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Ali Diallo, White House Presidential Fellow-Entrepreneur: « Les valeurs qui m’ont été transmises dans ma jeunesse m’ont permis d’arriver où je suis »

14/06/2019
Ali Diallo, White House Presidential Fellow-Entrepreneur: « Les valeurs qui m’ont été transmises dans ma jeunesse m’ont permis d’arriver où je suis »


Ali Diallo est une incarnation de ce que l’on a coutume d’appeler le rêve américain. Arrivé aux États-Unis comme travailleur dans des centres commerciaux, le voilà désormais œuvrant à la Maison-Blanche dans un prestigieux programme visant à permettre aux États-Unis de maintenir leur rôle de leader dans le domaine de l’innovation et de la technologie.

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ?

Je suis un jeune entrepreneur, auteur et homme d’affaires établi en Amérique. Je suis co-fondateur de United Ventures, un consortium international qui crée des entreprises dans le secteur TMT (Technologie, Media et Telecom), avec une concentration dans les technologies financières dites fintech et le Big Data. L’équipe dirigeante est composée de sept partenaires et notre chairman est Son Altesse Royale Abbas Bin Ali, un prince et cousin du roi de la Jordanie qui a étudié à Boston. Nous sommes établis à New York, avec une présence au Canada, en Jordanie et en Afrique et notre portfolio est composé d’entreprises qui fournissent des solutions fintech aux opérateurs télécoms et aux institutions financières. Je suis également partenaire chez Qanex Investments, un cabinet d’investissement agro-industriel établi à Dubaï où j’ai vécu pendant quelques années, et board advisor d’Access Robotic, une nouvelle école sénégalaise de robotique et d’intelligence artificielle (AI) lancée par le groupe ESTEL avec des partenaires français. Je suis membre du Massachusetts Institute of Technology (MIT) où j’ai dirigé les initiatives d’entrepreneuriat en Afrique, et j’ai récemment été nommé par le gouvernement américain au poste de White House Presidential Innovation Fellow.

Comment s’est déroulée votre installation aux États-Unis ?

J’ai immigré aux États-Unis à l’âge de 18 ans avec ma sœur et comme beaucoup d’immigrés, j’ai commencé par travailler dans les centres commerciaux en tant que vendeur chez Macy’s tout en étudiant. Après avoir été diplômé de l’université du Maryland, j’ai commencé ma carrière professionnelle en tant que commercial chez Dow Chemical, un groupe industriel établi au Michigan. J’ai ensuite été nommé au poste de directeur marketing chez Gannett, le premier groupe de media américain qui publie notamment le magazine USA Today. Après quelques années, j’ai démissionné afin de lancer une start-up à Manhattan dans le digital media, puis j’ai rejoint un groupe marketing en tant que vice-président des opérations et partenaire. Nous étions présents à New York, Miami et Las Vegas où j’ai également vécu, et nous avions une régie publicitaire qui touchait 150 millions d’américains. Notre portefeuille clientèle était composé de plusieurs sociétés du Fortune 500 (Walmart, Pepsi, Marriott, etc.). En 2014, j’ai fondé une société alliant le capital-risque à la création et au management d’entreprise dans la région de la Silicon Valley en Californie, et ce groupe est devenu plus tard le consortium United Ventures après une alliance avec une entreprise canadienne bien établie dans le secteur agro-industriel et dirigée par M. Bachir Diagne et M. Todd Friedman, deux opérateurs économiques canadiens qui font partie des partenaires co-fondateurs du consortium. La même année, j’avais décidé de rentrer au Sénégal afin d’y lancer quelques start-ups dans les secteurs de la fintech. Après deux ans au pays, j’ai déménagé à Dubaï pour rejoindre un des leaders mondiaux des technologies financières et des télécoms.

Pour nos lecteurs profanes, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Presidential Innovation Fellow ?

