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Contributions
Lamine Niang
Secrétariat National à la communication de Pastef
Ousmane Sonko digne héritier de Cheikh Anta Diop
20/05/2020
Lamine Niang


Comme à son habitude, la dernière sortie de Sonko a encore détoné. Aveuglés par le vil objectif de plaire à un commandant qui a perdu le contrôle du navire en pleine tempête de COVID-19, les thuriféraires et autres hurluberlus apéristes ont tenté, dans un exercice périlleux et infructueux, d’apporter la réplique au leader du parti Pastef. En vain. Que vaut d’ailleurs une riposte signée par l’insignifiant Samuel Sarr, l’outrecuidant Ibrahima Sène,   la très parasite Aminata Touré ou encore un Souleymane Ndéné Ndiaye, champion des transhumants, qui ne s’embarrasse d’aucun scrupule? Des broutilles! Nous préférons plutôt nous attarder sur le symbolisme de la nouvelle posture communicationnelle de Sonko qui privilégie dorénavant l’usage d’une langue nationale. D’ailleurs, voir la RFI contrainte de traduire les propos d’un chef politique issu d’un pays francophone est un fait suffisamment inédit pour ne pas être souligné.  Le pharaon de Ceytu, Cheikh Anta Diop,  en serait certainement  fier. Entendre un leader politique africain proclamer  ouvertement qu’il recourt,  dans ses communications,  à une langue nationale, majoritairement parlée par son peuple,  est en soi une décision révolutionnaire, une prémisse à l’acquisition d’une souveraineté culturelle durable.  C’est attaquer  la source d’un mal bien enraciné et profondément enfoui dans  notre subconscient d’aliéné culturel  au point que  toute référence à un recours aux langues nationales fait monter les tenants  d’une rectitude linguistique sur  leurs grands chevaux. Le spectre de la menace sur la cohésion  nationale est ainsi vite agité. Injustement. Égoïstement. Et, comble de la turpitude,   par de soi-disant intellectuels dont le nombrilisme identitaire empêche toute objectivité dans l’analyse.

La source du mal

La littérature est foisonnante sur les causes du retard du continent africain. Si, de nos jours, la responsabilité d’une classe dirigeante  incompétente et insensible au sort des populations est totalement engagée dans cette faillite dramatique, il n’en demeure pas moins que les populations continuent de supporter le fardeau éternel des affres de la  colonisation que  l’élite dirigeante a fini par rendre banale tant elle est asservie. Si, pendant de très nombreuses années, l’exploitation de nos nombreuses ressources  humaines  et naturelles pour satisfaire les besoins de l’ancien colonisateur a pu réussir et se poursuit d’ailleurs, c’est parce qu’elle s’est appuyée sur une autre forme d’asservissement  plus sournoise  et plus dangereuse : l’aliénation culturelle.

En effet, l’entreprise de domination du continent noir pendant des siècles ne s’est pas réalisée d’un tour de main ou sur un coup de tête. Elle a été le fruit d’une mure et longue réflexion,  menée par des pseudos intellectuels occidentaux  déterminés  à assujettir des peuples africains  considérés comme sauvages et prétendument prédisposés à la servitude. Avec le concours de philosophes, d’anthropologues, d’historiens… brefs de toutes les disciplines des sciences humaines nécessaires à l’atteinte de la «mission civilisatrice», il afallu  en amont produire une sournoise  bibliographie dans laquelle les thèses sur l’absence de la culture africaine dans l’histoire de l’humanité et, par voie de conséquence, sur  

 

l’infériorité de l’homme Noir et sa nature docile,  devaient être étayées et documentées. D’ailleurs dans Alerte sous les tropiques Cheikh Anta Diop disait: «Les puissances colonisatrices ont compris dès le début que la culture nationale est le rempart de sécurité, le plus solide que puisse se construire un peuple au cours de son histoire, et que tant qu’on ne l’a pas atrophiée ou désintégrée, on ne peut pas être sûr des réactions du peuple dominé.»

De toute sa vie,  l’historien Cheikh Anta Diop, ce monument de la  connaissance,   a tenté de rétablir la vérité historique de  l’antériorité de la civilisation negro africaine dans l’Égypte ancienne  et de montrer comment l’Occident,  dans une démarche de falsification et de manipulation des faits historiques,  a réussi à asseoir sa domination sur les autres peuples.

