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Suspension des ONG françaises au Mali par la junte : Un acte de souveraineté ?

A man unloads rice from a humanitarian food convoy that arrived from the Malian capital Bamako in the northeastern city of Gao, June 12, 2012. The U.N. Security Council on Monday declared its readiness to consider backing West African military intervention in Mali, where rebels and Islamist militants have seized control of much of the country, but said it needed more details on the plan. Picture taken June 12, 2012. REUTERS/Adama Diarra (MALI - Tags: POLITICS CIVIL UNREST CONFLICT RELIGION)

Les tensions diplomatiques entre Paris et Bamako ne se sont pas à leur épilogue. Lundi, le gouvernement de la Transition du Mali a décidé d’interdire, avec  »effet immédiat », toutes les activités des ONG opérant au Mali sur financement ou avec l’appui matériel ou technique de la France, y compris dans le domaine humanitaire.

Les autorités affirment que « depuis février 2022, la France a notifié par voie diplomatique la suspension de sa coopération au développement en faveur du Mali ». Une partie de l’opinion malienne a critiqué la décision prise par la France de suspendre son aide au développement avec les conséquences directes que cela représente sur la population.

Selon Coordination Sud, un collectif d’ONG françaises de solidarité internationale, l’arrêt de l’aide au développement française remet en cause près de 70 projets en cours ou prévus dans ce pays dans les prochaines années.

« C’est le principe de réciprocité qui s’est appliqué » explique Fousseynou Ouattara, vice-président de la Commission défense et sécurité au sein du Conseil national de la transition. Selon lui cette interdiction est la conséquence de la récente décision de la France de suspendre l’aide au développement destinée au Mali.

« En application de ces principes, cette décision de la France prise depuis février 2022 ne suscite aucun regret, d’autant plus qu’elle contribue à la restauration de notre dignité bafouée par une junte française spécialisée d’une part dans l’octroi d’aide déshumanisante pour notre Peuple et utilisée comme moyen de chantage des gouvernants et, d’autre part, dans le soutien actif aux groupes terroristes opérant sur le territoire malien », a souligné le Colonel Abdoulaye Maiga, Premier Ministre par intérim.

Des accusations balayées du revers de la main par la transition malienne qui dénonce « un subterfuge destiné à tromper et manipuler l’opinion publique nationale et internationale aux fins de déstabilisation et d’isolement du Mali ».

Le Colonel Maïga a affirmé que dans « le cadre de la Refondation de l’Etat, le Colonel Assimi Goïta, Président de la Transition, a défini trois principes, à savoir : le respect de la souveraineté du Mali, le respect des choix de partenaires et des choix stratégiques opérés par le Mali et la prise en compte des intérêts vitaux du Peuple malien dans les décisions ». Le Gouvernement de la Transition a invité « le Peuple malien à rester serein et à soutenir les Autorités de la Transition dans leur noble mission de refondation de l’Etat et de lutte implacable contre les groupes terroristes ».

Cette réaction du gouvernement n’est pas partagée les citoyens maliens qui gagnent leur pitance en travaillant pour ces Organisations. C’est le cas de Yacouba Soumahoro qui travaille pour ADéKA, l’Association pour le développement et l’entraide du village de Kouniandji, une ONG humanitaire et caritative basée dans l’ouest du Mali. 

« Est-ce qu’ils ont mûrement réfléchi avant de prendre cette mesure ? C’est bien l’effet du populisme, de la propagande, mais à un certain niveau, il va falloir s’arrêter et faire face aux défis réels. J’ai une famille de quatre personnes et madame, sans compter les frères et sœurs qui, de temps en temps, me sollicitent pour pourvoir à leurs besoins », s’inquiète Yacouba Soumahoro. Celui-ci s’inquiète aussi du sort de la population que son ONG aidait car, dit-il, « elle risque de se retrouver exposée au manque de services de base comme c’est le cas dans plusieurs régions du Mali où l’absence de l’Etat est dramatique ». 

Mahamane Mariko, un juriste malien, estime que « les autorités maliennes doivent maintenant essayer quand-même d’accompagner financièrement, psychologiquement, techniquement ces milliers de personnes qui sont employées par ces différentes ONG ».

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