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Fa Diallo, Directrice de l’Institut Académique des Bébés : « Me fendre corps et âme au service des tout-petits »
21/11/2019
Fa Diallo, Directrice de l’Institut Académique des Bébés : « Me fendre corps et âme au service des tout-petits »


Vous avez mis en place l’Institut académique des bébés (IAB), un concept plutôt original. Qu’est-ce qui vous a motivée à lancer cette structure ?

À mon retour au Sénégal, j’étais avec mon bébé de 3 mois et avais rencontré d’énormes difficultés à trouver une personne qualifiée pour s’occuper de lui. J’avais dû faire face à un énorme turnover, ce qui avait pour conséquence de perturber mon enfant car il se retrouvait souvent avec de nouveaux visages, de nouvelles odeurs. Cette situation le déstabilisait, et il avait d’énormes difficultés d’adaptation. Je me souviens de sa perte de poids car il refusait les tétées. Beaucoup d’agences de la place m’avaient reçue et recommandé du personnel ainsi que des pouponnières. Face au désespoir de trouver la perle rare, et au regard de cette situation alarmante, deux solutions s’imposaient à moi : soit, m’occuper moi-même de mon enfant en mettant entre parenthèses ma vie professionnelle, soit former une personne pour une bonne prise en charge. Je choisis la deuxième option qui s’avéra opportune au bout de 3 mois d’efforts et de patience. Dès lors, mes amies se sont intéressées à la méthode ayant réussi à stabiliser ma situation.

Racontez-nous votre passion pour la petite enfance.

D’abord, je suis fille aînée issue d’une famille nombreuse dont je suis extrêmement fière. Très tôt, j’ai dû mettre la main à la pâte pour aider ma mère dans les tâches ménagères et veiller sur mes petits frères. De plus, notre foyer était le centre de retrouvailles du quartier et, du coup, je me trouvais en tant qu’aînée à avoir un regard bienveillant sur chacun. Cette fibre s’est naturellement transposée dans mes choix. Étudier à l’étranger requiert beaucoup de sacrifices surtout quand les ressources sont maigres. Pour financer mes études, je me suis naturellement tournée vers des formations en petite enfance qui me permettaient de travailler et de subvenir à mes besoins. Ainsi, j’ai travaillé à ce titre dans des collectivités pendant une période de 10 ans et cumulé une belle expérience dans le domaine. Me retrouver en immersion auprès de ces enfants me renvoyait à mon enfance et me réconfortait dans ma solitude.

Après un DSC (Diplôme Supérieur Comptable) et une carrière internationale de 22 ans en Europe, comment vous êtes-vous retrouvée dans l’entrepreneuriat social et particulièrement dans la petite enfance ?

Ma situation privée a joué un rôle déterminant. Ce n’est pas un hasard. J’étais abasourdie de découvrir qu’il n’existait aucune structure normalisée au Sénégal qui forme aux métiers de la petite enfance pour une bonne prise en charge. Un pays où naissent 800 000 enfants par an, sans législation des crèches, me semblait incroyable. Chaque parent aspire à un idéal pour son enfant. La prise en charge est source d’angoisse et de crainte pour tout parent : ma fibre maternelle a parlé car j’ai pensé à tous ces tout-petits qui en souffrent. Puis, j’ai observé, cherché et découvert que beaucoup de jeunes sont déscolarisés et sans emploi. Je devais mener un double combat en apportant mon humble contribution et essayer de pallier ce double déficit. La plupart des personnes de mon entourage ne me comprenaient pas, au regard de mon parcours. Beaucoup d’interrogations dubitatives, rétrogrades et dévalorisantes.

