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Lena Savelli, Coordonnatrice résidente du Système l’ONU au Sénégal-Directrice et représentante résidente du PAM : “Le plan de riposte du Sénégal a considérablement réduit l’impact du coronavirus “
23/09/2020
Lena Savelli, Coordonnatrice résidente du Système l’ONU au Sénégal-Directrice et représentante résidente du PAM : “Le plan de riposte du Sénégal a considérablement réduit l’impact du coronavirus “


Cinq mois après l’apparition du coronavirus au Sénégal, comment le Programme Alimentaire Mondial appuie-t-il le Sénégal dans sa riposte contre les effets négatifs de cette épidémie ?

Dès les premières heures de l’apparition de la pandémie au Sénégal, le PAM est aux côtés du Gouvernement pour apporter son expertise technique et contribuer à la lutte contre la propagation de la COVID19 dans le pays. 

Ainsi, le PAM a intégré la plateforme nationale d’appui à la lutte contre la COVID-19 pour apporter un soutien logistique et un appui opérationnel aux efforts du gouvernement. Nous avons apporté avec succès de grandes quantités de cargaisons médicales vitales et transporté des agents de santé au Sénégal en appui à la réponse nationale menée par le Ministère de la santé et de l'action sociale.

En même temps que l’on recherche des solutions scientifiques et médicales pour éradiquer la maladie, le PAM travaille pour la mise en place de filets de protection sociale permettant de préserver la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations vulnérables .

Le PAM a activé son plan de continuité des opérations depuis le début de la pandémie  pour garantir une continuité optimale de ses programmes, tout en priorisant la réponse d’urgence. Toutes ses équipes sont bien outillées sur le terrain ou à distance pour dérouler sa stratégie de réponse rapide, afin d’accompagner, au plan opérationnel, le Gouvernement et ses partenaires dans la riposte contre le coronavirus.

La pandémie de Covid-19 risque d’aggraver le sort des populations souffrant de la faim en Afrique de l’Ouest et du Centre, renseigne le PAM. Cette situation déjà en forte augmentation en 2019, pourrait doubler en 2020 à cause du nouveau coronavirus. Dans quelle mesure, le Sénégal est-il concerné par ce potentiel fléau ? 

En effet, le Sénégal est situé dans la région sahélienne et à ce titre, la partie Nord du pays est confrontée presque chaque année à l’installation d’une période de soudure précoce due en grande partie aux effets des changements climatiques. Ce qui, avec la baisse du pouvoir d’achat des populations vulnérables,entraîne, dans cette partie du Sénégal, une situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle.

La situation pourrait encore se détériorer en raison de l'impact négatif de la COVID-19, qui a exacerbé la vulnérabilité des communautés rurales. Les mesures d'atténuation annoncées par les gouvernements dans la région de l'Afrique de l'Ouest et du Centre pour limiter la pandémie, notamment les états d'urgence, les couvre-feux, des restrictions de transport, ont perturbé la chaîne d'approvisionnement alimentaire et affecté les marchés locaux qui ont connu une augmentation des prix, limitant ainsi le pouvoir d'achat des ménages.

Le PAM a adapté ses programmes au contexte de crise sanitaire ; il compte ainsi apporter sa contribution aux efforts du Gouvernement pour lutter contre la propagation du virus, mais aussi pour assister les personnes vulnérables et les populations souffrant d'insécurité alimentaire. 

Un plan d’appui aux urgences  a été élaboré par le PAM pour apporter une assistance alimentaire et nutritionnelle aux populations vulnérables, tout en renforçant les capacités de résilience des communautés dans les départements de Podor, Matam et Salémata, identifiés parmi les plus vulnérables par le Cadre Harmonisé de cette année. 

L’assistance du PAM a démarré au mois de juillet pour se poursuivre jusqu’en septembre 2020, à raison d’une distribution mensuelle. Cette contribution du PAM pour la réponse à la soudure de 2020 est également mise en lien avec les activités de Cantines Scolaires, pour renforcer les synergies et l’intégration des interventions du PAM au Sénégal, en travaillant au mieux dans les mêmes communautés afin d’améliorer les impacts.  

