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Nathalie Fanja Haaby, psychothérapeute: «un enfant peut mourir de manque d'affection»
21/01/2020
Nathalie Fanja Haaby, psychothérapeute: «un enfant peut mourir de manque d


Encore appelée « Hug Day » aux États-Unis où elle a pris racine, la journée internationale du câlin est célébrée dans le monde entier tous les 21 janvier. Intelligences.info est allé à la rencontre de Nathalie Fanja Haaby. Pour l'occasion, elle évoque, dans cet entretien, l'importance de l'affection dans le développement de l'enfant, et comment la méditation peut contribuer à améliorer la confiance en soi.

 La communauté internationale célèbre aujourd'hui la journée du câlin qui reste peu connue du grand public. Pouvez-vous revenir sur cette journée et ce qui a impulsé son instauration ?

La journée internationale du câlin est assez récente. Elle date de 1986. C'est un pasteur américain qui a remarqué qu'en hiver, certaines personnes se sentaient déprimées par manque de lumière, mais aussi à cause du manque de contact humain. Lui-même, très amicalement, chaleureusement, à chaque fois qu’il faisait son office, prenait les gens dans ses bras quelques secondes et remarquait que ça leur faisait du bien. C’est de là que l’idée est née, parce que dans la société, les gens manquent de contact humain. Après, cela s’est élargi en Europe. En ce qui concerne nos sociétés africaines, nous avons beaucoup moins ce problème de chaleur humaine, puisque, naturellement, la famille est plus unie. Les gens vivent plus en famille élargie. Les personnes âgées font plus attention aux enfants. Même dans la rue cela se remarque. Les massages que l’on fait aux bébés sont aussi très importants pour le contact.

Quelle est la dimension psychologique du câlin ?

Sur le plan de la santé, prendre quelqu’un contre soi nécessite une pression au niveau du cœur, cela permet d’apaiser. On commence avec les enfants. C’est un geste qui permet de l’accueillir, de le rassurer et cela fonctionne pour tout le monde.

Est-ce que le manque de câlin, plus généralement d’affection, a un impact sur le développement psychologique de l’enfant ?

Bien entendu. Un enfant que l’on ne touche pas, auquel on ne parle pas, auquel on ne fait pas attention sera un enfant qui aura du mal à se développer. C’est une réalité. Les orphelinats en constituent un exemple malheureux. On a beau leur donner à manger, s’ils ne se sentent pas aimés, ils peuvent mourir de manque d’affection. C’est ce que l’on appelle l’hospitalisme. Donc, en tant qu’être humain, on a besoin de contact.  Cette journée est là pour nous le rappeler.

En milieu scolaire, on remarque que certains enfants ont tendance à maltraiter leurs camarades. Notamment par le phénomène du bizutage. Cela peut-il être mis sur le compte du manque d’affection ?

C’est vrai qu’il peut y avoir un manque d’affection dans certaines familles. Le bizutage, c’est aussi un phénomène de société. On éduque les enfants dans la compétition. Celui qui est plus faible est malmené par celui qui est plus fort. Les enfants ne font que reproduire certains modèles qu’ils voient autour d’eux. Mais un enfant avec lequel on est bienveillant, auquel on porte vraiment de l’attention, a tendance à transmettre de la bienveillance. L’enfant, il faut l’accompagner jusqu’au bout, l’aider à développer sa patience, sa persévérance, sa concentration, son attention. C’est aussi du temps réel de contact humain, du temps de qualité passé avec l’enfant. Et à mon sens, s’il y a cette idée d’encouragement à être soi, à s’aimer, à vraiment avoir confiance en soi, il n’y a pas de raison pour que ce phénomène se produise. C’est quand, justement, les parents comparent leurs enfants, les dévalorisent parce qu’à l’école ça ne fonctionne pas bien, que l’on assiste à ce type de comportement.

Bien entendu, ici, on parle d’élever un enfant. Ce n’est pas uniquement lui donner à manger, l’envoyer à l’école, mais l’accompagner dans la vie, lui rappeler tous les jours qu’il est un être important et que dans ce qu’il est, il est appréciable, l’encourager à s’améliorer.  C’est important de reconnaître l’enfant comme un être à part entière, de considérer qu’il a des qualités, et de l’encourager à en développer d’autres.

Est-ce que le manque d’affection accentue les comportements délictuels chez l’enfant à l’âge adulte ?

C’est là où la psychologie est complexe et que tout est au cas par cas. Quelqu’un qui a manqué d’affection, de confiance en lui, peut effectivement virer de ce côté selon les expériences qu’il a eues, selon la dureté de ce qu’il a vécu. Il y a plusieurs paramètres qui entrent en jeu. Il y a ce qu’on appelle la psychopathie. Ce sont des personnes qui ont des difficultés à ressentir de l’empathie, à voir l’autre comme un humain, à gérer leurs frustrations. Ce sont des personnes qui, frustrées, peuvent facilement être violentes. Mais, il peut y avoir là une part génétique ou environnementale.

En tant que psychothérapeute, que conseilleriez-vous dans ces cas-là ?  Notamment pour la confiance en soi ?

Je recommande beaucoup la méditation. Puisque pour être capable d’entrer en relation avec les autres, c’est important d’avoir une bonne base, c’est-à-dire avoir confiance en soi, avoir conscience de ce que l’on est, avoir  une certaine estime de soi. Sinon l’interaction avec l’autre devient difficile. C’est comme un noyau de base que l’on a besoin d’avoir pour être suffisamment en sécurité dans la relation avec les autres. Or, souvent, les gens ont tendance à faire l’inverse. À penser que l’autre va combler tous leurs besoins de sécurité. Cela donne beaucoup de déceptions, notamment dans les couples. À mon sens, la méditation permet aussi chaque jour de prendre un temps pour soi et de rentrer en soi, de se poser au calme, de faire le calme dans son mental, en soi, et ça permet de développer la confiance en soi.

Le mot de la fin? Un petit conseil pour nos lecteurs? 

Parfois, poser une main sur l’épaule ou donner la main peut faire du bien. Je ne sais pas si vous connaissez la femme indienne qui s’appelle Ama (de son vrai nom Mata Amritanandamayi). Elle donne des conférences dans le monde entier, juste pour faire des câlins. Les gens font la queue pour en recevoir, pour être serrés dans ses bras. Pour moi, cela montre que, dans le monde entier, subsiste ce problème. Ama est comme la mère universelle bienveillante qui donne de l’affection sans rien attendre en retour. Sur le plan physiologique, il y a l’hormone du bien-être qui s’appelle l’ocytocine. C’est l’hormone que sécrètent les femmes lorsqu’elles donnent naissance. C’est l’hormone de l’attachement. Cela veut dire que nous avons naturellement besoin d’affection.

 

 

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