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culture

L’histoire jamais racontée de Bideew Bous Bess

27/08/2017
L’histoire jamais racontée de Bideew Bous Bess


Ecouter Bideew Bou Bess donne une sensation similaire à la théorie de la fameuse « Madeleine de Proust ». Réminiscence d’un passé idyllique, nostalgie des années 90, résurgence d’un passé révolu, où les premiers beats de rap sénégalais commençaient à hanter les ondes de radio. A l’époque, les pionniers se nomment Positive Balck Soul, Daara J, Pee Froiss, Rapadio, et donc les trois frangins, Baïdi, Makhtar, Ibrahim, qui a rejoint le groupe un peu plus tard. Pour la fratrie, originaire de Golf en pleine banlieue dakaroise, les débuts sont fulgurants. Et dire qu’au départ la musique était juste un hobby. Mais dans l’odyssée des grands groupes, cela est une constante. Quand John Lennon, Paul McCartney, Pete Best, et Ringo Starr se retrouvaient dans un petit garage de fortune de Liverpool pour caresser la muse, ils étaient loin de s’imaginer quelques années plus tard qu’ils figureraient dans le panthéon de la musique. Pour Baïdi and Co, faire carrière dans la musique fut encore plus compliquée en raison des réticences familiales. « Nous sommes issus d’une famille pulaar très conservatrice dans laquelle les valeurs étaient strictes, explique Baïdy, l’aîné du groupe et le plus loquace. Les parents ne voyaient pas d’un bon œil que nous fassions du rap, une musique qui charrie beaucoup de clichés négatifs. Il faut dire également qu’ils craignaient que l’on sacrifie nos études qui étaient très importantes à leurs yeux ».

Youssou Ndour est conquis

Mais petit à petit les jeunes gars parviennent à imposer leur passion en restant toujours dans les limites de la bienséance et en véhiculant un hip-hop festif et positif. Leur talent jusque-là confidentiel se manifeste au grand jour en 1996, année où ils remportent un grand concours organisé par le ministère de l’Education. Cette petite consécration n’a pas échappé à l’œil averti d’un monstre sacré de la musique sénégalaise, Youssou Ndour, qui s’empresse de faire signer les frères Sall dans son label Jololi. « C’est à ce moment que notre carrière professionnelle dans la musique a véritablement débuté, raconte Makhtar. Pendant trois ans, nous avons travaillé dur pour sortir notre premier album ». L’album en question est un carton, porté par le tube Ndékétéyo, qui devient l’hymne de la jeunesse sénégalaise cette année là. Dans cet album, le groupe assume un style décontracté, festif et à la cool qui est en décalage avec l’esprit du mouvement hip-hop de l’époque et le dogme du hardcore incarné par le Rapadio. « A l’époque certains artistes voyaient d’un mauvais œil qu’il y ait des chœurs dans du rap, remarque Makhtar. Nous ne nous sommes jamais souciés de ses discussions. Nous faisions notre musique comme on l’entendait, en insistant sur les mélodies et sur de jolis refrains pouvant faire tilt chez les auditeurs ». Epaté par ses nouvelles trouvailles, Youssou Ndour les embarque en 2000 pour une tournée mondiale le « Jokko Tour ». C’est la période faste du groupe qui se produit sur les plus prestigieuses scènes du monde en assurant les premières parties du groupe.

Mauvaise rencontre et traversée du désert

Comme en 1996, lorsque You tomba sous leur charme, une autre figure majeure de la scène musicale internationale est attiré par le talent des garçons : Passi, rappeur franco-congolais que tout réussit à l’époque avec ses comparses du Bisso Na Bisso. « Nous avons vécu un véritable dilemme, observe Beydi. Rester avec Youssou Ndour ou s’engager avec Passi. On était pressé des deux côtés ». Finalement le groupe optera pour l’aventure et la prise de risques en s’engageant en 2001 avec le label de Passi, Issap Production. Les débuts sont prometteurs : à Paris, les frangins participent à deux chansons de l’album de leur nouveau mentor Genèse sur les titres Ex Nihilo et Familles et amis. L’album de Passi est un carton et sera récompensé d’un double disque d’or. Pour les frères Sall, cependant, la suite des évènements sera un long cauchemar. De Pygmalion, Passi se mue de plus en plus en mauvais génie. « Tout d’un coup, il n’y avait plus de respect des engagements, se souvient avec douleur Makhtar. Toutes les belles promesses tombent à l’eau. L’album qui était prévu pour être sorti était en stand-by et on n’avait plus aucune nouvelle de la production ». Néanmoins l’album Original paraîtra en 2003, sans que le groupe n’en tire le moindre dividende. « Nous sommes finalement rentrés au Sénégal en ayant perdu beaucoup d’illusions et avec le sentiment qu’il nous fallait repartir de zéro. Tout d’un coup, il nous était devenu difficile de placer nos chansons dans les radios, ou de nous produire dans certaines scènes. Le milieu était gangréné par le copinage, et il fallait avoir des relations pour se faire une place. Mais nous n’avons jamais voulu céder à des compromissions ».

De 2003 à 2010, le groupe cumule les coups durs : à la célébrité succède l’anonymat. Eux qui, quelques années plus tôt, participaient à une tournée mondiale en compagnie de Youssou Ndour, se heurtent au refus catégorique de l’Ambassade de France à chaque demande de visas pour aller régler leur litige avec Passi. Mais le pire arrive lorsque Makhtar est victime d’une grave maladie l’empêchant même de pouvoir marcher.

L’étoile brille de nouveau

Malgré cet immense coup dur qui en aurait ébranlé plus d’un dans un monde du hip-hop sénégalais qui abonde de rappeurs ayant abandonné la musique après un succès éphémère pour aller faire fortune ailleurs, les frères font preuve d’un formidable esprit de résistance mentale. « Jamais, il ne nous a traversé l’esprit d’abandonner la musique. Grâce à la foi et au soutien indéfectible de la famille, nous savions que la chance allait finir par tourner ». Makhtar, Beydi et Ibrahim, armés de leur seul courage, parviennent à accomplir une formidable œuvre de résilience qui se matérialisera en 2010 par la sortie de Ndoumbelane. L’album rencontre un franc succès, avec le tube Allah Baye. L’album brille par sa sincérité et témoigne de la trajectoire du groupe. Les douleurs passées sont transcendées à travers des textes puissants et on y sent une part de mysticisme. Cet opus marque le retour en grâce du groupe qui en publiera deux autres : Ma terre ma vie et Belle, dont le clip réalisé par Gelongal a enregistré 200 000 vues sur Youtube.

 

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