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DOSSIER
Cancers au Sénégal L'alerte de 5 sommités du monde médical
29/04/2020
Cancers au Sénégal L


Selon un Rapport du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC),

18,1 millions de nouveaux cas ont été diagnostiqués en 2018 dans le monde.

Au Sénégal, l'on enregistre 10.549 nouveaux cas et 7.571 personnes qui meurent chaque année d'un cancer. Des chiffres alarmants qui suscitent l’inquiétude des populations, des autorités, mais aussi et surtout des nombreux spécialistes qui s’occupent de la prise en charge de ce mal qui n'épargne aucun sexe, ni aucune tranche d’âge.

Dans ce contexte, Intelligences Magazine est allé à la rencontre d’éminents  spécialistes du cancer au Sénégal pour expliquer l’explosion de ce phénomène et entrouvrir des pistes de solutions pour lutter efficacement contre cette pathologie.

 

Pr Mamadou Diop, Directeur de l’Institut Joliot-Curie de l’Hôpital Le Dantec

« Les gens considèrent le cancer comme une maladie qui est fatalement mortelle… »

 

 

  1. Au 31 décembre 2019, peut-on dire que le cancer est très présent au Sénégal ? Quel est son taux de prévalence ?

Le cancer, une des maladies non transmissibles, est la deuxième cause de mortalité chez l’adulte. C’est un problème de santé publique et son incidence est en augmentation, surtout dans les pays en voie de développement. Le cancer est la source d’une mortalité très élevée liée au fait que la consultation est très tardive. Il n’y a pas encore de programme national organisé de dépistage et de traitement des lésions près cancéreuses. Quand on regarde le registre qu’on a à l’institut Curie, nous sommes à peu près à 300 ou 400 nouveaux cas de cancers par an, Les cancers gynécologiques, c’est-à-dire les cancers du col et du sein, sont les plus fréquents, suivis des cancers de l’Orl, comme le cancer de la gorge, du pharynx, etc, viennent les Lymphomes. Le cancer c’est un problème de santé publique mondiale.

  1. Professeur, n’existe-t-il pas une certaine peur de la part des populations d’aller vers le médecin pour se faire consulter ?

Ça c’est la peur surtout du dépistage,  C’est-à-dire la personne qui ne sent rien, et qui va aller faire des examens pour se faire dépister. C’est un facteur très important, parce que la personne a peur surtout de se faire découvrir une maladie grave. Les gens considèrent le cancer comme une maladie qui est fatalement mortelle. Ça aussi c’est un problème d’information. Quelque part, c’est la réalité, puisque si beaucoup de cas de cancers arrivent tardivement, il y a forcément une mortalité très élevée. Donc cette peur existe. Aussi, la personne qui est pauvre ne se projette pas dans l’avenir en se disant, je vais me faire dépister. Elle va se dire qu’on va me découvrir une maladie que je n’ai pas les moyens de soigner.

  1. Si on considère les deux sexes, peut-on dire qu’au Sénégal, le cancer est plus présent chez l’homme ou chez la femme ?

Le cancer est aussi présent chez l’homme que chez la femme, chez l’enfant aussi. Donc ce n’est pas une maladie qui est spécifiquement masculine ou féminine. Maintenant, la fréquence des cancers du sein et du col fait qu’on a l’impression que c’est une maladie des femmes. Chez l’homme, il y a des cancers qui sont exclusivement masculins, comme le cancer de la prostate. Un organe exclusivement masculin. Au niveau mondial, le cancer est beaucoup plus fréquent chez l’homme à cause du poumon qui représente le premier cancer. Au Sénégal, le sein est le premier cancer, et il y a celui du col malheureusement qui n’a pas régressé, et cela fait que les cancers sont beaucoup plus fréquents chez les femmes.

  1. Quelles sont les causes de cette pathologie ?

On ne peut pas parler de cause. Ça dépend de la localisation et du type de cancer. Ça peut être lié à des virus qui sont cancérigènes, comme le cancer du foie, ou il y a le virus de l’hépatite B, surtout dans notre contrée. Le cancer du col de l’utérus, on sait que c’est le virus du papilloma humain qui en est responsable. Mais aussi, il y a des types de cancers où c’est un ensemble de facteurs qui sont retrouvés. Il n’y a pas de causes exactes, comme le cancer du sein, de la prostate ou du colon, où il y a une alimentation qui est déséquilibrée, beaucoup plus en faveur de tout ce qui est viande rouge, viande grasse, qui est pauvre en fruits et légumes. Cette alimentation prédispose non seulement aux maladies cardiovasculaires qui sont connues, mais aussi au cancer du côlon, de la prostate, du sein. Il y a la sédentarité, qui est également incriminée. Sans oublier les hormones. Vous savez aujourd’hui, nous vivons avec beaucoup de facteurs environnementaux, qui perturbent notre fonctionnement hormonal, comme le stress qui influe sur la production des hormones qui ont un effet direct sur certains organes cibles comme le sein, la prostate.

Donc, c’est un ensemble de facteurs qui sont intrinsèques, parfois génétiques. On hérite une mutation de ses parents qui nous prédispose. Ce n’est pas une cause directe, mais qui nous prédispose à faire un certain nombre de cancers. Il y a le tabac aussi qui est le facteur de risque le plus important, et qui est un dénominateur commun pour beaucoup de cancers, notamment le poumon. Mais également des cancers digestifs, de la gorge, du pharynx, etc. L’alcool également. Donc le mode de vie apparait vite comme étant quelque chose de très important. L’environnement dans lequel nous vivons, la pollution industrielle, la pollution au niveau de l’agriculture avec des pesticides et l’engrais. Chez les paysans, on parle du coût du kilo d’arachide, mais on ne parle jamais de cette exposition, alors que ces produits sont extrêmement toxiques. Donc, c’est tous les secteurs qui sont concernés dans la lutte contre le cancer.

