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Rose Angèle Faye, fondatrice de la marque Fayerose : un condensé d’universel
22/07/2019
Rose Angèle Faye, fondatrice de la marque Fayerose : un condensé d’universel


Journaliste britannique ayant beaucoup travaillé sur les mutations sociologiques entraînées par la mondialisation, David Goodhart a, dans son essai « The Road to Somewhere » publié en 2017, divisé l’humanité en deux catégories : d’un côté les « Somewhere » et de l’autre les « Anywhere ». Les « anywhere » (« les gens de n’importe où ») sont très instruits et très mobiles. Ils se sentent « bien dans la mondialisation, prônent l’ouverture, l’émancipation, la réussite, la liberté ».  Les  « somewhere »  «(le « peuple de quelque part »)  sont, eux, « moins éduqués, plus enracinés et ancrés dans des valeurs, un territoire, une communauté ». Avant d’établir ce clivage plutôt pertinent, le théoricien n’a sans doute pas rencontré Rose Angèle Faye. Cette jeune trentenaire, native de Thiès, dément toute essentialisation en étant à la fois aussi bien anywhere que somwhere. Elle le résume d’ailleurs d’une belle formule : « Je me sens aussi bien pieds nus à Yenguélé (village d’origine de ses parents situé dans le département Niakhar, région de Fatick) qu’en louboutins au Plaza Athénée de Paris ». Enracinement, donc, et ouverture comme le prônait le poète Léopold Sédar Senghor. Tout, dans le parcours et les goûts de l’ancienne  pensionnaire de la Maison d’éducation Mariama Ba, témoigne de cet éclectisme. Dans son répertoire musical, les grands maîtres de la musique classique européenne côtoient le jazz d’Ella Fitzgerald et la musique traditionnelle sérère de Yandé Codou Sène.  Parmi ses auteurs de chevet : Platon, Spinoza, mais aussi Baudelaire et bien sûr Senghor.  Cette ouverture au monde et cet ancrage dans les valeurs traditionnelles sont un héritage de son  père, instituteur passionné de lettres. « Mon père nous a très tôt enseigné qu’il fallait s’ouvrir au monde. Il m’a fait découvrir Bob Marley mais aussi la musique classique ainsi que les chants de Yandé Codou. Je me suis attelée à cultiver cela. Ce qui m’apaise, ce qui m’inspire, ce qui me permet de créer, c’est la musique classique, le jazz. Il me faut des musicalités fortes pour pouvoir créer ».

L’altruisme, son leitmotiv

Dans ses activités d’ailleurs on retrouve un peu cette dualité, puisque Rose Faye navigue dans deux univers à première vue antinomiques : le luxe et l’humanitaire.  « Le luxe ma passion, le social ma vie.  Les deux constituent mon équilibre », observe-t-elle.  Diplômée en marketing de luxe, c’est dans ce secteur qu’elle s’est fait un nom en créant en 2010 une société à deux pôles, un consacré aux produits cosmétiques, commercialisés sous la marque Rosaluxe et un second avec des produits estampillés FayeRose.  Ce pari audacieux est un succès pour celle qui se déclare être « une fanatique d’Oprah Winfrey », qu’elle considère comme un « modèle de femme battante,  une grande entrepreneuse, une afro-américaine qui est parvenue à s’imposer aux Etats-Unis ». En témoigne ses nombreuses distinctions glanées : lauréate du concours « entreprendre 2011 » en Lorraine, sa terre d’adoption, lauréate du « Prix Ragnée de la femme chef d’entreprise » au Sénégal, en 2015. Mais à l’entendre, c’est son engagement social qui la définit le plus : « C’est le social et l’humanitaire qui me font vibrer. Ce qui me fait vibrer c’est le bonheur d’autrui. C’est pour ça que très tôt j’ai voulu m’engager dans les actions humanitaires ». Ce dévouement pour la cause d’autrui passe d’abord par Yenguélé où son association « Lorraine pour Yenguélé », créée en 2008,  contribue à construire un dispensaire et une bibliothèque, tout en menant des campagnes pour la scolarisation des filles. En 2014, en collaboration avec l’ONG Hôpital Assistance Internationale, elle mène plusieurs actions d’envergure pour fournir aux hôpitaux sénégalais  du matériel médical.  « Pendant 5 ans, nous avons pu équiper plus de 65 localités  pour une valeur de 18 milliards de F CFA », renseigne-t-elle.

Au moment de jeter un regard sur le rétroviseur pour se remémorer les étapes marquantes de son jeune parcours, Rose Faye garde d’ailleurs ces expériences dans les villes et villages du Sénégal comme les instants les plus enrichissants : « Le bonheur passe forcément par la santé. C’est pour ça que très tôt j’ai voulu m’engager dans les actions humanitaires. Je suis  fière de l’ensemble des actions humanitaires que j’ai pu mener et de  la joie que j’ai pu ressentir dans certains villages, dans certains hôpitaux de Dakar. Pendant une époque, je mettais une dizaine de fauteuils roulants dans une voiture et le dimanche, toute seule, je roulais dans les rues de Dakar et j’offrais des fauteuils à des personnes handicapées qui en avaient vraiment besoin. Et cette joie que je ressentais dans leurs yeux est le plus beau des accomplissements ».

 

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