Du fait de la pandémie à Coronavirus (COVID-19) et en lien avec le Ministère de l’Éducation Nationale (MEN), le PAM est en train de procéder à des transferts monétaires (à raison de 5 000 CFA/enfant) aux familles des écoliers restés chez eux et qui bénéficiaient habituellement des cantines scolaires. Quant aux élèves de CM2, ils reçoivent des rations de vivres à emporter, composées entre autres de céréales, de légumineuses, d’huile et de conserve de poisson.

Sur quels leviers devrait s’appuyer, à votre avis, les autorités sénégalaises ou africaines en général, pour trouver une solution définitive à cette question de l’insécurité alimentaire ? 

Si on tient compte des résultats du premier plan de développement du Sénégal (PSE 2014-2018), le Sénégal a obtenu des performances records dans les productions céréalières, notamment le riz, l’arachide et les produits horticoles. L’agriculture étant considérée comme un levier important de la transformation structurelle de l’économie en termes de création d’emplois et de lutte contre la pauvreté. 

Et c’est cette dynamique qui continue de guider les politiques de développement agricole et de résilience du Gouvernement du Sénégal dans le cadre de la deuxième phase du PSE (2019-2022), ainsi que des pays africains appartenant à la zone sahélienne et qui font de la sécurité alimentaire et de l'autosuffisance de grandes priorités.

Ainsi, en étroite collaboration avec le Gouvernement du Sénégal, nous sommes en train de développer une initiative pour la résilience des communautés, avec pour objectif d’assurer la sécurité alimentaire et de renforcer la capacité des communautés face aux changements climatiques. Ceci grâce à une approche axée sur la gestion intégrée des risques auxquels sont exposés les petits exploitants agricoles à qui il faut aussi offrir des opportunités de marchés.

Les changements climatiques affectent le monde entier et l’Afrique n’échappe pas à ses effets négatifs, d’où la nécessité de mettre en place des activités de résilience qui visent aussi bien l’autonomisation des femmes, pour leur permettre d’apporter leur contribution aux besoins essentiels du ménage, que les jeunes  pour les fixer dans leur terroir et éviter les migrations. 

La mise en place de filets de protection sociale comme le programme d’Alimentation scolaire est également une solution, à condition de le mener dans une approche inclusive qui profite aussi bien aux enfants en âge d’être scolarisés, qu’à toute la communauté. 

Ensuite, il faudra renforcer le partenariat pour plus d’efficacité dans les interventions, tout en construisant les programmes intégrés de développement,  tenant en compte les besoins et les priorités des populations vulnérables affectées. 

Enfin, il y a le renforcement de capacité des acteurs nationaux et locaux pour la pérennisation des programmes de sécurité alimentaire et nutritionnel, de protection sociale et de résilience.

En tant que Coordonnatrice résidente par intérim du Système des Nations Unies au Sénégal, comment appréciez-vous globalement la stratégie de riposte mise en place par le gouvernement sénégalais pour endiguer la propagation du coronavirus ?

Alors que la pandémie faisait déjà des ravages en Chine et en Europe, le Sénégal a, bien avant l’apparition du premier cas, sous le leadership du Chef de l’État et du Ministre de la Santé et de l’Action Sociale, pris des mesures pour apporter une réponse efficace à la pandémie. Pour ce faire, le Gouvernement a travaillé de manière inclusive avec l’ensemble des partenaires techniques et financiers, pour que la riposte soit la plus efficace possible, compte tenu de cet ennemi inédit qui avait déjà mis à genoux de grandes puissances. 

La covid-19 est un redoutable adversaire contre lequel aucun pays n’était préparé. Aussi, il faut reconnaître que le Sénégal, avec beaucoup de sérénité et dans la concertation, a mis en place et déroulé un plan de riposte qui a indéniablement permis de réduire considérablement l’impact de la maladie. Pour s’en convaincre, voyez juste les impacts en Afrique du Sud, une puissance continentale, et vous apprécierez à sa juste valeur les efforts du Gouvernement du Sénégal et le formidable travail qui continue d’être fait au quotidien.