  1. Aujourd’hui, en termes de traitement, où est-ce que nous en sommes au Sénégal, concernant surtout la prise en charge des malades ?

Nous avons des moyens techniques comme la radiothérapie, la chirurgie et la chimiothérapie. Le problème c’est que ces moyens ne couvrent pas tout le territoire national. Est-ce que nous avons les ressources humaines pour couvrir tout le territoire national ? C’est aussi un problème. Il faut donc développer les ressources humaines, avoir des spécialistes, ainsi que des centres de traitement. C’est ce qu’on appelle des centres anti-cancéreux. Celui-là est le plus ancien (l’Institut Joliot-Curie de Dantec, ndlr). Il est inclus dans un hôpital centenaire avec ses difficultés. Il y a un projet de centre national d’oncologie, que le Sénégal est en train de finaliser avec la République de Corée, qui sera fait à Diamniadio. C’est un projet qui est presque finalisé. C’est le financement de la partie sénégalaise qui reste. Ça, c’est un avancement important. Maintenant, quand on aura ce centre, il faudra avoir des centres inter-régionaux à l’intérieur du pays, bien sûr, avec un développement des ressources humaines, des ingénieurs et techniciens de maintenance. Donc, il y a toute une planification à faire. Mais, ce n’est pas seulement le traitement. Il faut aussi avoir un programme de dépistage des types de cancers, et des lésions précancéreuses. C’est ça qui fait vraiment reculer la maladie.

 

 

Lutte contre les cancers

la LISCA, un outil indispensable

 

 

La mission de la Ligue sénégalaise de lutte contre le cancer (Lisca), une fédération d’associations, c’est de faire de telle sorte que le Cancer recule dans ce pays. Retour sur les actes posés par cette organisation.

 

 

Le cancer est en train de gagner du terrain et de faire d’énormes dégâts au sein de la population. Pour mener la contre-offensive et pousser cette pathologie à reculer, la Ligue sénégalaise de lutte contre le cancer (Lisca), une fédération d’associations qui a été créée en 1985, travaille dans la sensibilisation, le dépistage et la formation, surtout des Sages-femmes et des infirmiers chefs de postes. Elle œuvre aussi dans l’équipement des hôpitaux qui travaillent surtout dans la prise en charge du cancer, tels que, l’Institut Joliot-Curie, mais aussi les districts sanitaires du pays.

Les médecins de l’Institut Curie, ayant constaté en 2009 que les malades ne leur parvenaient que tardivement, ont pris sur eux, la décision de relancer les activités de la Lisca qui était en léthargie. Ainsi, c’est à partir de 2010, que « Octobre rose » a été lancée. Avec une campagne de sensibilisation et de formation dans le Sénégal des profondeurs, la Lisca a abouti à la formation de plus de 1000 sages-femmes sur le dépistage du cancer du col de l’utérus. La Ligue s’atèle aussi à doter les structures de santé visitées d’un appareil de cryothérapie et aussi de vidéo colposcopie qui permettent de détecter et détruire les cellules précancéreuses chez la femme dépistée. Cerise sur le gâteau, elle a offert à l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye, un appareil de mammographie numérique.

Pour trouver les moyens de sa politique, en plus des dons qu’elle reçoit, la Lisca s’est engagé en 2018 dans l’organisation d’un téléthon qui lui a permis de rassembler  près de 200 millions FCFA. Une enveloppe qui lui a permis de prendre en charge 677 malades, de permettre à trois médecins de se spécialiser en cancérologie grâce à des bourses, en plus des 17 séances de soutient psychologique  ont été organisées pour les nouveaux malades et ceux qui sont déjà guéris.

Une nouvelle salle de chimiothérapie d’une grande capacité, a été construite à l’Hôpital Le Dantec en plus de l’ancienne salle qui a été réfection. Ce qui a permis de tripler voire même quadrupler la capacité d’accueil en chimiothérapie de L’hôpital.

Pour renforcer la prise en charge des malades, la Lisca s’engage compte organiser un autre téléthon, le 21 février 2020, avec comme objectif d’atteindre le milliard de FCFA pour continuer la prise en charge des malades, accentuer la sensibilisation et les dépistages, mais aussi de construire une salle de chimiothérapie à Thiès et une maison de vie pour les malades.

 

 

Professeur Abdoul Aziz Kassé, Directeur du Centre international de cancérologie de Dakar

« Aujourd’hui, le mot cancer n’est plus tabou »

Maître de conférences à l’Institut du cancer de l’Université Cheikh Anta Diop, Dr Abdoul Aziz Kassé est également un des acteurs de la société civile dans la lutte contre le cancer. C’est ainsi qu’il a créé la Lisca, la Listab, l’Association Prévenir et bien d’autres structures de lutte, de dépistage, de prévention et de traitement des cancers. Il diagnostique, avec Intelligences, l’état de la maladie.

  1. On a célébré la journée mondiale du cancer le 04 février dernier. Quel est, selon vous, l’état de la maladie au Sénégal en termes de prise en charge ?

