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El Hadji Malick Badji « Milcos », fondateur de Nio Far « Que les Sénégalais soient fiers de porter du Nio Far»
04/07/2019
El Hadji Malick Badji « Milcos », fondateur de Nio Far « Que les Sénégalais soient fiers de porter du Nio Far»


El Hadji Malick Badji, alias Milcos, 31 ans, jeune designer et fondateur de la marque Nio Far est un féru d’art et un amoureux du bogolan. Il a su faire de ce tissu traditionnel malien sa marque de fabrique. Créée officieusement en 2012, la marque Nio Far est spécialisée dans l’habillement et les accessoires. C’est en 2014 que la marque s’est révélée au grand public avec la création des baskets faits localement avec du bogolan, devenant ainsi l’une des premières marques en Afrique de l’ouest dans ce domaine. 

Parlez-nous d’abord de Nio Far.

Nio Far pour moi, c’est un concept avant tout, un état d’esprit. C’est le partage. J’ai grandi avec cet état d’esprit. Ce n’est pas uniquement une marque, mais un concept qui est devenu une marque. Le but c’est de valoriser le savoir-faire de tous ceux qui sont derrière le made in Sénégal. Je veux dire les artisans, les tailleurs, les cordonniers etc. Moi, je ne suis ni un tailleur ni un cordonnier, je ne sais pas coudre, mais j’ai vu qu’eux avaient besoin d’idées nouvelles, de savoir comment se passent les choses dans le monde. Aujourd’hui, partout dans le monde, il y a des designers qui créent quelque chose et valorisent, via cette chose-là, le travail des artisans. Pour moi, c’est ça le but de Nio Far. Quand j’ai sorti ma première collection de baskets, j’ai présenté quelques paires à certains cordonniers. Ces derniers ne croyaient pas que les chaussures étaient faites au Sénégal. Ce sont des choses qu’ils peuvent faire mais il suffit qu’on les oriente, et leur explique l’importance de la forme, de l’ergonomie, du confort etc.

Comment est née votre passion pour l’art et le design ?

Je l’ai toujours eue depuis mon plus jeune âge. Je touchais à tout. Avec mes amis, on faisait du graffiti, on dessinait tout et rien sur les murs. J’ai toujours aimé le travail manuel. Je faisais de petites sculptures etc. J’aime créer à partir du néant. C’est-à-dire avoir une idée et la matérialiser. Cela m’a toujours fasciné et m’a mené vers l’informatique parce qu’on crée à partir de zéro mais c’est plus abstrait. Donc il me fallait quelque chose de plus concret. Créer une application ou un site web c’est beau mais pour moi créer quelque chose qu’on peut toucher, c’est un autre niveau.

Quelle est la particularité de vos créations ?

À la base ce sont les habits faits avec du lin, les accessoires et les baskets ou les mocassins. Mes créations sont basées aussi sur ce que j’aime porter. Je ne suis pas la tendance. Si je suis influencé par la mode c’est peut-être dans le monde des Sneakers par exemple, où il y a beaucoup de nouveaux designers de Sneakers dont Jerry Lorenzo. Et ça, c’est plutôt l’école de Kanye West. La bande à Kanye West qui voit les choses autrement, qui ne se soucie pas des règles établies. Au début, ils étaient critiqués mais maintenant tout le monde a suivi.

Vos sacs et chaussures sont faits avec du bogolan. Pourquoi le choix de ce tissu ?

C’est un tissu que j’ai découvert par hasard. Je le voyais partout mais je ne savais pas ce que c’était. Parce qu’à la base, ici au Sénégal par exemple, ce sont plus les touristes qui l’achètent, ou bien les gens en font des tableaux dans leur salon. J’ai commencé à faire des recherches et j’ai su comment il était fait parce qu’à la base le coton utilisé est un coton local malien. La teinture, c’est fait à base d’argile, d’écorces et de feuilles de plantes. Donc, il a tout ce dont on peut rêver pour un tissu naturel. On peut même dire que c’est un tissu bio. Je me suis dit comment se fait-il qu’après toutes ces années, les designers n’aient pas exploité ce magnifique tissu. Et c’est là que j’ai commencé à vraiment m’intéresser à l’histoire du bogolan, et plus tu creuses plus tu vois des choses intéressantes. Dès la confection de mon premier sac réalisé avec du bogolan, les gens ont vraiment aimé. Deux jours après, j’ai eu 15 commandes. Le fait que les couleurs soient naturelles et indélébiles m’a fasciné. Je suis amoureux du bogolan.

