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A la rencontre de
Salma Sylla, première astrophysicienne sénégalaise
17/09/2019
Salma Sylla, première astrophysicienne sénégalaise


Pouvez-vous vous présenter et nous parler un peu de votre parcours ?

Je suis Mme Mbaye, Salma Sylla en thèse de doctorat à l'Institut de Technologie Nucléaire Appliquée (ITNA) de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar.J'ai commencé mes études primaires dans la région de Kaffrine chez mes grands-parents, et l'année de mon entrée en sixième j'ai rejoint mes parents à Thiès où j'ai terminé mon cycle primaire et poursuivi mon cycle moyen et secondaire.Après mon baccalauréat série scientifique S2, obtenu au Lycée Malick Sy de Thiès, j'ai opté pour des études en Physique et Chimie à l'UCAD où j'ai obtenu un Diplôme d'Études Approfondies (DEA) en Physique Atomique et Nucléaire.J'ai suivi également une formation d'ingénieur technologue en téléinformatique à l'Ecole Multinationale des Télécommunications de Dakar (ESMT).

Comment est née votre passion pour l’astronomie et l’astrophysique ?

Depuis le collège, j'étais très attirée par les sciences spatiales à travers les livres.J’étais très impressionnée par les mouvements de rotation dans le système solaire, la succession des saisons,  et ainsi j'ai toujours voulu comprendre plus de ces phénomènes.Cependant, l'idée de faire un doctorat dans le domaine de l'astronomie et l'astrophysique a été stimulée lors de ma participation à une conférence internationale organisée à Dakar et regroupant plusieurs physiciens du monde entier, dont l'astrophysicienne belge,la Professeur Katrien Kolenberg qui m'a beaucoup inspirée et motivée. Durant cette même année, j'ai également eu l'opportunité de témoigner de la fondation de la Société Africaine de Physique à Ouagadougou,  dont le second lancement s'est passé récemment, au mois de mars 2019 en Afrique du Sud (http://africa.astro4dev.org/).

Sur quoi portent vos travaux de recherche ?

Dans ma recherche, je m'intéresse à l'étude des flashs d'impact sur la lune et Jupiter. Il s'agit de phénomènes lumineux transitoires provoqués par la collision d'un astéroïde ou d'une comète avec une planète.Ces événements se passent à très haute altitude à des vitesses très élevées pouvant atteindre 72 km/s, ce qui favorise un dégagement d'une quantité importante d'énergie qui nous apparaît sous forme de flash. La conséquence de cette collision est la création d'espèces exogènes dans l'atmosphère de la planète comme de l’eau, du monoxyde de carbone (CO), etc.  mais également de cratères d'impacts sur les surfaces solides des planètes ou de leurs satellites.

Notre objectif est de comparer le taux de collisions sur Jupiter et la lune en faisant des observations avec des télescopes installés au sol afin d'estimer l'âge sur le système solaire externe par comptage des cratères d'impact. En effet, avec l’analyse  des échantillons apportéslors des missions  sur la lune, comme Apollo dont on fête le cinquantenaire cette année (https://www.onthemoonagain.org/) , il a été constaté qu’il existe une relationentre entre l'âge d'une surface et le nombre de cratères présents. Plus une surface est âgée, plus elle est cratérisée.

Quelles sont les écueils que vous rencontrez dans votre profession ?

La contrainte dans ma profession c'est surtout de ne pas pouvoir effectuer mes expériences en local, au Sénégal.Je suis toujours obligée de trouver des sources de financement afin de pouvoir aller dans des laboratoires à l’étranger. Cependant, j'ai

pu avoir l'opportunité de bénéficier de diverses sources de financement,comme le fonds de la Fondation Father Bryuns de l'Université d'Anvers, qui m'a permis de séjourner en Belgique, la bourse de l'Organisation des Femmes en Sciences dans les pays en Voie de Développement (OWSD) pour effectuer des visites scientifiques à l'Observatoire de l'Oukaimeden de l'Université Cadi Ayad du Maroc,le support du Ministère de la Recherche Scientifique et de l'Innovation du Sénégal et de l'ambassade de France pour des séjours à l'Observatoire de Paris.Comme écueil, il y a également les conditions météorologiques qui parfois ne sontpas en faveur des observations, si par exemple le ciel n’est pas dégagé avec présence de nuages.

