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"Il faut avoir l’audace d’expérimenter pour pouvoir y arriver"
20/05/2020
"Il faut avoir l’audace d’expérimenter pour pouvoir y arriver"


Ingénieur agronome de formation, Thierno Souleymane Agne est un exemple de persévérance. Après des années d’essais, il a réussi à faire pousser la fraise au Sénégal. Fondateur de FRAISEN, un réseau panafricain de producteurs de fraises, M. Agne qui a à son actif plus de huit distinctions nationales mais aussi internationales, ambitionne de faire de l’Afrique le premier continent producteur de fraise.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je viens de la région de Tambacounda où j’ai fait tout mon cursus scolaire. Après l’obtention du Baccalauréat je suis allé étudier le droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) où j’ai fait deux ans à la faculté des sciences juridiques et politique. C’était un peu difficile parce que je ne disposais pas suffisamment de moyens lorsque je débarquais à Dakar. Il m’arrivait de faire le trajet Grand-Yoff-UCAD à pied. Je faisais tous les jours une heure et trente minutes de marche. Pour certains c’était difficile mais pour moi, c’était une bénédiction car j’en profitais pour réfléchir sur mon avenir, sur qu’est-ce que je devais faire pour m’en sortir. J’ai donc pensé à l’entrepreneuriat.

J’ai alors décidé de me lancer dans l’agriculture et d’abandonner mes études en droit. On me traitait de fou. Par la suite j’ai réussi au concours d’entrée à l’école nationale d’horticulture. C’est au cours de cette formation, étant en deuxième année, que j’ai lancé en 2012 mon premier projet dénommé « Naatangue ». Il s’agissait de la combinaison de l’apiculture, l’aviculture et l’agriculture et faire de la production à 100% bio. Pendant trois ans, tout marchait très bien mais, à un moment donné j’ai décidé de quitter ce projet. Car je ne partager plus la même vision que mes collaborateurs. Par la suite, j’ai créé « Waalu ma Agri » avec comme idée d’accompagner les agriculteurs qui manquent d’expérience. Je l’ai fait durant quatre ans et j’ai constaté un problème durant l’accompagnement : la plupart des agriculteurs cultivent la même chose et donc vendaient à bas prix. Il fallait trouver d’autres cultures comme la fraise, la framboise ou la pomme. Les agriculteurs ne connaissant pas ces genres de cultures, se sont montrés réticents.

Comment êtes-vous parvenu à faire pousser la fraise au Sénégal ?

Je me suis dit que la meilleure manière de convaincre mes collaborateurs était de me lancer d’abord et montrer que c’était possible. J’ai fait des tests pendant des années et finalement cela a marché. Ce n’était pas facile car nous avons perdu beaucoup de temps et d’argents. Nous avons investi 18 millions que nous avons par la suite perdus.

Mais en réalité nous n’avions pas tout perdu parce que cette expérience nous a permis d’apprendre et de maitriser la culture de la fraise. En 2018, les gens étaient convaincus qu’il était possible de cultiver la fraise au Sénégal. Par la suite, nous avons constaté d’une part que beaucoup se sont intéressés à la culture et d’autre part, nous n’arrivions plus à satisfaire la demande (environ 10 tonnes de fraises par semaine). Nous avons donc décidé de créer un réseau panafricain de producteurs de fraises, avec comme objectif d’accompagner toute personne qui souhaiterait se lancer dans la production de fraises. Nous leur proposons une formation, et les accompagner avec un financement. C’est ainsi que le réseau est lancé le 20 avril 2019 et présentement, nous sommes dans quatre pays africains : Sénégal, Cameroun, Bénin, et Ghana.

Vous venez de célébrer votre première année d'exercice. Quel bilan pouvez-vous dresser en cette étape particulière ?

Nous avons un bilan satisfaisant. En une année déjà les résultats nous ont surpris parce qu’au début le réseau regroupait uniquement des producteurs sénégalais. D’autres pays africains nous ont par la suite rejoints. Nous envisageons d’être dans dix autre pays d’ici 2021. Au Sénégal, nous avons accompagné et financé cinq agriculteurs pour un coût de trente millions de FCFA. Nous avons fait la même chose au Bénin, au Cameroun et au Ghana où nous avons accompagné un agriculteur dans chacun de ces pays.

