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Mary Teuw Niane, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche : le mathématicien du conseil des ministres
23/10/2017
Mary Teuw Niane, ministre de l


Les hommes passent mais Mary Teuw Niane reste bien vissé dans son fauteuil de ministre de l’Enseignement supérieur. Une tâche qui semble si bien coller à cet homme issu du sérail universitaire. Derrière cette allure professorale se cache, tout de même, un homme enjoué, que le sourire ne quitte jamais, et qui s'exprime avec enthousiasme voire même une certaine fougue. Mais en bon mathématicien, ce discours est toujours logique, fluide et raisonné. Ne le taquinez pas trop d'ailleurs sur les maths. Il défend sa discipline avec la même ferveur qu'un chevalier croisé l'aurait fait du saint-graal. « Les mathématiques sont belles. Elles ont une réelle valeur esthétique. Une démonstration de maths régale mais pourvu que le professeur sache bien l'expliquer et sache bien captiver son auditoire », atteste-t-il. D'ailleurs, le ministre ne croit pas beaucoup à la désaffection de cette matière que l'on dénonce tant : « Je suis convaincu que les jeunes sénégalais aiment les Maths. Ce qui manque, c'est une bonne formation des Professeurs, la documentation et l'animation scientifique et culturelle. J'ai contribué à l'organisation des premières olympiades de mathématiques au Sénégal. Elles se déroulaient au centre culturel Blaise Senghor et rencontraient un succès fou. Les mathématiques ont une particularité : si vous êtes devant le prof de maths et qu'il ne vous plait pas, vous décrochez aussitôt ». Les mathématiques ont toujours été synonymes de plaisir pour le natif de Dakar Bango (quartier de la périphérie de Saint-Louis) un jour de 15 Juillet 1954. Il déguste un manuel de mathématiques avec le même engouement qu'un roman de Sembène Ousmane, Cheikh Hamidou Kane, David Diop, Dostoïevski, Faulkner, Steinbeck, ou plus récemment Felwin Sarr ses écrivains de chevet. Celui que l'on surnommait « petit Senghor » au collège a toujours pris un malin plaisir à titiller ses amis littéraires dans leur domaine de prédilection. « Durant mes années d'études, il y avait une réelle concurrence avec les littéraires. Au Bac, on faisait les mêmes épreuves et on les battait en Français. De toute façon, j'ai toujours aimé les Lettres et la belle écriture. J'ai lu tous les tomes de ''Liberté'' » de Senghor », raconte-t-il avec délectation.

Maritew plutôt que Mary Teuw

Si les mathématiques sont donc une discipline particulière, comme l'affirme le Pr Niane, son prénom ne l'est pas moins. Nombreux furent ceux à penser que le chef de l'Etat avait nommé une femme à la tête du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche lors du réaménagement gouvernemental de Novembre 2012. Mais le ministre est habitué à ce que son prénom suscite la curiosité. D'ailleurs ce prénom lui a valu une situation cocasse qu'il aime à raconter : « Après la troisième et mon admission au concours d'entrée de l'école régionale de Saint-Louis, au-lieu d'être orienté là-bas, on m'a affecté à l'école des jeunes filles à cause de ce prénom ». Heureusement, pour lui, la méprise sera vite réparée. Et c'est avec humour qu'il raconte l'histoire de ce prénom : « En fait il y a eu une erreur au niveau de l'état-civil. Mon prénom aurait du s'écrire Maritew et non Marie Teuw. C'est un prénom fréquent chez les Gandioliens. Mon grand-père maternel avait un ami et collègue qui s'appelait Maritew Diagne. Ils étaient tellement amis que mon grand-père avait donné à son fils (mon oncle) le nom de Maritew et celui-ci à l'un de ses fils le nom de Samba Sow. Lorsque je suis né, on m'a donné le nom de mon oncle ».

Le jeune Mary Teuw a grandi dans une famille très enracinée dans les valeurs peulhs avec un père, Mamadou Niane, berger, et une mère Bigué Sow très occupée par les affaires du verger. De son père il ne connait pas grand-chose, l'ayant perdu à l'âge d'un an. Tout juste sait-il qu'il avait son troupeau à l'emplacement où se trouve l'université Gaston Berger. Jusqu'à 6 ans, le garçon est plutôt turbulent. Il aime à grimper sur le manguier de la demeure familiale. Le bricolage est aussi une de ses passions et on lui colle vite le sobriquet de « korto korto » c'est à dire celui qui touche à tout en peulh. Ce caractère dissipé va s'estomper dès son entrée à l'école primaire des enfants officiers de Bango. « J'ai été un enfant totalement sage à l'école », observe-t-il. Il aurait pu ajouter, également, excellent. Cette excellence sera d'actualité tout au long de ses études secondaires jusqu'à son entrée, en 1975, dans les prestigieuses classes préparatoires françaises. Il séjournera six ans dans l'Hexagone et y obtiendra son Diplôme d'études approfondies (DEA) en Mathématiques.

C'est en France, également, qu'il prend goût à l'engagement politique en militant au Parti africain de l'indépendance (PAI). Néanmoins, l'homme n'est pas à proprement parler un élément subversif. Pour lui, la priorité était d'abord aux cours : « Je prenais surtout le temps d'étudier et de faire les efforts pour comprendre toutes les disciplines dans lesquelles je m'investissais ». Les distractions de la vie estudiantine n'étaient pas non plus son truc. « Quand nous organisions des booms, j'étais spécialiste dans la vente des billets. Je ne savais pas danser et je ne sais toujours pas », raconte-t-il dans un fou rire. N'empêche, l'essentiel était bien là : l'homme quitte la France, les valises pleines de diplômes.

Son retour au Sénégal a lieu en 1981. A Dakar, le Pr Niane soutient son Doctorat de troisième cycle puis son Doctorat d'Etat ès Sciences mathématiques. Si Saint-Louis est sa ville de coeur, Dakar n'en n'occupe pas moins une place de choix dans son parcours. C'est à Dakar qu'il a rencontré la femme, Fatoumata Ndiaye de son nom, qui partage sa vie depuis maintenant 29 ans. De cette union, sont nés cinq enfants. C'est à Dakar, également, qu'il a démarré sa carrière dans l'enseignement et la recherche. A l'Ecole nationale d'économie appliquée (ENEA) d'abord puis à la Faculté des sciences de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) entrecoupée d'une petite parenthèse à l'Ecole polytechnique de Thiès. Mais cet adepte de la marche est un Saint-Louisien et il a l'ancienne capitale dans le sang. En 1990, il quitte Dakar, donc, et intègre la toute nouvelle université de Saint-Louis. Là-bas, il gravit tous les échelons comme Professeur et devient Recteur en 2007. Sa fierté, durant tout ce parcours à l'Ugb, est d'avoir contribué à la formation de plusieurs cadres et à la création de nouvelles filières dont l'une lui tient particulièrement à coeur : « Saint-Louis est la seule université francophone qui offre une formation de Licence en langues et cultures africaines comme on enseigne l'anglais, le français et l'espagnol, l'allemand etc.. La seule université qui offre un master en religion. On est aussi la seule université qui offre une licence et demain un master en métier des arts et de la culture ».

C'est donc un homme du sérail universitaire que le président de République, Macky Sall, a propulsé à la tête de l'enseignement supérieur

 

 

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