L’aliénation linguistique

L’«école étrangère» comme l’appelle Cheikh Hamidou Kane dans L’Aventure ambiguë  est donc  l’instrument par excellence de l’acculturation et de l’aliénation culturelle de l’élite africaine. Façonner des hommes et des femmes qui seraient le relais et les exécutants volontaires ou inconscients  du projet impérialiste devait toutefois  passer  par l’utilisation d’une langue coloniale dont la maitrise ouvrait la porte au pouvoir, à la distinction  sociale et à l’incarnation  tropicalisée du maitre Blanc. Les dialectes locaux, considérait-on, étaient incapables de véhiculer un quelconque concept abstrait  et de pensée logique. Ils  ne sont bons  que pour baragouiner un langage insignifiant et pour faciliter une  communication minimale  entre  des sous hommes. À l’opposé,  la langue française incarnerait la clarté, l’intelligibilité et la rationalité. Comme le soutenait Senghor, dans sa comparaison des propriétés du français et des «langues négro-africaines».

La dévalorisation grossière et le dénigrement méthodique de nos langues locales, supports naturels de la culture, et leur remplacement stratégique par la langue coloniale utilisée par  l’élite dirigeante,  permettait, à dessein, de parachever le projet de colonisation du continent africain. Les graines de la domination culturelle bien semées, le retrait physique du colonisateur,  dans la foulée des Indépendances, pouvait bien se faire sans crainte. Les auxiliaires des colons à la «peau noire, masques blancs », pour parler comme Fanon, pouvaient perpétuer le travail…C’est ce que Cheikh Anta Diop, dans Les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique avait bien compris  lorsqu’il déclare : «L’influence de la langue est si importante que les différentes métropoles européennes pensent qu’elles peuvent, sans grand dommage, se retirer politiquement de l’Afrique d’une façon apparente, en y restant d’une façon réelle dans le domaine économique, spirituel et culturel.»

La révolution culturelle de Sonko

La crise sanitaire et économique que vit actuellement notre planète va très certainement bouleverser les bases du libre-échange  et de la mondialisation de l’économie telles que définies au XIXème siècle. Les dirigeants occidentaux, dans une logique   de perpétuation  de leur hégémonie sur  le reste du monde,  mènent actuellement une profonde réflexion sur les

 

nouveaux paradigmes qui façonneront le jour d’après COVID-19. Ainsi, dans son allocution du 13 avril, le Chef de l’État français,  Emmanuel Macron,  a donné le ton  en soutenant à l’endroit de ses compatriotes  qu’«il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française.» Et le continent africain? Quels sont les grands défis qui nous attendent? Celui du développement économique, bien sûr. Mais a-t-on assuré les préalables? Les bases culturelles sans lesquelles toute tentative de développement est vouée à l’échec.  Par sa préférence des langues nationales,  Sonko a peut-être encore fait sauter l’un des verrous  qui nous maintenait dans la dépendance et le sous-développement.

Le président du Pastef a très certainement mis à profit son long silence pour s’imprégner davantage sur les conditions  d’un véritable réveil de l’Afrique et du Sénégal, plus particulièrement. À l’instar de Cheikh Anta Diop qui clamait dans Nations nègres et culture qu’«aucun peuple sérieux ne peut prétendre se développer dans la culture et la langue d’autrui.»,  nous pouvons dire qu’Ousmane Sonko, en annonçant lors de sa sortie médiatique  sa nouvelle préférence à  communiquer avec la langue la mieux comprise par la grande majorité de la population sénégalaise, complète le dernier pilier qui soutient les bases solides d’un réel développement endogène. Pour un leader politique de père diola, d’une mère sérère et peule, et dont la langue maternelle est minoritaire  en nombre de locuteurs, le choix de la langue majoritaire est un symbole fort de fierté assumée et de pragmatisme éclairé. Un état d’esprit qui transcende les limites de la «mosaïque linguistique africaine»…

Une minorité d’hystériques et de communautaristes, toujours prompts à crier au scandale d’un favoritisme linguistique, va très certainement ruer encore dans les brancards.

Les grandes décisions historiques qui révolutionnent profondément  la marche d’un pays ne  font jamais l’unanimité lorsqu’elles sont brandies, mais le temps finit toujours par légitimer leur pertinence. Elles ne sont jamais prises par des chefs politiques opportunistes qui n’ont que la conservation du pouvoir en tête  et le maintien d’un statu quo apaisant et  inhibiteur. Elles viennent de leaders courageux et visionnaires, capables d’étouffer leur  égo et de mettre leur éphémère  gloire politique de côté pour entrer dans l’histoire. L’étoile de Cheikh Anta Diop continue de briller et sa lumière ne cesse de nous éclairer parce qu’il était en avance sur son temps et ses prises de décisions, de son vivant, comme celles de défendre les langues nationales,  étaient surement impopulaires à l’époque. Mais c’était   la voie de salut pour l’Afrique. La majorité des Africains consciencieux et dépourvus de tout repli identitaire égoïste en sont convaincus aujourd’hui. Sonko marche aujourd’hui sur les pas de cet illustre fils d’Afrique. Espérons  que la population comprenne et soutienne sa démarche et ses motivations d’un besoin d’affranchissement total et entier sur tout ce qui nous retient jusqu’ici dans notre situation peu enviable de derniers de la classe.

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