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Tchad : Entre sincérité et diversion, le sens réel des grâces présidentielles successives

le 20 octobre 2022 à Ndjamena, le jour des violences.

Au Tchad, les soutiens du président de la transition, à l’instar du porte-parole du parti MPS, de l’ex-président Idriss Déby, Jean-Bernard Padaré salue la « magnanimité » du dirigeant tchadien, qui tient selon lui les promesses d’apaisement formulées lors du dialogue national. Cela semble dire que l’actuel dirigeant, Mahamat Idriss Déby, héritier du pouvoir d’État de son père, s’inscrit dans une dynamique d’apaisement du clivage national latent. En deux jours,  il a signé deux décrets portant grâce présidentielle concernant 380 rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) et 259 autres détenus des manifestations meurtrières du 20 octobre 2022.

On peut bien le croire. Seulement, il manque encore beaucoup de pièces pour rassembler le puzzle de la crédibilité de ces grâces. Car, il à la vérité, il ne s’agit pas de trouver des boucs émissaires à une turpitude que l’on a occasionnée soi-même, consciemment ou inconsciemment.

D’abord, à aucun moment, une procédure judiciaire, respectueuse des textes en vigueur au Tchad, n’a abouti à la condamnation définitive de ces « prisonniers » qui viennent de bénéficier de la grâce présidentiel. En tout cas, c’est l’avis de l’avocat au barreau tchadien Max Loalngar, coordonnateur de la plateforme Wakit Tama, opposée au déroulement de la transition tchadienne. « Quand une procédure judiciaire n’a pas conduit à une condamnation définitive des personnes poursuivies, la grâce présidentielle ne saurait être actionnée. Il reste cependant deux possibilités : l’abandon des poursuites ou la mise en liberté provisoire, si l’on veut envoyer un message d’apaisement. ON N’ACCORDE PAS LA GRÂCE AUX INNOCENTS, ON LES LIBÈRE SIMPLEMENT », a-t-il écrit sur sa page Facebook.

De nombreuses zones d’ombres pèsent toujours sur les conditions réelles dans lesquelles le l’ex-président tchadien a trouvé la mort. Et, il n’y a pas eu de procédure normale aboutissant à la condamnation des détenus. Sont-ils les vrais coupables, sont-ils des boucs émissaires, on n’en sait absolument rien.

C’est la même situation qui prévaut dans le cas des personnes arrêtées pour le compte des manifestations du 20 octobre, initiées par Succès Masra, président du parti Les Transformateurs. Celui-ci s’est opposé à la transmission du pouvoir d’État du père au fils. A ce niveau, non plus, la justice tchadienne n’a pas eu l’occasion de démêler le vrai du faux. Qui a fait quoi ? Qui a tué qui ? sont des questions que se posent les Tchadiens. Malheureusement, ces interrogations n’ont pas eu de réponses judiciairement acceptées.

Exilé aux États-Unis, après les évènements du 20 octobre,  l’opposant Succès Masra reste décidé à contrecarrer le pouvoir de Mahamat Idriss Déby au Tchad. Pour lui, « Cette liste des 259, c’est moins de 25% de nos camarades arrêtés et ou portés disparus depuis le 20 octobre. Libérer les + de 75% sera le début de la fin d’un mensonge commencé par ‘’ insurrection’’ et qui finit par  ‘’attroupement’’ », a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Dans cette situation de cafouillage judiciaire, une grâce présidentielle ne pourrait prendre tout le sens qu’elle requiert. Quête de légitimité populaire dans une visée politique ? Peut-être.