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Marie Jeanne Ndiaye, Ingénieure des systèmes d’exploration spatiale : « Favoriser la connaissance des métiers de l’aéronautique auprès des jeunes »
14/10/2019
 Marie Jeanne Ndiaye, Ingénieure des systèmes d’exploration spatiale : « Favoriser la connaissance des métiers de l’aéronautique auprès des jeunes »


En quoi consiste votre travail d’ingénieure des systèmes d’exploration spatiale ?

Le terme est assez vague en lui-même et regroupe toutes les disciplines et les spécialités dans le domaine. Il y en a qui se concentrent sur les sondes, d’autres sur les robots, les satellites, etc. Mais moi, j’ai préféré me concentrer sur ce que je considère comme la partie la plus critique de l’exploration spatiale : l’être humain. Tous mes projets, en général, tournent autour de l’amélioration du système pour l’astronaute, le technicien, ou encore le mécanicien. Enfin, mon rôle est de voir comment rendre le travail de chacun plus fructueux. Pour le technicien cela peut consister à l’aider à réduire les erreurs et les risques de blessure. Pour l’astronaute, c’est comment s’assurer que l’espace de l’engin qu’on conçoit répond à tous les besoins.

Comment est née cette vocation de travailler dans l’aéronautique ?

Je sais que, dès l’âge de treize ans, se manifestait en moi le désir d’aller sur la planète Mars. Non seulement je voulais y aller, mais je voulais vraiment participer à l’exploration de Mars et la colonisation de la Lune, parce que c’est important d’expliquer que pour aller sur Mars il faudra d’abord qu’il y ait une stratégie de colonisation de la Lune. Donc, c’est comme ça que je voyais les choses. Je me suis donné les moyens pour être soit à la Nasa soit à la ESA (Agence spatiale européenne), l’équivalent de la Nasa en Europe. Mes parents aussi m’ont soutenue. Ils ne m’ont jamais découragée. Vers l’âge de quinze ans j’avais déjà ciblé une université pour poursuivre mes études dans ce domaine.

Comment s’est faite votre intégration au sein de la Nasa ?

D’abord, je dois préciser que j’ai quitté la Nasa depuis 2013. J’avais passé un concours et une série d’entretiens et j’ai été retenue. J’ai commencé en tant que stagiaire et d’habitude, c’est après trois et quatre stages qu’on vous offre la possibilité d’intégrer à plein temps. Pour mon cas, je n’en ai fait qu’un seul avant d’être recrutée. Cela m’a permis de poursuivre mes études et de les financer. J’étais dans le département qui se chargeait de tout ce qui a trait à la préparation de la navette spatiale avant le lancement, donc du jumelage des engins jusqu’au lancement. Personnellement, je m’occupais du contrôle d’ingénieurs pour s’assurer que tous les différents systèmes d’un commun accord. C’est comme une chorale en fait.J’ai vraiment eu la chance de me retrouver dans un département qui était très actif où mon équipe était vraiment prête à investir de son temps et de son réseau pour l’épanouissement et la réussite de chaque stagiaire. Cela a rendu facile mon intégration à la Nasa. Ce qui m’a marquée quand j’étais là-bas, c’est cet esprit de solidarité. Personne n’est laissé en rade, on essaie tout le temps de tirer le meilleur de chacun, y compris les stagiaires, pour plus de performance.

Vous avez participé à 18 lancements de navettes spatiales, racontez-nous un peu le déroulement de ces opérations ?

C’est avec beaucoup de stress. Une fois que les ingénieurs disent que tout est ok, on commence le count-down, ou compte à rebours, à T-43 donc à 43 heures du départ annoncé. C’est à ce moment qu’on commence à faire les derniers contrôles de l’engin, quand tout est prêt et qu’on va entamer les procédures établies pour les astronautes et pour la navette spatiale pour le lancement. Et là, il n’y a que le personnel essentiel qui est autorisé sur la navette et autour des astronautes parce qu’on ne veut pas que l’un d’entre eux attrape un rhume à 43 heures du départ. Pour ma part, à 43 heures du lancement, il n’y a plus grand-chose à faire parce que notre département a déjà donné le feu vert.

Après cette étape, à T-25, c’est-à-dire à 25 heures du départ, on évacue pour la première fois la zone de lancement et on commence à remplir le réservoir pour booster la navette dans l’espace. Enfin, à T-10, donc à 10 heures du départ, les équipes de météorologie, les astronautes, font leur debrief pour la vérification des performances avant le lancement de la navette. Passée cette étape, il ne reste qu’à regarder à travers les écrans de vérifications pour s’assurer que rien n’entrave l’opération.

Quel impact la conquête d’une planète comme Mars pourrait-elle avoir dans l’évolution de notre civilisation ?