Le Presidential Innovation Fellowship est un programme hautement compétitif qui fut originellement établi en 2012 par le Bureau de la Maison Blanche pour la Science et les Technologies afin d’identifier et de sélectionner les meilleurs leaders américains dans les secteurs de l’entrepreneuriat, de l’innovation et de la technologie. Chaque année, environ une douzaine de ces leaders expérimentés sont ainsi sélectionnés parmi des dizaines de milliers de candidats après un long et rigoureux processus d’entretiens avec des membres du gouvernement américain. Ceux qui sont retenus obtiennent par la suite une habilitation de sécurité (« security clearance ») et sont nommés comme White Houses Presidential Innovation Fellows afin d’utiliser leur expertise pour lancer et diriger des initiatives gouvernementales visant à permettre aux États-Unis de maintenir leur rôle de leader dans le domaine de l’innovation et de la technologie. En tant que premier africain à être nommé en ce lieu, je suis très honoré et très fier de mes origines car l’enseignement et les valeurs qui m’ont été transmises dans ma jeunesse m’ont permis d’arriver où je suis.

Vous êtes, depuis février 2017, « Global programs manager » du Centre Legatum pour le développement et l’entrepreneuriat du réputé Institut de technologie du Massachussetts (MIT) à Boston aux USA. En quoi consiste votre mission au sein de cette instance ?

Le Centre Legatum est l’organe principal du MIT qui gère les initiatives d’entrepreneuriat de l’Institut dans les pays émergeants. En tant que Global Programs Manager, j’étais en charge de mettre en place des initiatives visant à renforcer les liens entre les régions en voie de développement, notamment l’Afrique, et le MIT dans les domaines de l’entrepreneuriat, de l’innovation et du financement d’entreprise. Mon rôle au sein de l’Institut m’a permis de mettre en place une stratégie d’engagement et de collaboration qui a aidé le MIT à apporter plus d’un milliard de FCFA aux jeunes start-ups africaines à travers des évènements, des boot-camps et des compétitions. Nous avons amené le MIT en Afrique à travers une grande tournée panafricaine au Nigeria avec le gouvernement nigérian, en France avec True Africa lors de la conférence Viva Technology, au Kenya avec l’université Strathmore, et au Sénégal avec nos partenaires locaux ESTEL et Impact Dakar. Nous avons également organisé un sommet international appelé Open Mic Africa Summit à Lagos et à Nairobi.

Vous êtes l’un des partenaires fondateurs d’United Ventures, un réseau mondial d’investisseurs, de leaders technologiques et de sociétés internationales qui contribuent à l’avancement des économies.  Diriez-vous que l’entreprenariat est la voie idéale pour réduire les déficits d’emplois dans les économies africaines ?

Tout à fait, je crois fermement à l’entrepreneuriat comme solution de développement économique en Afrique, et c’est une des raisons pour laquelle j’avais quitté Dubaï pour rejoindre le MIT et supporter l’entreprenariat africain. Cependant, l’entrepreneuriat ne peut être véritablement efficace que lorsqu’il est habillé de la bonne méthodologie. Le modèle que j’ai créé et que United Ventures utilise se concentre sur ce genre de méthodologie: pour un entreprenariat efficace en Afrique, il faut maitriser quatre catégories de capital à la fois, et nous avons créé des entreprises qui sont principalement en charge de chacune de ces quatre catégories: le « Relational Capital » (capital relationnel) créé une plateforme d’échanges à travers un réseautage efficace ; le « Technology Capital » (ressources et expertise techniques) garantit l’acquisition des meilleures ressources techniques et de la propriété intellectuelle ; le « Financial Capital » (capital financier) établit le fonds de roulement et de croissance et l’« Experiential Capital » (management opérationnel) concerne toutes les techniques de gestion d’entreprises.

Vous avez écrit des ouvrages sur l’humour et la poésie persane. Est-ce une forme de récréation pour vous ?

Oui, écrire est une passion, car c’est un concept qui transcende le papier à mon avis. En tant qu’Africains, il nous faut non seulement écrire notre histoire, mais aussi écrire notre futur. Je me suis mis à l’écriture quand j’étais encore adolescent en publiant mon premier ouvrage qui était un livre sur l’humour africain. Depuis cette époque, j’ai publié des ouvrages sur la poésie persane et sur l’entreprenariat. Je travaille actuellement sur de nouveaux ouvrages en Anglais dont un livre qui explique quelques techniques d’entreprenariat et d’innovation tel que le modèle de United que j’ai décrit plus haut, ainsi qu’un livre sur l’Afro futurisme et sur le MIT

Quels sont les rapports que vous avez gardés avec votre pays d’origine le Sénégal ?