Beaucoup d’avancées, contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes. Cela fait trente-huit ans que je parle de cette affection. Au tout début, le mot cancer n’était même pas accepté dans les médias, parce que le mot choquait. Aujourd’hui, le mot cancer n’est plus un mot tabou. Pendant très longtemps on a cru que c’était une maladie incurable. Aujourd’hui, on sait qu’il y a beaucoup de malades qu’on arrive à guérir. Dans le centre où vous êtes (Centre International de Cancérologie de Dakar, ndlr), 82% des malades qui ont un cancer du sein sont encore en vie sans maladie évolutive. Ce qui est un résultat énorme.

Ensuite, on pensait que le cancer ne pouvait pas être prévenu. Aujourd’hui, le Sénégal vaccine les enfants à la naissance contre l’hépatite B qui est le facteur de risque central du cancer du foie. Sans oublier le vaccin contre le cancer du col qui est accessible à toutes les filles. Aujourd’hui au Sénégal on accède à une technologie qui n’existe que dans 10% des centres anticancéreux en France en matière de radiothérapie. Ma crainte c’est, qu’en se focalisant sur ces mesures-là, on oublie l’essentiel qui est un programme national de lutte contre le cancer avec un financement conséquent.

  1. Professeur, vous avez tantôt parlé de sensibilisation, on vous connaît très engagé sur les causes de cette pathologie, dont l’usage du tabac. Où en êtes-vous dans le combat contre l’usage du tabac au Sénégal ?

Vous savez ce qui s’est passé : aucun des gouvernements qui se sont succédé depuis Senghor, avec la loi de 1981, ne s’est intéressé à cette bataille. Les choses ont changé en 2012. Pendant la campagne électorale pour la présidentielle de 2012, j’ai personnellement contacté l’ensemble des candidats, il n’y en a pas un qui m’a répondu, en dehors de Macky Sall. Sitôt élu, il m’a non seulement reçu à son domicile, mais il a mis Awa Marie Coll Seck, ministre de la Santé et Moustapha Diakhaté, président du Groupe parlementaire Benno, dans le pipeline. Il avait demandé que lui soit remis un document de politique de lutte contre le cancer, mais certaines voix sont passées par là pour ne pas le laisser aller jusqu’au bout de sa logique.

 

  1. Malgré tout cela, vous semblez prêcher dans le vide ?

Vous savez, une politique de lutte contre le tabac, ça ne s’établit pas en un jour ou en un an. Je comprends que certains sénégalais soient encore réticents, parce qu’ils font face à une drogue redoutable. Parmi les fumeurs, seuls 20 % arrivent à arrêter de fumer. Donc vous comprendrez pourquoi quelques individus continuent à fumer. Mais les éléments constitutifs de la loi sont appliqués. Pour preuve, le tabac est taxé au Sénégal à un niveau qui dépasse le plafond de l’Uemoa. Il n’y a plus de publicité pour la cigarette à la télé et à la radio. Il y a juste quelques chaines réfractaires qui, de temps en temps, vous montrent dans un film, des gens qui fument. Le CNRA fera son travail désormais. Ensuite, regardez les paquets de cigarettes d’antan et maintenant. Avant, il était écrit tout petit « abus dangereux pour la santé ». Mais ce n’est pas l’abus qui est dangereux, c’est l’usage. Une seule bouffée peut tuer. Mais ça, il faut le dire aux populations. 35% des impuissances sexuelles que l’on voit dans ce pays sont liées au tabagisme. C’est cela qu’il faut mettre sur les paquets. On a réussi à convaincre les députés à l’Assemblée nationale pour avoir 70% de la surface des paquets de cigarettes pour mettre des images indélébiles en couleur.

 

  1. Mais les gens continuent à fumer dans les espaces publics…

Pour ce point, malheureusement, nous ne comprendrons jamais Eva Marie Coll Seck sur cette question. Les fumeurs tuent 800 000 non-fumeurs chaque année, aujourd’hui on dit 960 000, presque un million, alors que le paludisme dont on parle tant ne tue que 450 000. On ne peut pas continuer à laisser des gens fumer à côté des non-fumeurs et tuer deux fois plus que le paludisme, ce n’est pas possible. Pour les mesures, il n’ y en a qu’une seule, c’est-à-dire l’interdiction totale de fumer dans tous les espaces publics et dans tous les lieux fréquentés par le public, qui souffre encore de non application, parce que Mme Eva Marie Coll Seck a tenu à introduire des exceptions.

 

  1. Professeur, en matière de prise en charge de cette maladie, que peut-on dire en termes de disponibilité d’un plateau technique et de ressources humaines ?

Aujourd’hui, le Sénégal est le premier pays d’Afrique subsaharienne en matière d’équipements en cancérologie. Nous formons en chirurgie même des étrangers qui sont d’ailleurs les plus nombreux. Pour ce qui est de la radiothérapie, le Sénégal qui n’avait qu’un petit cobalt qui date de 1986, a aujourd’hui quatre accélérateurs de particules parmi lesquels un VMAT, qui est le nec le plus ultra en matière de traitement du cancer, au CICD, une structure privée, et trois autres dans le public. Dites-moi un pays en Afrique subsaharienne, en dehors de l’Afrique du Sud, qui a quatre accélérateurs linéaires ?  Pas même le Nigeria.

