hauteur de préjudices qu’elles subissent, le choix de M. Sène Absa peut poser débat.

Finalement, le réalisateur mise sur le bonheur et l’acceptation et les femmes s’en sortent d’une certaine manière. Fatou (Rokhaya Niang) arrive à s’extirper de son mariage arrangé et des violences qu’elle subit, et même si Awa est violée, elle garde sa fille qui devient le centre de sa vie. Et même si elle rêvait de plus, elle arrive à passer au-dessus des circonstances et à élever sa fille avec amour. Mais le retour de Atoumane replonge Awa dans son traumatisme et elle commettra l’irréparable en prenant la vie de son bourreau. Devant ses pairs, elle prononce un discours fort et revient sur l’acte qui lui a ravi sa vie, sa joie, son enfance.

Au cours du film, on aurait aimé un développement plus profond des personnages pour une meilleure compréhension de l’ampleur de la situation, s’attarder sur Atoumane et Awa aurait été une meilleure manière d’appréhender l’histoire et de cerner les protagonistes. Mais le long-métrage reste une belle représentation de cette société sénégalaise que Moussa Sene Absa a voulu retranscrire. Il y est arrivé avec sa touche bien à lui, en offrant des prestations à des acteurs phares qui ont incarné leurs personnages.

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