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L'entretien culture
Docta… 30 ans de passion et d’activisme
17/07/2019
Docta… 30 ans de passion et d’activisme


Autodidacte, artiste passionné et engagé, le graffeur  Amadou Lamine Ngom, plus connu sous le nom de Docta vient de boucler trente ans de carrière. Pour l’occasion, la galerie le Manège de l’Institut français lui consacre une exposition dénommée « Docta 30ans ». Nous sommes allés à sa rencontre. Pionnier du graffiti au Sénégal, Docta évoque dans cet entretien, sa passion. Il revient sur ses premiers contacts avec son art de prédilection

Comment est née l’idée de cette exposition ?

Je collabore avec l’Institut français depuis plusieurs années.  Avec le Manège, cela a démarré avec l’exposition du Festi graff. Cette collaboration a permis de faire des concerts, des ateliers, des projets à l’international grâce à l’institut. La collaboration a abouti à cette exposition.  Je dirai donc que c’est une suite logique, dix ans après que j’y ai mis pieds en tant que promoteur, en tant qu’artiste.  Aujourd’hui, je reviens faire une exposition en solo, parce que je n’ai jamais voulu  en faire. A chaque fois que l’on m’invitait à faire une exposition,  j’invitais d’autres artistes parce que je me dis qu’il faut permettre aux autres d’être connus. C’est important pour moi de pouvoir faire profiter à d’autres artistes sénégalais mon savoir-faire. Pour moi, partager c’est très important. Un jour j’ai eu une discussion avec Delphine Calmettes (Directrice artistique de la Galerie Manège). Elle m’a dit, il faut que l’on fête tes 30 ans de carrière.  Pour la première fois tu vas faire une exposition 100 % Docta. Au départ,  je n’étais pas emballé à l’idée de faire une exposition solo. Mais elle a insisté. A ce moment je préparais les dix ans du Festigraff (festival de graffiti dont il est l’initiateur).

Je lui ai fait comprendre qu’il fallait que je me concentre sur les festivités. Elle ne s’est pas démontée. Elle m’a dit qu’après le Festigraff, il faut enchainer. C’est comme cela qu’est née cette exposition.  Dans « Docta 30 ans », je partage avec le public mon travail. Celui qu’il n’a pas l’habitude de voir. Je me suis dit que c’est l’occasion de laisser les gens voir comment je vois mon environnement.  J’ai fait la scénographie. J’ai travaillé avec l’équipe de l’institut français.  

Qu’est-ce que cela te fait d’évoquer tes 30 ans de carrière ?

Parler de mes 30 ans, c’est évoquer mes rencontres, mes apprentissages durant toutes ces années. Cela m’a aussi permis de rester cet activiste qui dit « non » quand les choses vont mal. Je reste cette personne qui a rencontré le graffiti et qui a commencé à l’exprimer chez lui par l’autorisation de sa grand-mère. Je reste cette personne qui est passionnée par le graffiti et qui en a fait son boulot. Les 30 ans pour moi, c’est juste un point dans la vie d’un artiste ou dans la vie d’une personne qui a choisi une forme d’expression qui n’était pas connue ni dans son pays ni sur le continent et qu’il fallait qu’il l’impose.  Il fallait aussi qu’il lui donne un sens, une orientation et une démarche différente par rapport à ce qui se passe à l’étranger.

Peux-tu expliquer en quelques mots le graffiti  aux novices?

C’est une forme d’expression visuelle qui appartient au mouvement du Hip-Hop. Disons que c’est le côté visuel de ce mouvement. Quand tu aperçois du graffiti dans un pays, cela veut dire que ce pays a une culture hip-hop. C’est aussi l’art de prendre les lettres académiques et de les rendre artistiques en lui donnant un contenu visuel que ce soient des scènes de vie, des visages etc. Le graffiti, c’est être capable de transmettre un message aux muets ou aux sourds. Ce côté visuel transcende les âges, les idéologies et retrace l’histoire.

Comment Docta est entré en contact avec le graffiti ?

J’ai d’abord été en contact avec le Hip-hop à travers la danse, le break dance. Le Hip-hop est venu au Sénégal par la danse. Après la danse, on rappait. Le Hip-hop à l’époque était déjà très engagé au Sénégal. Ensuite, j’ai développé une passion pour le dessin. A l’époque, mes amis qui vivaient aux États-Unis en venant en vacances me ramenaient toujours des magazines dédiés au graffiti. Et cela me parlait. Mais il n’y avait personne pour me guider et me montrer comment réaliser ces beaux dessins. Tous les artistes dont je voyais les œuvres dans ce magazine, j’ai commencé à reproduire leurs œuvres  jusqu’à la perfection avant de  trouver mon propre style. Ma grand-mère a également contribué à mon développement artistique en me laissant peindre les murs de notre maison. Une belle opportunité s’est présentée et j’ai saisi l’occasion pour montrer mon travail au grand public. C’était le « set setal », un mouvement mis en place dans le but de rendre Dakar propre. Donc ma rencontre avec le graffiti c’est aussi ma rencontre avec le Hip-Hop. C’est sur cette lancée que j’ai créé le festival Festigraff qui avait une démarche bien précise : celle de rendre les espaces propres.

As-tu reçu carte blanche pour cette exposition ou bien une direction artistique t’a été imposée ? 

Carte blanche. J’ai fait comme je  le sentais. C’est  au contraire moi qui  me suis imposé des choses. Par exemple,  je suis fasciné par les toiles de jute. J’aime bien faire de la récupération. Avec cette matière, j’ai réalisé des fresques. Et le résultat final m’a beaucoup plu. Je me suis dit que c’est un bon support sur lequel je peux travailler. Ce côté naturel, utile de la toile de jute qui est, il faut le rappeler biodégradable, donne vie à cette matière. Dans l’exposition, il y a cet aspect urbain et graffiti qui sont très importants.

On sait que le support historique du graffiti est le mur. Le fait d’utiliser d’autres matières comme la toile de jute par exemple ne contribue pas à dénaturer l’essence de cet art ?

Chaque chose se développe. Aujourd’hui nous avons des outils comme le stylo pour écrire. Ce n’était pas le cas avant. Donc le graffiti peut se poser sur tous les supports. C’est vrai que son support original, c’est le mur. Mais utiliser aujourd’hui d’autres supports,  c’est aussi une manière de montrer que le graffiti peut entrer partout. Cela traduit d’ailleurs très bien l’esprit de l’exposition qui est « BITI BIIR » ce qui veut dire « extérioriser son intérieur »

Après 30 ans, comment le graffiti a-t-il  évolué au Sénégal ?

Cela a bien évolué parce qu’aujourd’hui, nous avons une bonne relève. Les institutions nous montrent plus de respect. Que ce soit au Sénégal ou ailleurs, il est important de noter que la nouvelle génération apporte à chaque fois sa pierre à l’édifice. Mais le plus important est que l’essence du graffiti reste dans cet environnement. Trente ans de carrière n’est rien dans une vie. Mais je suis heureux de pouvoir dire aujourd’hui que je fête mes trente ans de carrière.

 crédit photo: Hector Christiaen

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