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Contributions
Daouda Thiaw
Directeur exécutif d'Afric'innov
Les SAEI face au covid-19 : Parlons d'une même voix et maîtrisons notre destin
18/05/2020
Daouda Thiaw


Les acteurs de l’écosystème entrepreneurial Africain doivent se rappeler de leur résilience, des acquis, progrès et innovations de la dernière décennie. Rester solidaires et soudés pour les préserver, survivre et se créer de nouvelles opportunités permettra d’en sortir plus fort.

Face à la crise sanitaire mondiale, on espère tout d’abord que les entrepreneurs africains, leurs proches et leurs collaborateurs sont en bonne santé et en sécurité. Afin de se prémunir, ceux-ci restent chez eux et autant que faire se peut travaillent à distance. D’autres ont réorganisé leur espace de travail.  Ils ont bien raison, car le continent aura besoin d’eux au meilleur de leur capacité pour la sortie de crise.

Force est de constater que leur ténacité est mise à rude épreuve face aux répercussions économiques sur leur activité et aux incertitudes liées à la crise. Au-delà, tout un écosystème entrepreneurial encore embryonnaire, en construction et fragile, est ébranlé. Cependant, les entrepreneurs africains ont longtemps opéré dans un environnement difficile, où ils savent survivre et persévérer.  

L’entrepreneuriat, une valeur forte

L’entrepreneur(e) est reconnu exemplaire dans sa capacité à se relever, à se remettre de situations d’échec et à en tirer parti. Il a appris à apprendre, à se réajuster et refocaliser son énergie vers de nouvelles opportunités. L’entrepreneur s’est entouré au fil du temps de personnes et structures d’appui à l’entrepreneuriat innovant (SAEI), de partenaires au développement, d’agences étatiques. Il a réussi à faire de l’infrastructure digitale et des services associés des outils permettant de structurer des chaînes de valeur et de faciliter la vie des populations le plus souvent exclues du système économique classique, en particulier les femmes et les jeunes, souvent issus du monde rural. Bien entendu, il doit encore gagner en autonomie, notamment financière, mais reconnaissons qu’il a beaucoup progressé grâce à une meilleure ouverture sur le monde. A cet égard, l’Afrique aura encore besoin de la capacité d’innovation de ses entrepreneurs.

Une valeur entrepreneuriale mise au défi par une crise systémique

La génération actuelle d’entrepreneurs n’a jamais connu une telle crise. Celle-ci est mondiale, généralisée et inédite en particulier pour les jeunes entrepreneurs d’Afrique. Elle questionne les modèles et les systèmes d’accompagnement existants. Elle met chacun au défi de proposer une solution nouvelle et durable à un problème nouveau. Il faut d’une part, encore réussir à survivre et ensuite, trouver les moyens de relancer une activité dans un avenir socio-économique incertain, sachant que d’autres répercussions négatives sont projetées. Les leçons d’histoire nous enseignent que le monde s’en relèvera, mais ce ne sera pas sans frais pour les moins préparés.

Se mobiliser pour co-construire la relance est possible

Les initiatives portées par les Etats, Institutions financières de développement, fondations internationales, grandes entreprises privées donnent des lueurs d’espoirs pour aider à une relance. Des mobilisations de financements de l’ordre de centaines de millions de dollars ont été annoncées. Par ailleurs,  Les SAEI et entrepreneurs accompagnés  s’impliquent, en particulier dans ce qu’ils maîtrisent : leur implication dans une communication digitale forte pour changer les comportements, transmettre les informations pour la sécurité sanitaire rapidement en intégrant un design de qualité, simple et parlant pour les populations. Par exemple, ils utilisent la technologie pour produire des équipements de protection individuelle pour les personnels de santé et les populations. Ils produisent des mécanismes simples de lave-mains hygiéniques assez largement répandus. Certaines SAEI participent aux côtés de leur État à la réflexion sur l’appui au secteur privé. Ceci dénote la capacité réelle d’adaptation des SAEI et entrepreneurs innovants africains à accompagner la recherche de solutions. Seulement, ces SAEI et entrepreneurs restent encore un parent pauvre des financements annoncés.

L’expérience des entrepreneurs et SAEI leur permet de voir l’avenir avec confiance

Pour faire face à une situation actuelle relativement compromise, la première ressource de l’entrepreneur réside dans sa volonté à innover et à créer de la richesse. Il lui faut se positionner sur le camp de la résolution des problèmes et participer aux initiatives proposées dans ce sens. Deuxièmement, il faut rester optimiste et convaincu que la crise finira bien un jour. Fort heureusement des opportunités en émergeront et il faut d’ores et déjà activer une veille interne forte pour les identifier et les saisir. Troisièmement, les entrepreneurs et l’écosystème doivent être solidaires et travailler ensemble pour trouver des solutions communes. Jusqu’ici, les initiatives de structuration de l’écosystème entrepreneurial se sont le plus souvent arrêtées en cours de route. Des documents de politiques publiques (lois, décrets) sont adoptés dans les pays africains, mais ne font parfois pas l’unanimité ou ne sont pas entièrement implémentés. L’écosystème doit se doter d’exigences plus relevées vis-à-vis de lui-même pour être davantage crédible et résilient. L’adage américain dit, “when you loose, don’t loose the lesson”, la crise dans ce sens peut s’avérer salutaire.

Impulser la reprise et prendre son destin en main 

Plusieurs spécialistes le prédisent, le monde de demain ne sera plus le même. Dès lors, il faut s’y préparer. Réagir en temps de crise nécessite d’être réaliste face à la situation actuelle et résolument tourné vers l’avenir.

Afric’innov a rassemblé ces 3 dernières années une communauté grandissante de plus de 60 SAEI autour d’un objectif visant à professionnaliser leurs services. Plusieurs sont à la recherche de solutions concrètes de sortie de crise. Dans une certaine mesure, les outils non-financiers d’Afric’innov peuvent soulager la trésorerie des SAEI dans un contexte de tension économique. Sur notre plateforme, 50h de formation, une ERM (Enterprise Resource Management), une boîte à outils sont entre autres accessibles gratuitement à nos membres, permettant ainsi d’éviter des dépenses similaires. Le label Afric’innov qui va être déployé se présente pour les SAEI comme un gage de qualité, de professionnalisme et de confiance, vis-à-vis des entrepreneurs accompagnés et des partenaires. Nous poursuivons l’objectif de produire de nouveaux contenus et formats de formation avec l’appui de nos partenaires. 

Bien entendu, le défi majeur pour les SAEI et entrepreneurs reste encore leur financement. Certes, les outils cités ci-haut peuvent en atténuer les besoins, mais ils ne les éliminent pas pour autant. Nous pensons qu’à l’avenir la communauté Afric’innov doit se mobiliser davantage, coopérer plus, à l’image de certaines organisations professionnelles du secteur privé. L’écosystème entrepreneurial, bien qu’évoluant rapidement, reste encore insuffisamment structuré pour constituer une force de pression et faire entendre sa voix au niveau des instances les plus importantes de décision. Dans les mois à venir, il lui faudra mettre en évidence ses « stars » et ses projets phares, mieux capitaliser sur ses réalisations afin de les promouvoir à haut niveau (Etats, partenaires au développement, grandes fondations et entreprises privées) et les voir ainsi financés. L’objectif doit être d’élargir son réseau afin d’avoir accès à des débouchés ou opportunités permettant de renforcer sa viabilité à long terme, et ainsi reprendre en main son destin.  C’est le lieu aujourd’hui pour la communauté d’être proactive pour se doter d’un avenir commun.

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