 

Qu’est-ce que cela vous fait d’être la première femme astrophysicienne au Sénégal ?

 

C'est d'abord un sentiment de fierté mais également de responsabilité. Quand on est premier dans une chose, on a la responsabilité de la rendre pérenne, de bien la réussir afin de motiver d'autres générations à s'y intéresser et de susciter l'intérêt des décideurs pour que ça rentre dans leurs tableaux de bord.A mon avis, le plus important ce n'est pas d'être la première astrophysicienne au Sénégal mais c'est plutôt de démontrer qu'il est utile et possible de faire émerger la recherche et l'enseignement de l'astrophysique dans nos universités au Sénégal, de faire en sorte qu'onne se limite pas seulement aux activités de divulgation, afin que le Sénégal puisse participer à l'échelle internationale au développement de l'astronomie comme certains pays d'Afrique.

 

Comment vous voit votre entourage ?

Mon entourage me voit comme une personne qui aime toujours apprendre des choses nouvelles, et très motivée à chercher des diplômes. Du coup je suis très soutenue et encouragée par mon entourage.

 Vous partez souvent en mission d’observation, racontez comment cela se passe et quelles sont les tâches que vous y accomplissez ?

Effectivement, je pars souvent en mission d'observation. Comme vous le savez, le projet d'observatoire astronomique du Sénégal, prévu à Diamniadio dans la cité du Savoir, n'est pas encore effectif, mes missions se passent donc souvent dans des observatoires à l'étranger. Ceux-ci se trouvent en général dans des endroits très isolés des habitations, loin des pollutions lumineuses, et à des altitudes assez élevées. Ces missions demandent une organisation préalable avant d'aller sur le terrain. Il faut d'abord connaître la période de visibilité de la cible, regarder également son élévation par rapport à l'horizon et s'informer des conditions météorologiques. Une fois cette étape validée, on monte à l'observatoire, et sur placeoninstalle les équipements nécessaires, télescope et caméra, et cela peut se faire durant la journée. Les observations se déroulent soit la nuit après le coucher du Soleil, soit au milieu de la nuit jusqu'au lever du Soleil.

Parfois, à défaut d'avoir un système robotisé qui permet de faire le contrôle à l'intérieur d'un bâtiment on est obligé d'être dehors, affrontant le froid avec des températures très basses. C’est comme le système déployé lors de l’observation de l’occultation de l’objet de la ceinture de Kuiper 2014 MU69, avec la mission de la NASA, qui s’est passée au Sénégal la nuit du 3 Août 2018, et où on avait 21 sites d’observations dans les régions de Thiès et de Diourbel. La réussite de cette mission au Sénégal a aidé à observer l’objet le plus lointain jamais exploré dans le système solaire qui est visité par la sonde spatiale New Horizons le 1er Janvier 2019.

 Quels sont vos projets en tant qu’astrophysicienne ?

Mes projets d'astrophysicienne c'est d'avoir un laboratoire en astrophysique au  Sénégal, de participer au développement de l'enseignement et de la recherche des sciences spatiales au Sénégal. J'aimerais également travailler dans les programmes de développement (http://www.astro4dev.org/) et de divulgation de l'astronomie (https://www.iau.org/public/)de l'Union Internationale Astronomique(IAU), ainsi que dans les programmes de l'Initiative Africaine pour les Sciences Spatiales et Planétaires, AFIPS (https://africapss.org/), dans le but de participer à l'émergence de l'astronomie et de l'astrophysique  dans toute la sous-région. Je compte également mettre en place un programme de découverte en astronomie et astrophysique destiné aux écoles, par le biais d'ateliers inclusifs, pour faire découvrir les sciences spatiales dans toutes les échelles du système éducatif au Sénégal.

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