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Pape Masseck Thiam, Lauréat du prix du meilleur ingénieur professionnel au Canada : « Mon but ultime est d’encourager la promotion de la culture de l’excellence en ingénierie au Sénégal »
10/02/2020
Pape Masseck Thiam, Lauréat du prix du meilleur ingénieur professionnel au Canada : « Mon but ultime est d’encourager la promotion de la culture de l’excellence en ingénierie au Sénégal »


Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours académique et professionnel ?

Je suis né au Sénégal, précisément à Dakar. Mon parcours académique a débuté au Sénégal. Après l’obtention de mon Baccalauréat en 2006, j’ai été admis à la faculté des sciences et génies de l’université Laval, Québec, au Canada où j’ai obtenu un diplôme d’ingénieur en génie civil. À la suite de l’obtention du diplôme d’ingénieur, mes résultats m’ont valu une admission à la chaire de recherche i3C de l’université Laval où j’ai obtenu une maîtrise de type recherche en géotechnique routière et en ingénierie des chaussées. Parallèlement, j’ai suivi des formations en ingénierie du pergélisol et en mécanique des sols partiellement saturés. Je dois avouer que mon environnement familial a beaucoup influencé mon choix de carrière, car très jeune, j’ai eu une passion pour les sciences mais surtout pour le génie civil. Cette passion a été suscitée par mon père, lui-même ingénieur en génie civil. Lui et ma mère nous ont inculqué le culte de l’excellence et du sérieux dans le travail.

En quoi consiste votre travail en tant qu’ingénieur/chercheur et expert en ingénierie des chaussées ?

Une question qui m’est souvent posée est : que fait un chercheur en ingénierie de routes ? La réflexion derrière cette question provient de l’idée selon laquelle les routes sont perçues comme étant des infrastructures à apparence simple du fait de leur aspect linéaire et uniforme. Mais en réalité, elles sont très complexes. Ainsi, en tant que chercheur, mon rôle est tout d’abord d’étudier des phénomènes problématiques, d’analyser si ces phénomènes existent ailleurs, comprendre là où se situent leurs causes, définir une méthodologie et un protocole de recherche expérimental et analytique, et proposer des solutions. J’étudie ensuite la viabilité et les impacts socio-économiques, financiers, techniques, environnementaux et sur l’environnement bâti de chaque solution afin de déterminer la plus adaptée. De plus, un chercheur peut participer à l’élaboration de normes, l’amélioration des façons de penser, concevoir, construire, gérer et entretenir les infrastructures.

Vous avez reçu, cette année, l'une des distinctions les plus prestigieuses de l'association canadienne des Transports, à savoir le titre TAC Young Professional Award. Qu’est-ce que cela vous fait d’être le premier africain à recevoir cette distinction ?

Premièrement, j’aimerais remercier toute l’équipe d’Intelligences Groupe pour cette opportunité qui m'est offerte. C’est avec fierté, solennité, gratitude mais surtout humilité que je reçois le titre de TAC Young Professional Award cette année ; ce sentiment est d’autant plus grand que je me vois attribuer cette distinction honorifique en tant que premier africain depuis sa création. Cependant, je considère que cette distinction n’est pas la mienne. C’est celle de tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à ma formation, ceux qui travaillent dans l’ombre et qui n’ont aucune reconnaissance pour leur œuvre dont je suis le bénéficiaire aujourd’hui. J’aimerais profiter de cette occasion unique pour leur rendre hommage.

Laquelle de vos réalisations vous a valu cette distinction ?

Il est très difficile de nommer une seule réalisation comme étant la raison de cette distinction. En effet, je pense que c’est la combinaison de ma formation académique et de mes huit années d’expérience professionnelle qui en est à l’origine. Ma contribution à l’ingénierie des routes a, en effet, débuté avec la recherche académique. Étant assistant de recherche et étudiant aux cycles gradués à l’université Laval, j’ai longuement étudié l’impact des changements climatiques sur la performance à long terme des routes. J’ai développé des modèles de prédiction des effets anthropiques des changements climatiques tel que l’augmentation des épisodes de précipitation. J’en ai déduit comme impact une réduction potentielle de la durée de vie utile des infrastructures routières. Les résultats de ces travaux de recherche ont été implémentés dans le logiciel de conception des routes au Québec, I3C-Me, développé par l’université Laval.

Comment évaluez-vous le Sénégal en termes de conception des routes ?

Tout d’abord, il faut comprendre que les contextes économique, géologique, hydraulique et même géotechnique ainsi que les besoins au Sénégal sont très particuliers. Ainsi, même si nous faisons face à un relief relativement plat, des conditions climatiques non sévères, des matériaux de construction accessibles et de bonne qualité, et un niveau de trafic lourd faible, il faut dire que les routes peuvent représenter des défis majeurs au Sénégal. Cela étant dit, mon évaluation personnelle est que nous avons un bon système académique et de bonnes écoles qui permettent de former les ingénieurs civils à relever les défis liés à la conception des routes au Sénégal. Nous avons également des structures qui ont les moyens de concevoir, réaliser, exploiter et entretenir les infrastructures routières pour répondre aux besoins des populations.

Quelles sont vos relations, aujourd’hui, avec le Sénégal, votre pays d’origine ?

J’entretiens de très bonnes relations avec le Sénégal. Je suis très souvent au Sénégal pour travailler sur des projets personnels et entre autres pour donner des conférences. Je suis en contact avec des universitaires, des entreprises privées et des membres du gouvernement et nous échangeons régulièrement sur certains sujets, liés non seulement au génie routier, mais également à d’autres domaines qui sont d’intérêt pour le Sénégal. Je compte poursuivre cette belle collaboration. Le Sénégal est plein de brillants professionnels qui jouent ou continueront de jouer un rôle clé dans le développement socio-économique de notre chère nation, non seulement à travers les sciences, mais aussi à travers d’autres disciplines tout aussi importantes. Le défi sera de donner le pouvoir approprié aux personnes adéquates.

Quels sont les défis que vous vous êtes lancé et vos projets pour le Sénégal ? 

Les défis que je me suis lancé ainsi que les projets que j’ai pour le Sénégal sont nombreux. Mon but ultime est de participer et d’encourager la promotion de la culture de l’excellence en ingénierie au Sénégal et d’aider à assurer la compétitivité de notre savoir-faire en Afrique et dans le monde. Pour cela, j’ai créé une structure qui a pour mission de collaborer avec les administrations compétentes pour la création de normes basées sur nos propres modèles d’endommagement et qui répondront à nos besoins, d’utiliser des techniques de conception et de construction qui vont favoriser la réduction des coûts, l’optimisation du transport et de la sécurité routière, de participer à la formation des ingénieurs pour répondre aux besoins imminents tels que la priorisation de l’expertise locale dans les grands projets, la gestion adéquate des projets ou encore l’évaluation des eaux pluviales. Notre mission est également d’anticiper les défis du futur et d’aider les administrations à s’y adapter. Parmi ces défis, je peux citer les changements climatiques, l’augmentation du trafic lourd liée aux futures exploitations de nos ressources minières et énergétiques, l’adaptation de notre réseau en fonction des prédictions démographiques, les problèmes de sécurité routière, l’accessibilité à des matériaux de construction de qualité, la réduction des gaz à effet de serre et l'émergence des nouvelles technologies tel que le transport intelligent et les nouveaux types de camions. Enfin, je suis dans le processus de rédaction d’un livre à caractère académique qui a pour but de mettre l’accent sur les meilleures pratiques de conception, de construction et d’entretien des routes dans un contexte sénégalais.

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