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L'entretien politique
« Pourquoi il faudra bien compter avec Pastef » (Birame Souleye Diop)
23/12/2019
« Pourquoi il faudra bien compter avec Pastef » (Birame Souleye Diop)


Le débat sur la question de l’électricité, l’arrestation de Guy Marius Sagna et des autres manifestants, Pastef en perspective des élections locales, les récurrentes saisies de drogue, sans oublier le dossier des 94 milliards FCFA, aucun sujet n’a échappé à la lecture de Birame Souleye Diop. L’Administrateur général de Pastef est à cœur ouvert avec Intelligences. Entretien.

Nous sommes en plein dans l’actualité autour de l’électricité, on parlerait même au niveau de l’espace présidentiel d’une future baisse, qu’est ce que cela vous inspire ?

Juste dire avant de me prononcer sur la marche que, effectivement, Macky Sall a reçu mardi 18 décembre le patron de Fivestone qu’il a voulu présenter comme une société conseillère financière de la Commission économique des Nations unies. Ce qui est absolument inexact. Fieldstone est un fonds d’investissement qui est déjà intervenu dans la privatisation du rail en Afrique du Sud, et dans la privatisation de l’énergie au Ghana. Donc son histoire c’est d’aider à la privatisation d’entreprises publiques. Ils sont là pour ça. Et, la cacophonie que l’on constate au sommet de l’Etat traduit l’incompétence notoire et le mensonge permanent dans lequel ils nous ont mis depuis qu’ils sont là. Ils ne peuvent pas, à la veille de l’élection présidentielle déclarer qu’en 2020 il y aura une baisse du coût de l’électricité, que l’on nous présente la Senelec comme la société la plus florissante de l’histoire industrielle du Sénégal,  qu’en l’espace de quinze jours, il font planer une menace de hausse du coût de l’électricité en 2020 qui a d’ailleurs démarré avec les dernières factures reçues, et qu’ils viennent nous promettre une nouvelle baisse. Il faut qu’ils arrêtent de penser que nous sommes un peuple d’ignorants. Ils ne sont que dans la manipulation parce que si la tendance dans laquelle ils se sont inscrits persiste, la Senelec sera tôt ou tard privatisée.

Pour répondre à la question sur la manifestation du 13 décembre, le peuple s’est levé comme un seul homme pour dire nous allons marcher pour exprimer notre désapprobation. Et on a constaté que des hommes et femmes de tous les âges ont marché ce jour là, parce qu’une hausse du coût de l’électricité n’épargne personne. Nous avons appris qu’il ya des gens de l’Apr qui apprécient cette marche de manière négative parce qu’ils n’ont pas de problème eux pour payer l’électricité. Parce que quand 94 milliards disparaissent, quand 29 milliards disparaissent, quand 150 milliards disparaissent, ils sont entre les mains des militants de l’Apr, donc ils n’ont pas de problème pour payer l’électricité. Ils ne participeront pas aux marches organisées et ils vont penser que nous sommes leurs ennemis parce que nous leur arrachons le pain de la bouche. Le peuple en a assez et à marcher et il va continuer à le faire tant qu’ils ne reviendront pas sur cette décision.

Il ya le cas Guy Marius Sagna dont d’aucuns pensent à tort ou à raison qu’il est un pion pour Pastef, est-ce la réalité et qu’est ce que vous êtes en train de faire pour le tirer d’affaire ?

Vous savez, Guy Marius Sagna est un militant de la cause patriotique, pan africaniste et démocratique. Il n’est point militant de Pastef. Guy Marius Sagna ne détient aucune carte de membre de Pastef, mais nous à Pastef, nous serions très heureux d’avoir ce monsieur comme militant parce que c’est un référent. C’est un exemple de militantisme sérieux, engagé pour le bien de son pays et pour le bien des peuples fatigués. Guy Marius Sagna s’est battu pour à peu près 15 communautés du Sénégal. Il a toujours marché pour la défense des intérêts des citoyens, des pauvres familles abandonnées, donc c’est un exemple. Ce que je dois dire, c’est que la proximité des points de vue que nous avons et la convergence d’approche entre Guy Marius Sagna et nous-mêmes,  font que nous nous retrouvions très souvent dans les combats que nous menons et parfois nous sommes autour d’une table parce que nous avons effectivement partagé la même coalition politique pour aller à l’élection présidentielle, la même coalition pour aller aux élections législatives.

Donc, nous n’avons pas peur de dire que nous partageons le chemin avec Guy Marius Sagna et nous appelons nos militants à s’inspirer de son combat, à être engagés, déterminés, parce que tôt ou tard, le peuple qui est le plus fort vaincra. Maintenant, il mérite notre soutien et nous le lui apportons totalement et entièrement. Je profite de cette occasion pour dire que Guy Marius Sagna a été pris parce qu’il s’est approché des grilles du palais. Les militants de Macky Sall l’ont fait, ceux d’Aliou Sall de même, et rien ne leur est arrivé.