Au Sénégal, nous sommes présents dans quarante supermarchés. Nos produits sont également vendus à Dakar, Thiès et Saint-Louis. Nous avons aussi réussi à développer notre start-up en proposant des produits dérivés. Cette année, nous avons produit notre propre pépinière de fraises pour l’importation dans plusieurs pays d’Afrique. Nous avons lancé d’autres produits comme la confiture, le jus et le sirop de fraise. Tout cela montre à quel point nous sommes en train de grandir. Nous avons réussi à implanter un label africain de producteurs de fraises qui est FRAISEN connu au Sénégal et dans d’autres pays africains.

Peu de gens savent qu’on cultive la fraise au Sénégal. Pourquoi ce choix de cultures que vous appelées rares ?

C’est que beaucoup de gens pensent que ce n’est pas facile de cultiver de la fraise au Sénégal, parce qu’ils se disent que c’est une culture européenne. Ce ne sont donc que des idées reçues. La fraise, la framboise, la pomme etc. ne sont juste que des plantes qui demandent certaines conditions pour se développer. Etant agronome, j’ai fait ce rapport et je me suis lancé en essayant de créer le maximum de conditions possible. Le seul problème c’est qu’elle n’aime pas la pluie. L’idée de la culture de fraise au Sénégal était de montrer aux Sénégalais que c’était possible de les produire, de les domestiquer et même les exporter. C’était aussi de montrer à tous ces jeunes que c’est possible. Il faut juste oser et avoir l’audace d’expérimenter pour pouvoir y arriver.

Comment est née votre passion pour l’agriculture ?

J’étais très loin de m’imaginer être agriculteur un jour. C’est après avoir découvert l’histoire de mon grand-père que je me suis intéressé à l’agriculture. Son histoire a sonné le déclic en moi. Mon père m’a raconté l’histoire de mon grand-père, qui est mon homonyme, un grand cultivateur qui disposait de plus de 300 000 hectares de terres cultivables. Lors de la seconde guerre mondiale, à chaque fois qu’il faisait sa récolte, il en donnait la moitié aux troupes françaises dans lesquelles figuraient les tirailleurs sénégalais. C’était donc une façon pour lui de participer à la guerre pour appuyer ses frères sénégalais. C’est ainsi qu’il a reçu trois médailles des mains du général Charles de Gaule, après la guerre. Je me suis alors dit que si mon grand-père a réussi à participer à la guerre grâce à l’agriculture, pourquoi pas tracer ma voie dans ce sens.

Qu’est-ce qui vous a motivé à pratiquer la culture bio

Beaucoup de personnes ne savent pas que l’agriculture avec des produits chimiques est très dangereuse parce que les produits que nous consommons restent dans notre organisme. A chaque fois que nous mangeons un fruit issu de la culture non bio, c’est à peu près 1 gramme de résidus toxiques que nous ingérons. Je fais à la fois l’agriculture bio et l’agriculture raisonnée qui consiste à utiliser les intrants chimiques de façon très raisonnable. Donc nous cherchons à préserver la santé humaine mais aussi l’environnement.

En général, qui sont vos clients ?

Il y a ceux que nous appelons les particuliers, c’est-à-dire ceux qui passent des commandes à partir de chez eux. Ce sont donc nos premiers clients. Nous avons démarré avec cette catégorie de clients pour avoir leur appréciation du produit. C’est à partir de là qu’on a pu mesurer les attentes de ces derniers. Nous avons travaillé ainsi pendant trois ans et cela nous a permis de nous parfaire. Les autres clients sont les supermarchés, les grossistes, et les unités de transformation. Nous exportons nos fraises pour le moment au Bénin et les plantes de fraises au Gabon, en Guinée, en Ethiopie au Cameroun, et au Ghana.

Quels sont vos projets à court et moyen termes ?

C’est déjà d’accroître notre production pour satisfaire la demande africaine. Nous voulons améliorer notre logistique pour pouvoir écouler nos produits partout au Sénégal. Il faudra aussi penser à installer des unités de transformation modernes pour la production de confitures, de jus et sirop de fraise. A long terme, nous avons l’idée d’implanter des champs de production FRAISEN partout en Afrique. Nous avons comme ambition de positionner le Sénégal comme étant le deuxième pays producteur de fraises en Afrique et faire de l’Afrique le premier continent producteur de fraise.

 

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