Pour ce qui est de la chimiothérapie, qui n’est qu’une perfusion, c’est un problème de drogue qu’il faut acheter. Le Sénégal est le seul pays qui a rendu le traitement par chimiothérapie des cancers de la femme gratuit. Mais on a besoin de former des chimiothérapeutes, des physiciens médicaux pour accompagner les radiothérapeutes pour le traitement des cancers. La morphine, qui est l’un des éléments essentiels du traitement de cancer, malheureusement à partir du mois de juin-juillet, n’est plus visible au Sénégal parce qu’on a fini notre quota, c’est à ce niveau que ça coince.

 

 

 

Dr Carole Mangara D'Erneville : « Les Symptômes des Tumeurs oculaires sont divers et variés »

Le cancer n’épargne pas l’œil. Pour apprécier les types de cancers et comment ils évoluent dans l’organe qui l’œil humain, Intelligences Magazine a donné la parole à l’ophtalmologue, Dr Carole D’Erneville. Eclairage.

« Ce sont des tumeurs qui se développent sur les structures oculaires qui peuvent être les paupières, les conjonctives, le Globe oculaire lui même, l'Orbite. Ces tumeurs sont dites primitives quand elles se développent directement au dépens de la structure oculaire (paupières, conjonctive, globe, orbite).

Elles sont dites secondaires quand elles sont primitivement ou originellement situées ailleurs dans le corps et qui viennent secondairement se greffer au niveau de la rétine : ce sont les métastases d'un cancer primitivement situé au Sein ou au Poumon.

La particularité des tumeurs oculaires, c'est que pour la majorité, elles sont silencieuses et que les symptômes apparaissent en fonction de l'évolution du développement de la tumeur. C'est pour cela qu'il faut être attentif aux signes et ne pas négliger l'inquiétude des patients car on ne sait jamais ce qui se cache derrière une irritation, une rougeur ou une vision floue.

Plus le diagnostic est précoce, meilleure sera la prise en charge.

Les Symptômes des Tumeurs oculaires sont divers et variés : on peut avoir une vision floue, une vision déformée, des tâches dans le champ visuel, une vision latérale diminuée, un reflet blanc sur la pupille, une Strabisme, une rougeur, une douleur ou une perte de vision.

La tumeur oculaire primaire la plus fréquente chez l'adulte, c'est le mélanome uvéal. Chez l'enfant et c'est une particularité de notre sous région à connaître car on en a beaucoup, la tumeur oculaire que l'on retrouve, c'est le Rétinoblastome. C'est une tumeur fréquente que l'on retrouve avant l'âge de 3 ans chez l'enfant et dont le signe principal est le reflet blanc sur la pupille. Quand vous voyez un reflet blanc sur la pupille d'un enfant ou une tâche blanche, c'est ce qu'on appelle un signe d'appel, c'est à dire que cela doit attirer l'attention, qui doit inquiéter et amener à consulter absolument. Le diagnostic est confirmé par Échographie.

Le lymphome primaire, cancer de l'adulte, démarre parfois par une inflammation oculaire. Les causes d'inflammation oculaire sont très nombreuses et c'est le suivi du patient qui nous fera éliminer ou pas cette pathologie.

Les traitements des tumeurs oculaires sont variés, soit du laser, soit la chirurgie qui sera partielle ou totale jusqu'à l'énucléation complète du globe, et la radiothérapie. » 

Sans oublier comme pour tout cancer, le suivi et l'assistance psychologique en équipe pluridisciplinaire pour le soutien et l'accompagnement des malades

 

 

 

Pr Claude Moreira, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

« Le cancer de l’enfant est une maladie curable »

 

Patron de la clinique d’Oncologie pédiatrique de l’Hôpital Aristide Le Dantec, avant de partir récemment à la retraite, le Professeur qui officie à la faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), nous parle du cancer des enfants au Sénégal. Entretien

 

  1. Professeur, comment est née l’oncologie pédiatrique dans le contexte sénégalais ?

La prise en charge des enfants atteints de cancer a été faite depuis longtemps, bien avant la mise en place d’un service d’oncologie pédiatrique à l’hôpital Aristide le Dantec.

Il y a, à peu près une vingtaine d’années, en 1999, notre Maitre, le Pr Jean Lemerle, a réuni un certain nombre de ses élèves d’Afrique du nord et subsaharienne pour essayer de créer une association qui aurait pour vocation d’améliorer la prise en charge des enfants atteints de cancer. C’est à partir de ce moment que leur prise en charge dans certains pays d’Afrique subsaharienne a commencé à se structurer. La première condition a été qu’on puisse identifier dans les services où nous travaillions, un lieu qui soit dédié à cette activité. Le premier objectif qu’on s’est fixé, c’est de démontrer qu’en Afrique, il est possible de prendre en charge les cancers de nos enfants dans notre contexte, avec le plateau technique dont nous disposions. Depuis une vingtaine d’années, le groupe franco-africain d’oncologie pédiatrique fournit à une quinzaine de pays d’Afrique une dotation annuelle de médicaments anti cancéreux et cela facilite les choses. Aujourd’hui on est très heureux de dire que, grâce à cette organisation, la moitié des enfants qui arrivent dans l’unité d’oncologie pédiatrie de l’hôpital Dantec va guérir de son cancer parce que le message qu’il faut faire passer c’est que le cancer de l’enfant est une maladie curable. Dans les pays développés 80% des enfants atteints de cancer sont guéris. Donc je ne parle même pas de rémission mais de guérison.

