L'Entretien de la semaine

“Il nous faut une politique culturelle forte”, Nix (artiste rappeur)

20 ans de carrière qui ont débuté 20 ans auparavant lors du même show, pour le rappeur sénégalais Nix, la Dakar Fashion Week a été un tremplin alors qu’il faisait son entrée sur la scène du hip-hop sénégalaise. Il est l’un des artistes qui a su marquer sa génération, maître des mots et des textes bien travaillé, Nicolas Omar Diop a su revendiquer sa place sur la sphère musicale et artistique en devenant l’un des premiers de sa catégorie à exporter sa musique à l’international.

Récemment à l’affiche du concert d’ouverture du Festival du Sahel à Lompoul, en showcase à la Dakar Fashion Week et ce lundi 5 décembre à l’événement Les Ateliers Chanel à Dakar, le rappeur enchaîne les événements et se tient encore solidement dans le milieu. Il a répondu à nos questions.

Ça fait 20 ans que vous avez débuté votre carrière, au même show en même temps que le lancement de la Dakar Fashion Week, qu’est-ce que ça vous fait ?

Je me sens vieux (rires). Ça fait plaisir. Adama, c’est une grande sœur, elle m’a fait confiance au moment où personne ne me connaissait à part dans le milieu hip hop. Elle m’a offert son show pour que je joue un de mes morceaux qui n’étaient même pas encore sortis et c’était énorme pour moi. Quand j’ai vu 20 ans de la Fashion Week, je me suis dit “Ah ouais ça fait déjà 20 ans” mais c’est une continuité. C’est un peu logique donc je l’ai fait avec beaucoup de plaisir, j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder le show, les designers et je pense que c’est un beau moment pour la mode sénégalaise et la mode africaine en général.

Rapper en français vous a ouvert les portes du succès, mais vous êtes revenus à vos racines et avez sorti un projet purement Wolof, pourquoi ?

Je suis quelqu’un qui n’aime pas rester dans sa zone de confort. J’ai pendant longtemps rappé en français, j’avais déjà rappé en wolof, mais je n’avais pas fait d’album carrément abouti en Wolof. Donc, pour moi, c’était un challenge et ça m’a permis de sortir de ma zone de confort, de me réinventer artistiquement et puis c’est une corde de plus à mon arc.

Le secteur du rap est en plein essor dans le pays, aujourd’hui les jeunes réinventent les codes du rap. Vous avez d’ailleurs collaboré avec Samba Peuzzi qui fait la musique à sa façon, que pensez-vous de cette nouvelle génération ?

C’est la raison pour laquelle le rap est toujours d’actualité parce qu’ils se réinventent tout le temps. Et parce que c’est une musique adulée par les jeunes et vu qu’ils arrivent tout frais, ils sont pleins de créativité, ils testent des choses parce qu’ils n’ont pas peur. Ils sont une génération beaucoup plus ‘free’ donc ils cassent un peu les codes et c’est une très bonne chose. C’est ce qui fait que le rap est encore numéro un après tant d’années.

Je suis un gros fan de la nouvelle génération, j’ai collaboré avec quasiment toute la nouvelle génération, c’est vraiment des jeunes qui me motivent et je me suis rendu compte que c’est des jeunes qui m’ont aussi beaucoup écouté et je pense que le rap sénégalais a de belles années devant lui tant que la créativité sera là et qu’elle ne sera pas bridée. Il faut laisser les jeunes faire ce qu’ils ont envie de faire, tester des choses, rater des choses, ça fait partie de la création.

L’industrie musicale sénégalaise n’est pas réputée pour être lucrative, ce qui constitue un frein à la création, qu’elle est votre de point de vue sur cette situation ?

C’est à l’image du pays, on peut dire ce que l’on veut, mais on fait partie des 25 pays les plus pauvres au monde. Pour moi, ça veut dire ce que ça veut dire. C’est sûr que le secteur culturel, qui est déjà un secteur délaissé en général, va en subir les conséquences. On est des gens créatifs, on a envie de faire plein de choses mais on est dans un milieu où on n’a pas vraiment d’industrie, on n’a pas vraiment de moyens, on a que notre créativité.

Quelles pistes de solutions faudrait-il envisager pour développer cette industrie ?

Il faut mettre plus de moyens dans le secteur. Si on prend exemple sur le Nigeria, ils ont mis beaucoup de moyens dans leur musique et ça a pris, mine de rien, plus de 15 ans. C’est maintenant qu’ils voient les fruits de leurs investissements et jusqu’à aujourd’hui, ils font encore plus d’argent à l’extérieur que sur le continent. Donc, sur le continent, il y a encore des choses à faire et à agencer pour que l’industrie soit stable. On y travaille, mais ça prend du temps, il faut de la patience, il faut des artistes passionnés comme nous qui peuvent investir parfois à perte, mais la création n’est jamais perdue. Et au fur et à mesure, je pense qu’on va intéresser des investisseurs, et même des politiques parce qu’il nous faut une politique culturelle forte. Et avec tout ça, je pense qu’on pourra s’en sortir.