Je rappelle que Mame Mbaye Niang est monté sur les grilles de l’Assemblée nationale qui est une institution au même titre que la présidence de la République. Pourquoi les militants de l’Apr peuvent aller au palais, en meute pour perturber la quiétude à Dakar et qu’il n’y ait pas une suite. Pourquoi Mame Mbaye Niang qui monte sur les grilles de l’Assemblée nationale n’est pas inquiété et qu’un Guy Marius Sagna soit aujourd’hui en prison parce qu’il s’est approché de la grille du palais.

Il faut que l’on se rappelle que le droit de marche est un droit constitutionnel et que Guy Marius Sagna n’a violé aucune loi de ce pays. Maintenant, il ne faut pas que la justice soit le complice de délinquants qui veulent écraser toutes formes de contestation et protéger les détourneurs de deniers et autres contrevenants à la loi parce qu’ils sont proches du régime.

Après ses bons résultats obtenus lors de la dernière présidentielle,  Pastef est-il à mesure de maintenir cette montée en puissance pour faire main basse sur des collectivités ?

Vous savez, Pastef n’est pas un parti qui vit au gré des circonstances politiques. Même si nous ne pouvons pas nous permettre, évidemment, de rater les prochaines échéances électorales locales et territoriales. Nous sommes un parti organisé. Indépendamment de ces échéances, nous sommes en train de structurer le parti, d’améliorer son implantation. Et toutes nos procédures sont en voie d’être formalisées. Nous travaillons rigoureusement sur la formation des ressources humaines à travers l’école du Parti, le mouvement des cadres. C’est pour vous dire, que c’est de l’extérieur qu’on peut penser à une sorte de montée en puissance. Mais pour nous, notre objectif est d’être la première formation politique du pays. C’est une mission que nous avons au quotidien. C’est un travail au jour le jour pour nous, et pour l’ensemble de nos militants. D’ailleurs, nous donnons rendez-vous à tous les Sénégalais le 6 janvier pour célébrer le sixième anniversaire du parti. Dans cette mission également, nous travaillons à consolider la coalition avec laquelle nous avons travaillé pendant les élections législatives en 2017, et pendant l’élection présidentielle. Dans le même temps aussi, nous sommes en train de travailler à la mise en place d’une fusion, parce qu’il y a cinq partis politiques et cinq mouvements avec lesquels nous sommes en train de travailler pour aboutir à une fusion qui va donner naissance à un parti plus grand et plus fort. Donc, nous n’avons pas le sentiment d’une montée en puissance, mais le sentiment de vivre normalement. Il faudra bien compter avec nous, parce que nous serons là. Qu’ils organisent les élections en 2020, en 2021, ou en 2023, on entendra parler de beaucoup de maires de Pastef, beaucoup de présidents de conseil départemental que nous allons avoir.

Avec le dialogue politique, le rapprochement entre Macky Sall et Wade, des anciens libéraux, la sortie de Khalifa Sall, ne craignez-vous pas une sorte de reconfiguration du landerneau politique au détriment de Pastef ?

Vous savez, les organisations politiques légalement constituées, sont démocratiquement et légalement libres de choisir leurs modes d’action. Et en vertu du principe de non immixtion, nous leur reconnaissons leur entière liberté de faire ce qu’elles veulent de leur organisation politique. Nous n’avons pas d’appréciation propre ni de commentaires à faire la dessus. Ce qui se passe, n’influe en rien sur notre agenda. Nous, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, nous travaillons à finaliser la fusion avec les partis et mouvements dont je vous ai parlé. Nous sommes en train de consolider notre coalition. Notre président se bat sans cesse pour le respect des droits des citoyens, et le bien-être de la population. Nous menons les activités à la base. Nous avons lancé les  nouvelles cartes de membres du parti. Les renouvellements ont démarré, et nos militants sont en train d’être formés. Cela fait tellement de chantiers que nous n’avons pas le temps de nous lever pour regarder ce qui se fait à côté. Parce que nous, on veut être grands. Donc, nous n’avons pas ce temps de regarder qui grandit, et qui grandit avec qui. Les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent. A l’heure du bilan, à la l’heure de la synthèse, au soir des grandes échéances, on verra qui est ce que le peuple mettra devant.

Pour parler du président Ousmane Sonko, il a été auditionné le 10 Octobre dernier sur l’affaire des 94 milliards. Depuis lors, avez-vous l’impression que les choses bougent dans le sens où Pastef le veut ?