Vos créations sont destinées à quelle clientèle ?

Ce sont des gens qui sont plus ou moins aisés. Selon les ventes, ça commence par la classe moyenne, parce qu’une paire à 60 000 FCfa les gens peuvent l’acheter. Ce n’est pas une paire que tu vas acheter tous les mois, mais tu peux, quand même, t’acheter une paire de basket tous les ans par exemple. Les gens se méprennent en disant que c’est pour les Toubabs, mais ma base client c’est Dakar. Les gens ont du mal à le croire, mais je vends plus à Dakar qu’ailleurs. Tout dépend de la qualité, la matière que j’utilise, du design, des coupes, le temps que cela me prend etc. Les gens oublient souvent cet aspect. En tout cas, ma cible c’est vraiment des gens qui cherchent la qualité et l’originalité pour se démarquer.

Vous faites souvent des tournées nationales comme internationales pour exposer vos produits. Racontez-nous un peu comment cela se passe ?

La plupart du temps ici au Sénégal, j’organise des pop-up. Souvent, on le fait à deux, avec d’autres marques. Cela consiste à aller dans un restaurant, un après-midi par exemple, pour faire une petite exposition. J’amène tout mon stock et j’expose. Et là, on vend bien. C’est un événement très interactif. Les pop-up servent à galvaniser les ventes et ça marche la plupart du temps. Des fois, en une journée tu peux faire un chiffre que tu fais en temps normal en quinze jours, voire des mois. Sur le plan international, des fois on me contacte. Ce sont des gens qui ont vu via le net sur nos réseaux sociaux le travail qu’on fait et qui nous invitent. Soit ils ont des concept stores (réunir et vendre dans un même endroit différentes marques regroupées selon un univers… souvent celui de la tendance), soit ils organisent un événement, un salon, une fashion week et ils nous disent qu’ils aiment bien ce que nous faisons. Nous voyageons un peu partout à Paris, à Genève, à Abidjan, à Accra, et récemment nous sommes allés à New York.

Parvenez-vous à trouver des débouchés à l’export ?

À Abidjan par exemple les gens connaissent bien Nio Far et ils achètent sans hésiter. Cependant je serais plus fier de voir les Sénégalais en porter. Je veux que le Sénégal reste la base de Nio Far, que les Sénégalais soient fiers de porter du Nio Far. J’aime bien quand un Sénégalais compare mes chaussures à une marque étrangère pour voir que ce qu’il cherche ailleurs, il peut le trouver ici. Récemment, une boutique basée à New York m’a contacté et je lui vends en gros.

Les Sénégalais réagissent-ils positivement à ce que vous leur proposez ?

Au début c’était très mitigé. Ce qui est un peu malheureux, c’est que les gens attendent le succès pour adhérer. Certains pensaient que ce sont des baskets que je découpais pour ensuite les recouvrir de tissu. J’ai tout entendu et donc il fallait leur expliquer que tout était fait ici et à la main etc.  C’est après que la marque a connu du succès que le New York Times en a parlé, de même que le magazine Jeune Afrique. Quand les gens ont appris que le roi du Maroc a acheté et porté du Nio Far, ils ont commencé aussi à s’y intéresser. Tout cela a fait que les gens qui portent du Nio Far sont fiers et se sentent à la mode.

Quelles sont les aspirations de Nio Far ?

Le projet phare c’est vraiment mettre sur pied la ‘’maison Nio Far’’, avoir une boutique officielle, ici à Dakar. Cela fait longtemps que je cherche et je n’ai pas encore trouvé l’endroit que me convient parce qu’en fait, pour moi, une boutique  ce n’est pas tout simplement une boutique dans un coin mais tout un concept, que ce soit la déco, comment mettre en valeur  les produits, le design intérieur entre autres. C’est donc  toute la philosophie de Nio Far regroupée dans un même endroit. Le but de Nio Far, c’est aussi de m’implanter dans des zones où mes créations vont être valorisées. Il ne s’agira pas d’être dans toutes les villes du monde mais dans les stratégiques pour étendre la marque, rajouter de la main-d’œuvre et augmenter la capacité de production.

 

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