 

  1. Quels sont les types de cancer qui sont le plus souvent diagnostiqués chez l’enfant ?

Les cancers qu’on retrouve chez les enfants ne sont pas les mêmes que l’on retrouve chez les adultes. J’insiste beaucoup sur cela. Nous les oncopédiatres avons la chance d’être confrontés à des problèmes importants, mais qui représentent quand même 2 à 3% des problèmes que peuvent rencontrer les collègues qui s’occupent des cancers d’adulte, parce que les cancers des enfants sont beaucoup moins fréquents que ceux des adultes et que la problématique est moins importante.

Le cancer le plus fréquent chez l’enfant c’est celui du sang. C’est ce qu’on appelle la leucémie. C’est un cancer généralisé. Il y a également le cancer des ganglions qu’on appelle les lymphomes. Une autre particularité du cancer chez les enfants, c’est que ce sont des maladies qui évoluent très vite, beaucoup plus vite que chez l’adulte. À côté de ces deux cancers généralisés on a aussi des cancers d’organe. On peut citer le cancer du système nerveux, le cancer du rein, le cancer de la surrénale, le cancer des os, etc. chaque organe peut développer un cancer.

 

  1. Peut-on avoir une idée du taux de prévalence au Sénégal ?

Je ne dirai pas que la fréquence des cancers des enfants augmente. Ce qui se passe dans notre contexte est que les cancers des enfants sont sous-diagnostiqués. Si on fait un calcul pour voir quel serait le nombre de nouveaux cas de cancers d’enfants atteints au Sénégal, on se rendrait compte que théoriquement, chaque année, il y a, à peu près, 1 000 enfants qui vont développer un cancer. Notre service a hospitalisé, l’année dernière, environ 300 nouveaux cas et ils ont une prise en charge spécifique. Mais, 700 enfants sont au Sénégal, dans des structures médicales ou chez eux sans soins spécifiques. C’est cela le grand défi de santé publique au Sénégal : le fait de pouvoir prendre en charge tous les enfants. Il faut une politique de décentralisation et elles sont en train d’être mises en place petit à petit. Il y a un service oncopédiatrique qui est en train d’être construit à Mbour. Ce sera très certainement, le plus beau service d’oncopédiatrie d’Afrique subsaharienne.

La chose la plus importante dans la prise en charge des cancers des enfants c’est l’équipe, ce sont les ressources humaines. Il faut évidemment des oncopédiatres pour faire des diagnostics, mais surtout des infirmiers pour des soins de qualité.

  1. Quelles sont les causes identifiées qui peuvent être à l’origine de cancer chez l’enfant ?

C’est un autre point qui fait la différence par rapport au cancer des adultes. Pour le cancer des adultes, on a identifié des causes, ce qui permet à nos collègues cancérologues adultes de développer des programmes de prévention. Il n’y a pas de causes du cancer de l’enfant, à quelques exceptions près. Les facteurs qui font qu’un enfant va développer un cancer sont ceux, globalement, liés aux gènes, aux chromosomes, etc. Donc, c’est un processus physio-pathologique spécifique de tous les cancers, mais la cause en elle-même n’est pas connue. Ce qui fait que les politiques sont plutôt celles de diagnostics précoces que de préventions de cancer.

 

  1. Professeur, qu’est-ce qui est en train d’être fait pour prendre en charge tout cela ?

Dans le cadre de l’Institut que nous sommes en train de mettre en place, nous avons un grand programme de diagnostic précoce du cancer de l’enfant qui est en train de se dérouler à Mbour et à Dakar. Les choses se font petit-à-petit et dans le bon sens. Nous avons la chance, grâce au financement initial de la fondation BEMS, de mettre en place un Institut de formation pour les cancers des enfants. Dans le cadre de cet institut à vocation panafricaine, notre priorité c’est de former des infirmiers, car ils ont besoin d’une formation spécifique. Le ministre est très sensible et nous accompagne.

  1. Quel est le message que vous allez lancer aux populations et à l’autorité ?

Le message que je donne toujours, c’est que le cancer de l’enfant est une maladie curable. Je pense que la maladie a toujours été depuis les années 1960 un exemple pour la cancérologie en général. Je pense que dans notre pays, soutenir le cancer de l’enfant n’est pas forcément lourd en termes de moyens, mais cela peut être très exemplaire pour aller de l’avant pour l’ensemble de l’oncologie pédiatrie. Le message que je veux faire passer, c’est de ne pas oublier les enfants atteints d’un cancer parce qu’ils peuvent guérir et que l’activité qu’on organise pour le cancer de l’enfant sera tout à fait utile. Heureusement qu’à côté de l’État, il y a des mécènes et autres associations comme la Fondation Sonatel, l’Association de parents « Sunu Dom Sunu Yite » qui agit dans le service au quotidien qui permettent aujourd’hui de bons résultats.

 

 

 

Dr Monique James Thiaw Laye, ancienne présidente de la Ligue Sénégalaise contre le cancer

« Le cancer passe devant le sida, la tuberculose et le paludisme en termes de mortalité »

Les cancers chez la femme au Sénégal, l’ancienne interne des hôpitaux les connaît. Après avoir analysé et apprécié l’évolution de la maladie, la spécialiste appelle à plus de solidarité et de rigueur dans la prise en charge du cancer.

 

Docteur, comment appréciez-vous l’évolution du cancer au Sénégal ?

Le cancer, en général, est passé aujourd'hui comme la deuxième cause de mortalité au Sénégal. Les maladies infectieuses étaient, dans le temps, les premières pourvoyeuses de mortalité,  mais il y a eu une transition épidémiologique due certainement au changement de nos habitudes. Le cancer a donc évolué pour devenir la deuxième cause de mortalité après les maladies cardiovasculaires.  Dans le monde, le cancer est devenu un véritable problème de santé publique et passe devant le sida, la tuberculose et le paludisme réunis en termes de mortalité.