J’ai gardé d’excellents rapports avec le Sénégal. Ayant grandi dans les quartiers de la banlieue sénégalaise, c’est toujours un plaisir de retourner voir la famille et les amis. Comme je le disais plus haut, je m’étais réinstallé au pays pendant deux ans pour y lancer des start-ups, et je continue de supporter l’écosystème des entrepreneurs depuis les États-Unis. Le groupe United Ventures est également présent au Sénégal et dans la sous-région où nous lançons une initiative d’inclusion financière et de finance digitale. Cette initiative se fait en partenariat avec une institution de microfinance et Mme Soukeyna Ndiaye Bâ, une collaboratrice du MIT et une ancienne ministre qui est également une des plus importantes personnalités du secteur de la microfinance africaine.

Avez-vous des projets spécifiques pour ce pays ?

 J’ai mentionné l’initiative d’inclusion financière en partenariat avec Mme Soukeyna Ndiaye Bâ et quelques institutions financières. Nous avons créé une nouvelle technologie d’intelligence artificielle appelée Amina qui est similaire à Alexa d’Amazon ou Siri d’Apple et qui permet aux personnes non-lettrées d’effectuer toute sorte de transaction bancaire (transferts d’argent, retraits, consultation de compte) à partir de n’importe quel type de téléphone mobile par la voix et en langue nationale. Amina sera déployée cette année au Sénégal en wolof, puis dans la sous-région et au Nigeria en Peulh et en Haoussa. Nous supportons également l’écosystème du capital risque (venture capital) dans la sous-région. Dans le domaine de la santé, nous avons récemment créé une entreprise canadienne qui va proposer des solutions de prévention et de dépistage du paludisme, du diabète et de maladies cardio-vasculaires au Sénégal grâce à l’intelligence artificielle et au Big Data. Dans le secteur industriel, nous étudions actuellement une opportunité d’usine textile au Mali avec des partenaires sénégalais et internationaux. Nous concentrons également nos efforts sur le secteur de la formation et de l’éducation des jeunes. Nous supportons ainsi la nouvelle école Access Robotic qui va former les jeunes sénégalais dans les secteurs de la robotique et de l’intelligence artificielle, et le projet Bizlab d’ESTEL qui est un nouvel accélérateur de start-ups qui va supporter l’innovation frugale et les jeunes entrepreneurs évoluant dans le secteur informel.

Si vous deviez donner un conseil aux jeunes sénégalais, que leur diriez-vous ?

Je leur dirais de rester persévérants, de ne pas se décourager face à l’échec et de savoir apprendre de leurs erreurs afin de s’améliorer. L’entreprenariat est une chose très complexe. Il est facile de se concentrer sur les succès, mais il faut savoir que comme beaucoup d’entrepreneurs, j’ai essuyé beaucoup d’échecs, surtout à mes débuts. Certaines de mes entreprises ont échoué, d’autres ont implosé à la suite de divergences entre partenaires, ce qui arrive très souvent dans le milieu. J’étais très jeune quand je me suis lancé dans les affaires donc j’ai souvent été trop pressé, trop têtu, trop naïf et même poignardé dans le dos, et j’en ai payé les pots cassés. Mais je ne me suis jamais découragé et je n’ai jamais laissé l’échec prendre le dessus. Au contraire, j’ai essayé d’apprendre de mes erreurs et de mûrir afin d’améliorer ma stratégie, ce que je continue de faire au fur et à mesure que j’avance. Je leur dirais aussi de s’entourer des bons partenaires qui croient en eux et qui seront là dans le succès comme dans l’échec. Je ne suis rien sans l’équipe de partenaires qui m’entoure et avec qui j’ai co-fondé United Ventures ainsi que toutes les entreprises du consortium. Le succès auquel nous aspirons n’est possible qu’à travers notre synergie et notre collaboration qui va au-delà des affaires.

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