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France : relèvement de l’âge de départ à la retraite, la réforme de trop pour les travailleurs

Élisabeth Borne a présenté, ce mardi 10 janvier, le projet de réforme des retraites de son gouvernement. Le projet prévoit de repousser progressivement l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Une décision qui a fait réagir les syndicats des travailleurs qui se sont tous mobilisés pour contester le projet, une action d’envergure rarement vue. Ils appellent à une mobilisation inédite le 19 janvier parce que “le système de retraites par répartition n’est pas en danger, rien ne justifie une réforme aussi brutale”, ont estimé les organisations syndicales dans un communiqué.

Selon une étude de 2018 de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), à l’âge (actuel) de la retraite, 25% des plus pauvres sont déjà morts. “Cette réforme va frapper de plein fouet l’ensemble des travailleurs et travailleuses, et plus particulièrement celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, les plus précaires, dont l’espérance de vie est inférieure au reste de la population, et celles et ceux dont la pénibilité des métiers n’est pas reconnue”, a soutenu l’intersyndicale des travailleurs.

La réforme prévoit de partir à la retraite à 64 ans en 2030 contre 62 ans aujourd’hui. Un âge qui va être relevé au rythme de trois mois par an à partir du 1er septembre 2023 pour atteindre la cible à l’horizon 2030. “Cette réforme est plus brutale que celle que nous pouvions envisager”, a réagi Fabien Roussel, secrétaire général du Parti communiste français.

Pour le parlementaire, cette réforme des retraites revient à “passer la moitié de sa vie, plus de la moitié de sa vie, à bosser. (et) C’est la garantie que nous partirons en retraite encore en plus mauvaise santé, avec des corps cassés”, a ajouté M. Roussel qui appelle à la mobilisation. “La première réponse que nous devrons donner, c’est celle de répondre présent à l’appel des organisations syndicales ; une manifestation massive, dès la semaine prochaine, et c’est ça qui donnera le la, et après, on pourra reparler”, a-t-il dit.

Les opposants politiques de la gauche ont également critiqué la décision. Pour Marine Le Pen, c’est une mauvaise idée d’enclencher une réforme à laquelle 70% des Français se sont opposés et Jean-Luc Mélenchon évoque “une régression sociale”.

Le projet du gouvernement prévoit également d’accélérer l’allongement de la durée des cotisations et “la revalorisation des pensions des retraités actuels ayant eu une carrière complète au niveau du Smic”.

“Nous n’irons pas plus loin que les 43 ans de cotisation prévus par la réforme Touraine pour partir avec une retraite à taux plein (…) nous maintiendrons à 67 ans l’âge auquel les personnes peuvent partir à la retraite sans décote quelle que soit leur durée de cotisation”, a dit la première ministre qui dit cibler les femmes en particulier avec cette disposition.

Cette réforme des retraites, projet phare des quinquennats d’Emmanuel Macron est un défi majeur que le gouvernement souhaite relever. Elle serait un moyen de créer une marge financière pour d’autres secteurs déficitaires, mais les mouvements des syndicalistes face à la réforme promettent des actions radicales et des débats houleux au parlement. “J’ai bien conscience que faire évoluer notre système de retraite suscite des craintes et des interrogations chez les Français. Nous voulons y répondre et convaincre”, a conclu la cheffe du gouvernement.