De toute façon, dans la conduite de cette affaire-là, le président Ousmane Sonko et le Pastef ont été très patients. On a mené minutieusement les opérations, et jusque-là, c’est nous qui avons la direction des choses. On accepte aussi que le temps de la justice n’est pas le temps des politiciens. Mais, nous savons pertinemment,  nous Pastef, que cette affaire-là ne sera jamais passée par perte et profit. Elle passera devant la justice, et ce qui devra être fait, sera fait. Elle ne peut pas se faire comme ce que nous avons constaté dans l’affaire des 150 milliards perdus à la Poste, ou les 29 milliards perdus au Prodac, les 40 milliards perdus à la Sar, les 5 milliards perdus dans le budget de l’Etat avec l’affaire Arcelor Mittal, les 30 milliards du titre foncier Bertin, les 700 kilogrammes de drogues qui sont perdus, ou les milliards du Building administratif, ça ne se passera pas comme ça. La preuve d’ailleurs, vous avez suivi que l’Ofnac a envoyé au procureur un rapport circonstancié pour, en des propos beaucoup plus tranchés, préciser que ce que disait Ousmane Sonko sur l’affaire des 94 milliards est vrai. Des gens porteront leurs mains à la bouche, parce qu’elles se sont levés pour défendre l’indéfendable, pour insulter copieusement. Et au soir de la décision, ils vont se regarder par deux fois. Et définitivement, ils seront les oubliés dans cette histoire-là. Et enfin, vous avez entendu il y a 48 heures, que l’une des familles intéressée dans cette affaire des 94 milliards a déposé une plainte contre ce fameux racheteur de crédits. Donc aujourd’hui, les ingrédients sont en train de se réunir pour eux-mêmes, dire qu’Ousmane Sonko avait raison dans cette histoire-là.  Fondamentalement, le plus important, c’est que tôt ou tard, on se mettra à la table, et la justice sera dite.

L’actualité est marquée ces derniers temps par des saisis de faux billets, de drogue, en tant qu’acteur politique et économique, quelle lecture faites-vous d’une telle situation ?

Pour rire, je dirais peut-être que les vendeurs de drogue doivent être fiscalisés parce que c’est cela le réalisme fiscal, comme les prostitués doivent l’être. Ils doivent payer les impôts parce qu’ils s’enrichissent. Même s’ils le font de manière illégale, ils s’enrichissent. Maintenant pour faire sérieux, on dira que tout ce qui se passe traduit la défiance de la loi par les criminels, mais également traduit la défaillance de la loi qui est orchestrée et entretenue par l’autorité. Trouvez-vous normal qu’un vice-président de l’Assemblée nationale déclare qu’il connait les acteurs dans le trafic de la drogue et que le procureur reste à dormir ? Vous concevez qu’un député en l’occurrence Farba Ngom puisse dire qu’il a convoqué lui-même un gendarme, en présence du ministre des forces armées, chez lui pour demander à ce dernier de fermer les yeux sur les agissements de son frère qui a été arrêté dans une histoire de drogue ? Vous concevez, aujourd’hui que 700 kilogrammes, puis 500 kilogrammes de drogue puissent disparaitre comme par enchantement ? Vous concevez que des munitions disparaissent au Sénégal ? Qu’un député soit arrêté avec des faux billets et il aura fallu que la gendarmerie verrouille la procédure d’enquête faute de quoi, ce député allait rentrer chez lui tranquillement. Que la corruption puisse atteindre des niveaux jamais égalés de l’histoire politique du Sénégal. Quand on va en Colombie ou en Costa Rica, tous ces éléments-là sont caractéristiques de la définition d’un Etat narcotrafiquant. Est-ce que nous Sénégalais on va accepter que le Sénégal devienne une plateforme de circulation de drogue ? Il y a lieu de s’inquiéter. Parce que ceci aboutira inévitablement, si les jalons pour y mettre un terme ne sont pas posés, en un désordre total. Surtout si les autorités ne pensent qu’à taper sur de l’opposants, ou des activistes, en oubliant que ceux qui détournent de l’argent et ceux qui vendent de la drogue sont connus.

Le Projet de loi portant report des élections et prorogation des mandats des conseillers départementaux et municipaux a été voté récemment, qu’en pense Pastef ?

Nous avons exprimé notre désapprobation par rapport à ceci. Nous avons toujours été pour le respect du calendrier électoral, mais vous conviendrez avec moi que le calendrier électoral est devenu l’agenda politique du pouvoir. Il organise quand il veut et annule quand il veut. Il reporte quand il veut, il tient en otage le processus électoral, il piège le fichier électoral, détruit le consensus électoral qui a existé au Sénégal depuis les années 2000, et veut avoir, aujourd’hui, un mandat infini. Les exemples sont là. Ils viennent de le faire, mais en tout état de cause, ils n’ont qu’à faire ce qu’ils veulent puisque personne ne s’oppose à eux, mais ce qui est sûr est que Pastef s’organise pour que le jour de l’élection, qu’ils sachent qu’il y a une force politique qui est là. Nous allons prendre énormément de mairies, de collectivités pour montrer que ces gens-là ne vont jamais gouverner sérieusement. On va instaurer définitivement la restauration de la gestion propre, sincère, destinée uniquement à servir le citoyen. Le fait de reporter ces élections locales c’est juste pour retarder leurs redditions de comptes mais ils rendront compte.

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