C’est une histoire de survie et c’est aussi simple que ça. L’histoire nous a montré que survivre sur terre pour des millions et des millions d’années c’est quasiment impossible. À chaque fois qu’il y a  une espèce, il y a une catastrophe qui l’emporte et l’exemple le plus classique est celui des dinosaures. Ils ont été sur terre pendant de très longues années, plus que n’importe quels autres spécimens (160 millions d’années). C’est un astéroïde qui les a fait disparaitre. Et nous les êtres humains cela fait 200 000 ans que nous sommes sur terre. L’être humain est le spécimen qui a eu le plus d’impact négatif sur la Terre avec la surexploitation de ses ressources naturelles, en plus du changement climatique, avec comme conséquence l’extinction d’espèces essentielles. Donc, il est nécessaire d’explorer la planète Mars. Il est déjà établi qu’il y a de l’eau sur Mars et l’être humain ne peut pas vivre sans eau. Maintenant, la question est de savoir comment faire pour y vivre en masse. Il faudra développer des moyens pour y aller car ce n’est pas comme si on allait d’une ville à une autre. On a absolument besoin de trouver une autre planète pour notre survie.

En quoi consiste votre rôle en tant que chargée de l’intégration de la télérobotique dans la chaine d’assemblage chez Boeing ?

Quand on parle de la télérobotique en général, on pense aux méga robots comme dans l’industrie automobile alors que tel n’est pas le cas. L’idée ici, c’est comment on va faire pour intégrer les robots qu’on utiliserait en collaboration avec les êtres humains. Il fallait donc penser à concevoir un robot qui a la forme d’un humain, mais aussi identifier les tâches monotones, répétitives et parfois dangereuses à accomplir. L’assemblage d’un avion est extrêmement délicat et on n’a pas droit à l’erreur. Toute déformation dans la tôle peut créer des problèmes d’aérodynamisme, c’est-à-dire que l’avion risque de ne pas bien voler. Mais on a fait des avancées dans ce sens.

Quels sont les objectifs visés derrière la Senegalese Alternative Learning Association (SALA), dont vous êtes la co-fondatrice ?

SALA est une association qui croit, et veut démontrer, qu’il est possible de tout régler avec la science. Notre objectif est de réformer l’enseignement scientifique au Sénégal et de démocratiser, vulgariser et promouvoir la science dans toutes ces formes. On le fait par le biais d’ateliers ludo-scientifiques avec des participants qui sont amenés à résoudre de vrais problèmes avec des notions scientifiques complexes. On met en avant la pratique, et le tout de manière ludique. À la fin de chaque atelier, les participants s’en vont avec beaucoup de connaissances, mais aussi avec la compréhension et la maitrise d’un concept scientifique nouveau. Au Sénégal, il y a un faible taux d’élèves dans les filières scientifiques. C’est la raison pour laquelle on a opté pour l’accompagnement des jeunes en leur montrant que c’est faisable, quels que soient les moyens du bord. On organise également des sessions d’orientation scientifique où les jeunes sont appelés à découvrir une filière en particulier et à interagir avec des professionnels de cette filière, et cela pour leur donner un aperçu de la vie académique et professionnelle qu’elle requiert. Enfin, nous voulons contribuer à la transmission des savoirs et compétences, scientifiques ou techniques, aux populations pour se servir de la science comme levier économique.

Quel message aimeriez-vous donner à une jeune fille sénégalaise rêvant elle aussi d’intégrer la NASA ?

Je dirais qu’on n’a pas besoin d’être surdoué pour être à la Nasa. Il faut juste être persévérant, discipliné, rigoureux et très attentif aux détails, faire des recherches dans le domaine. Avant même l’obtention du Bac, il faut déjà commencer à s’orienter dans cette dynamique. Et donc, connaitre la structure, son historique et ses différents départements peut vraiment aider.

Quels sont vos projets pour le Sénégal ?

C’est de m’assurer que notre association, SALA, puisse s’élargir et que nos programmes puissent être intégrés dans plusieurs écoles. S’il plait à Dieu, les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur verront la plus-value qu’elle apporte. Ainsi, ils auront la volonté politique d’intégrer nos méthodes dans le système de l’éducation nationale pour s’assurer qu’il y ait, dans chaque école, des enseignants qui soient formés à la méthode SALA et qui puissent apporter un plus dans la formation scientifique. Dans le court terme, je travaille avec l’Association sénégalaise pour la promotion des métiers de l’aéronautique (ASEPMA) sur le premier salon de l’aviation nationale en Afrique de l’ouest. On est en train de planifier le Saly Air Show qui aura lieu les 7 et 8 décembre 2019 à l’aérodrome de Saly (Mbour) pour favoriser la connaissance des métiers de l’aéronautique auprès des jeunes de l’Afrique de l’ouest et du Sénégal en particulier. En somme, dans le long terme, notre objectif est d’avoir une académie des sciences.

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