Quels sont les causes de cette maladie chez la femme ?

Les deux cancers que l'on voit fréquemment chez la femme sont notamment le cancer du sein avec 900 à 1000 nouveaux cas par an. A mon avis, les 3/4 vont mourir de ce cancer,  les autres vont, dans nos pays, être des survivants. Le deuxième cancer est celui du col de l'utérus qui était il y a une dizaine d'années le premier cancer. Il recul grâce au frottis cervico- vaginal que l'on recommande aux femmes de faire régulièrement et je pense qu’il ira plus loin avec la tendance à faire vacciner les jeunes filles contre le papilloma virus qui, on le sait, est la première cause du cancer du col de l'utérus.

On va plutôt parler de facteurs  de risques, en dehors du cancer du col de l'utérus dont le papillomavirus est à l'origine, pour les autres types de cancer tel n'est pas le cas. Quand on prend le cancer du poumon, on pourra dire que le tabac est source à 90% de cancer pour les fumeurs chroniques.
Pour les autres cancers on parle plutôt de circonstances favorisantes. La première c'est le stress. On vit aujourd'hui avec beaucoup de stress. Le deuxième facteur favorisant est relatif à nos conditions de vie comme la sédentarité, la mauvaise alimentation parce qu’on mange très gras, très salée, avec beaucoup d'additifs dans nos aliments.
Le troisième facteur favorisant est génétique. Toutefois, ce n’est pourtant pas très évident. Le quatrième, c'est le facteur hormonal, avec la pilule qui est souvent culpabilisé. Au même moment, d'autres facteurs comme l'allaitement nous évitent d'avoir ces maladies. Ce sont des facteurs protecteurs parce qu’on dit souvent que la femme qui allaite a moins tendance à développer un cancer du sein que celle qui n'aura pas allaité.


Docteur, que faire pour prévenir ces maladies?
On peut les prévenir d'abord en sensibilisant les populations, en expliquant et ça, je croîs qu'on a au Sénégal un service qui s'appelle le Sneips le (Service national pour l'éducation et l'information des populations) qui devrait jouer ce rôle d'information,  de sensibilisation parce que comme je vous l'ai dit tantôt, le cancer se guérit mais faudrait-il qu’il soit diagnostiqué tôt. La deuxième chose c'est la vaccination, il faut vacciner contre le cancer du foie et du col de l'utérus pour les jeunes filles, mais aussi sensibiliser sur nos conditions de vie. Il faut beaucoup parler de tout ce qui est blanchiment de la peau parce qu'on sait aujourd'hui que la dépigmentation est à l'origine de cancers cutanés. Le fait de mettre des additifs dans nos aliments et de fait de fumer peut être source de cancer. Il faut demander aux gens de faire beaucoup de sport. Ce sont des conditions hygiéno-diététique sur lesquelles il faut beaucoup insister. Aussi demander aux jeunes filles de faire une autopalpation des seins mensuelles juste après les règles, sans oublier la mammographie pour les femmes à partir de quarante cinq ans et aussi cde faire régulièrement le frottis cervico-vaginal.

 

Le Sénégal a-t-il aujourd’hui le plateau technique et les ressources humaines pour prendre en charge cette maladie ?

Le Sénégal a des ressources humaines qui ne sont pas suffisante bien sûr, mais on a d’éminents médecins bien formés aussi bien pour la radiothérapie, la chimiothérapie que la chirurgie. Là où le bas blesse, c’est ce qu’ils sont en nombre insuffisant. Il faut que l’Etat fasse des efforts dans la formation de professionnels de la santé pour pouvoir faire face à cette maladie. L’autre chose, c’est les équipements. On a entendu parler, il y a quelques années du problème de la radiothérapie. Aujourd’hui, malgré qu’on ait fait venir des appareils, on est dans une sorte de méli-mélo qui nous pousse à avoir peur à cause d’informations à propos de l’appareil de Dalal Jamm qui a de petits soucis. L’autre chose c’est qu’il faut qu’il y ait un institut du cancer. Celui de l’Hôpital Le Dantec n’est pas un institut où on peut prendre en charge le malade du début à la fin. Pour un diagnostic, il est obligé d’aller à l’extérieur pour faire tout ce qui est scanner, un bilan,  tout ce qui s’en suit déjà pour poser un diagnostic. Ensuite pour la chirurgie, parfois le programme opératoire est tellement vaste à l’hôpital qu’on est obligé de se référer au privé. La troisième chose c’est la chimiothérapie qui pose beaucoup de soucis. Il est vrai que l’Etat a fait beaucoup d’efforts, on a parlé de la gratuité de la chimiothérapie pour les femmes et les enfants, toujours est-il que moi j’ai un souci sur la qualité des drogues que l’on fait venir au Sénégal pour la chimiothérapie. Je doute de leur qualité. Il est vrai qu’on a un laboratoire de contrôle des médicaments, mais je pense qu’il n’est pas outillé  pour contrôler ces médicaments qui rentrent dans notre pays. J’ai constaté depuis un certain temps parce que je continue à appuyer certaines associations qui luttent contre le cancer, qu’il n’y avait de réponse avec la chimiothérapie. Ce serait bien qu’on équipe le laboratoire de contrôle pour accompagner les efforts de l’Etat.