J’en ai fait mon cheval de bataille. Il s’agit là d’une conviction, d’une passion inconditionnelle portée par l’humain et son bien-être. Alors, je n’ai pas hésité, en suivant de nouvelles formations sur le développement psychomoteur, la nutrition pédiatrique, la psychologie de l’enfant, les neurosciences et la cognition pour asseoir et déployer mon modèle et ma pédagogie aux normes internationales. Miser sur la petite enfance, c’est croire, insuffler l’espoir et impulser notre futur avec l’implosion d’une population saine et efficiente. Les 1000 premiers jours demeurent un moment fondateur dans la vie de chaque humain. Alors ne m’en veuillez pas de ranger mes papiers et diplômes au placard pour me fendre corps et âme au service des tout-petits. Ne m’en veuillez pas de réconcilier les études avec les jeunes en échec scolaire. Ne m’en veuillez pas de semer des graines aussi petites soient-elles pour autonomiser les personnes. Ne m’en veuillez pas de redonner l’espoir aux jeunes mal orientés. Je me vois en chacun d’entre eux. Je suis eux ! J’ai été à leur place ! Je veux qu’ils sachent que la pugnacité et la persévérance mènent vers le chemin de la dignité. Ma vision est collective et inclusive.

 

Qu’est-ce qui a motivé votre retour au pays ?

D’abord 20 ans dans les finances et le burn out, le sentiment de n’avoir rien accompli dans mon pays, l’envie de retrouver mes racines et d’apporter mon humble contribution à ma patrie, mais également pour que mes enfants connaissent les leurs, leurs origines et simplement l’appel du retour. Je pensais que mes compétences étaient bien plus utiles à mon pays.

 

Comment se font le recrutement et la formation des femmes dans votre Institut ?

Les premiers recrutements ont été effectués par mon conjoint qui m’a soutenue dans cette aventure humaine. Il s’est rendu dans les églises pour que le message soit relayé aux messes du dimanche ainsi que dans les places communautaires pour porter l’information. L’IAB s’est retrouvé à ses tout débuts avec 70 candidats-es. Toutefois, compte tenu de mes moyens, nous avons effectué les cours dans mon garage réaménagé pour l’occasion.  L’officialisation était incontournable auprès du ministère de la Formation professionnelle de l’apprentissage et de l’artisanat (MFPAA) qui nous accompagne à travers le 3FPT. Aujourd’hui, l’IAB est incubé chez MakeSense à l’IAM Mermoz.

 Quelle expérience avez-vous de la manière dont les enfants sont traités au Sénégal dans les ménages ?

Je ne peux juger aucun foyer. Le manque d’informations des foyers annihile les efforts. De ce fait, les ménages gagneraient à se former, la population devrait être sensibilisée sur les 1000 premiers jours de l’enfant et des conséquences qui en découlent. Chaque enfant nait avec les mêmes aptitudes que les autres. C’est une période déterminante où l’enjeu est important. Une période qui mérite toute notre attention pour donner à l’enfant un bon capital santé et un bon départ. À nous de le mettre dans de bonnes conditions pour  favoriser le maximum de chances et d’opportunités dans sa vie future. Nous sommes tous responsables de nos tout-petits.

 

Depuis la création de l’IAB, quel bilan pouvez-vous tirer de son appropriation par les différentes structures qui sollicitent votre expertise ?

Le bilan est très clair avec 99 % d’insertion professionnelle par la formation sur N-1. Je suis fière de toutes ces femmes et hommes qui ont retrouvé confiance et estime d’eux-mêmes. Ils sortent de l’oisiveté en se rendant à l’institut, et ils bénéficient d’un accompagnement pour l’après formation. Je les remercie tous de leur engagement qui me permet chaque jour d’aller de l’avant et d’y croire. Par ailleurs, permettre aux structures qui nous sollicitent de stabiliser leurs ressources nous réconforte dans notre détermination.

 Quels sont vos projets à moyen et long termes ?

L’IAB souhaite bien évidemment élargir son offre au sein des régions et continuer à former davantage de personnes en favorisant la réduction de la précarité par l’insertion professionnelle, mais surtout rendre meilleure la prise en charge des tout-petits.

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