 

Quel appel lancerez-vous pour interpeller les populations, les donateurs et l’Etat ?

Le premier appel que je vais faire va être à l’endroit des populations pour qu’elles sachent que le cancer n’est pas une maladie contagieuse. Le cancer se guérit. Aujourd’hui dans les pays développés, sur dix cas de cancer, les huit sont guéris parce que diagnostiqués tôt. Pour que ce diagnostic soit précoce, il faut qu’elles acceptent d’aller vers les structures de santé d’abord parce qu’on a plus de chance de guérison,  et de deux, le traitement va couter moins cher, parce qu’on n’arrivera peut-être pas à utiliser les drogues de chimiothérapie qui sont la partie la plus chère du traitement.

La troisième chose c’est un appel à la solidarité pour aider les malades. Soyons solidaire. Il ne faut pas que l’on perde cette valeur africaine. Il faut être plus proche d’eux parce qu’ils ont besoin d’assistance.

Je ne peux manquer de lancer un appel aux professionnels de la santé, parce que j’en suis un. Je leur demanderai aussi d’être un peu plus humains parce qu’on a fait un serment d’Hippocrate qui est de soutenir, de soulager nos frères, soulageons d’abord pour ensuite nous occuper des problèmes matériels. Le dernier appel va à l’endroit de l’Etat. Aujourd’hui c’est à l’Etat que revient la prise en charge de la santé des populations. Et pour cela, il doit mettre en place un Plan national de lutte contre le cancer. 

 

 

Témoignages de malades du cancer

 Ces malades du cancer ont accepté de venir jusqu’au siège de la Lisca pour parler de leur vécu avant de lancer un appel aux populations, aux généreux donateurs et à l’Etat. Témoignages.

 

« Je suis atteint du cancer depuis un peu plus d’an. Après l’opération que j’ai subie au niveau du colon, j’ai commencé à faire de la chimiothérapie qui m’a causé une insuffisance cardiaque. Je dois même subir une autre opération à cause de la poche que je porte actuellement. Néanmoins, ça fait un an que j’ai fait la chimio, mais à un moment donné, il fallait arrêter et traiter l’insuffisance cardiaque pour pouvoir continuer. Il faut avoir les moyens pour pouvoir survivre avec cette maladie. Lorsque j’ai été opéré, j’ai payé 1 million 700 à l’hôpital Le Dantec. Tu peux acheter parfois des injections qui coutent 10 mille francs l’unité, et il t’en faut 30 sans rupture dans la prise.

Moi, je pense que, le gouvernement doit pouvoir aider les gens qui ont le cancer. La Lisca ne peut pas satisfaire tout le monde. Quelquefois, vous êtes même obligé d’appeler des parents qui sont à l’extérieur pour vous aider. Même si tu ne voulais pas les appeler, tu es obligé, parce qu’il en va de ta vie. J’aimerais que les gens sachent que la Lisca nous a toujours aidés, nous a toujours montré la bonne voie. Mais il faut un appui, des bonnes volontés. Il faut que les gens puissent vivre et travailler. Quand il y a vie, il y a de l’espoir. Moi, ça fait plus d’un an que je ne travaille pas. Je suis marié, j’ai des enfants, je dois les nourrir. Mais où est-ce que je vais trouver cet argent ? Notre quotidien c’est hôpital-maison. On a tout déboursé, on a tout vendu. Sincèrement, on n’a plus rien. Il faut que les gens nous aident, il faut que les gens aident la Lisca. »

 

 

Mme Oulimata Kane

« Je suis mère de famille avec trois enfants et malade du cancer. C’est en 2015 que j’ai commencé à sentir la maladie. Après une opération pour un fibrome, j’ai commencé à sentir quelques douleurs au niveau des deux seins tout à fait au début, avant de se localiser sur un seul. Avec l’autopalpation on sentait l’existence d’une boule qui n’était pas douloureuse. Mais dès que j’ai commencé à sentir des douleurs intenses, je me suis rapprochée de la Lisca en octobre 2015, qui m’a remis un bon pour une mammographie. Et l’examen a révélé ce que tout le monde redoutait : un cancer. La consigne c’était qu’il faut l’enlever. Après cette révélation, j’avoue que j’avais vraiment peur à cause de ce que j’entendais ça et là sur la gravité de la maladie et la souffrance que les malades endurent.

Pour ce qui est de la chimiothérapie, c’est d’abord un choc psychologique parce que dès les premières séances, j’ai perdu presque tous mes cheveux, sans oublier la fièvre, les nausées et autres vomissements, c’était très difficile. Mais à chaque fois, Dieu me donne le courage qui permet de ne pas céder.

J’accepte toujours de témoigner, parce que je ne cache pas ma maladie. C’est Dieu qui en a décidé ainsi, et personne n’est à l’abri et d’ailleurs, beaucoup de gens la trainent sans le savoir et ils risquent d’arriver chez le médecin très tard. C’est pour cela que je lance un appel, surtout à mes sœurs pour qu’elles prennent leur courage à deux mains pour aller se faire dépister parce que c’est une maladie qui est curable. Ce n’est pas une maladie de la honte.

Le vrai problème du cancer, c’est la douleur insupportable et j’essaie de tout faire pour que même mes enfants ne puissent pas se rendre compte que je souffre. On dort difficilement. On prend des antis inflammatoires au point d’y perdre nos reins, mais la douleur persiste. On remercie nos parents qui ne ménagent aucun effort pour nous venir en aide. Le Président Macky Sall qu’on remercie au passage, a rendu gratuite la chimiothérapie, mais il reste encore beaucoup de choses à faire parce que difficile est le chemin, avec tous ces médicaments qui coûtent très chers et qu’il faut prendre tout le temps pour accompagner la chimiothérapie. Heureusement qu’il y a la Lisca qui nous soutient tout le temps, mais la demande est très forte pour elle. On remercie aussi les bonnes volontés qui nous aident à travers elle. Je lance un appel à l’État, un appel parce que nous sommes ses fils, surtout les ministres et nos sœurs députés à l’Assemblée. Il faut qu’elles fassent le plaidoyer pour nous ».

 

 

 

Docteur Babacar Guèye, Chef de la division des Maladies non transmissibles, au ministère de la Santé et de l’Action sociale

 « Un plan spécifique est en train d’être déroulé contre le cancer »

 

La journée mondiale de lutte contre les cancers, célébrée le 4 février, a servi de prétexte pour échanger avec le Dr Babacar Guèye de la Direction de la maladie au ministère de la Santé. Avec lui, Intelligences magazine passe en revue le plan spécifique de lutte contre le cancer.

 

Le double fardeau

Les cancers font partie du grand groupe des maladies non transmissibles et aujourd’hui, le Sénégal est confronté à ce qu’on appelle le double fardeau. Durant les années précédentes, dans le domaine de la santé, les priorités étaient orientées vers les maladies infectieuses, notamment le paludisme, le Vih, la tuberculose, etc. Alors que l’essentiel des programmes qui leur sont consacrés ont des objectifs d’élimination ou de pré-élimination. L’État doit, maintenant, faire face à la propension des maladies non transmissibles comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et surtout les cancers.

 

Le cancer à travers les chiffres

Ce sont des données qui sont issues d’estimations. Pour l’année précédente, elles tournaient autour de 10 000 cas de cancers toutes catégories confondues, ce qui est important en termes d’incidence. Des estimations de Globocan, une institution qui suit l’évolution de la maladie en termes d’incidence, disent que pour le cancer du col de l’utérus, on est à 38 cas pour 100 000 habitants ; pour le cancer du sein, 32.8 cas pour 100 000 et le cancer de la prostate 32.2 pour 100 000 habitants. Ce qu’il faudrait faire, c’est se baser sur des données issues des structures de santé. Pour cela, il y a un outil qui est très important, le registre du cancer, qui est malheureusement en léthargie. Aujourd’hui, avec l’accord du chef de l’État, le ministère de la Santé est autorisé à avoir un budget du fonds domestique pour relancer les activités du registre du cancer cette année. Ce qui nous permettra d’avoir en temps réel les statistiques sur les cancers au Sénégal.

 

Le plan de guerre contre le cancer

 

Aujourd’hui, l’orientation qui est donnée à la lutte contre le cancer est conforme à ce qu’on appelle la chaîne de soins. Sachant qu’il s’agit d’une maladie à soins coûteux, l’État du Sénégal investit dans la prévention primaire en faisant tout pour maitriser l’environnement des facteurs de risque de ces maladies, dont le cancer. Ainsi, un plan spécifique pour lutter contre les cancers du sein et du col de l’utérus a été élaboré. Dans la prévention primaire, un travail important a été fait concernant les cancers liés à des germes infectieux comme le cancer du foie qui est lié au virus de l’hépatite B. Pour ce cas, le Sénégal a introduit depuis, dans le Programme élargi de vaccination (Pev), le vaccin contre l’hépatite B à la naissance. Récemment, le vaccin contre le virus du papilloma humain, qui est à l’origine du cancer du col de l’utérus, a été introduit en 2018, pour les filles âgées de 9 à 14 ans.

Vient ensuite la prévention secondaire avec la promotion du diagnostic précoce du cancer. Ainsi, un protocole de détection des lésions précancéreuses du col de l’utérus a été mis en place dans toutes les structures de santé du pays. Sans oublier la promotion de l’autopalpation pour le cancer du sein.

 

La prise en charge

 

Dans le domaine des soins, le Sénégal a aujourd’hui fait beaucoup d’efforts. Pour ce qui est de la chimiothérapie, qui est très onéreuse, elle est rendue gratuite pour les cancers du sein et du col de l’utérus depuis le 1er octobre 2019. Pour les autres types de cancers, il y a une diminution du coût de 60%.

Pour ce qui est de la radiothérapie, sur la base d’un financement domestique, l’État a acquis quatre accélérateurs linéaires, dont deux installés à l’Hôpital Dalal Diam et un autre à l’Hôpital Le Dantec. Le quatrième a été installé dans une structure privée, le Centre international de cancérologie de Dakar (CICD). Par rapport au coût de la radiothérapie, l’État a décidé d’allouer une subvention pour établir le coût à 150 000 FCFA.

Pour ce qui est des soins palliatifs pour accompagner les malades qui arrivent à l’hôpital très tardivement, surtout pour la prise en charge de la douleur, la morphine a été rendue gratuite sur l’étendue du territoire.

Le volet ressources humaines occupe aussi une place de choix dans le plan de lutte contre le cancer. L’État fait la promotion de la spécialisation en augmentant la bourse de spécialisation de 150 000 à 300 000 CFA. Sans oublier la construction prochaine du Central national oncologique d’un coût de 50 milliards de FCFA à Diamniadio, et un autre centre d’oncologie pédiatrique à Mbour, pour renforcer celui de l’Hôpital Le Dantec.

 

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