Le système des Nations Unies a débloqué, au mois de mai dernier, 121 milliards de FCFA pour appuyer la lutte contre la covid-19 au Sénégal. Quels sont les secteurs prioritaires visés par cet appui ? 

C’est bien évidemment, d’abord, le secteur de la santé. En effet, la réponse comportait avant tout des visées sanitaires, notamment la surveillance et les investigations épidémiologiques, la mise aux normes des structures d’accueil, la prévention et le contrôle des infections, l’appui aux laboratoires, la coordination, la planification et le suivi au niveau national, etc. Ensuite, il fallait accompagner ces aspects d’une bonne communication sur les risques et une mobilisation communautaire, tout en appuyant la surveillance des points d’entrée, notamment les frontières. 

Toutefois, la réponse n’est pas que sanitaire, le secteur social est tout aussi crucial et nous nous sommes fixés également pour objectif, de renforcer la résilience sociale des populations, à travers la protection sociale, l’éducation, la protection spécialisée, etc.

Également, comme vous pouvez l’observer à travers le monde entier, le secteur économique a été partout très rudement touché. Aussi, pour le système des Nations Unies au Sénégal, il s’agissait également d’appuyer la stabilité macro-économique et financière pour soutenir le secteur privé et maintenir les emplois.

Notre appui a également englobé d’autres secteurs clés, comme l’approvisionnement régulier en hydrocarbures, en produits médicaux, pharmaceutiques, et denrées de première nécessité. Enfin, nous avons mis en place des mesures pour appuyer la continuité de l’administration.

Au-début de la pandémie, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait délivré des prévisions pessimistes concernant l’Afrique, évoquant potentiellement des millions de morts. Sortie qui avait quelque peu choqué en son temps. Avec le recul, diriez-vous que les institutions internationales se sont montrées trop catastrophistes ?

Il a lui-même reconnu qu’il s’agissait là d’une malencontreuse incompréhension car, ce qui importait dans ses propos et qui a pu être effectivement mal formulé, c’est qu’en Asie, en Europe, la maladie était en train de faire des ravages. Selon les projections, l’Afrique devait se tenir prête à être aussi rudement secouée, comme nous avons pu effectivement le constater pour  l’Afrique du Sud et le Nigéria. Ces derniers pays ont eu à dénombrer des chiffres alarmants, tandis que d’autres pays africains ont eu, quant à eux, à mettre en place des stratégies de réponses rapides qui connaissent aujourd’hui de meilleurs résultats. Il ne s’agissait en aucun cas d’une stigmatisation du continent, et ses propos ont largement été mal interprétés. Le Secrétaire général de l’ONU ne se prononce pas à la légère. Ses propos sont toujours documentés et étayés par les avis d’éminents experts, et c’est uniquement sur cette base qu’il formule ses propos. Aussi, ce qui est important, et il est le premier à le faire, c’est de nous réjouir que l’Afrique soit encore relativement épargnée, comparée à d’autres régions du monde. Toutefois, la menace est toujours présente et nous devons redoubler de vigilance  et  continuer à combattre ensemble la pandémie. 

Pour finir, vous aviez lancé vers la fin 2019 un projet qui vous tient à cœur ; il s’agit du Groupe des Amis de l’Alimentation Scolaire, le GAASS, qui inclut beaucoup de personnalités sénégalaises et des sympathisants non sénégalais. Peut-on savoir ce qui a motivé cette initiative ?

Le GAASS est un réseau de personnalités créé sur l’initiative du PAM et placé sous la coordination de Madame le Professeur Ndioro Ndiaye. C’est aussi un groupe flexible et informel de partisans du programme d’Alimentation scolaire. 

L’initiative fait suite à la décision du Président de la République, son Excellence Monsieur Macky Sall,  de lancer en 2020 un programme national de cantines scolaires,dans le cadre de son Programme « LiggueyyalËllëk ».( « travaille pour demain »)

Je suis convaincue que l'alimentation scolaire peut changer radicalement la vie, non seulement des enfants au Sénégal, mais aussi de leurs familles, de leurs communautés et du pays dans son ensemble. Un repas chaud gratuit, servi à l’école, motive les parents à amener leurs enfants à l’école car réduisant considérablement les charges alimentaires du ménage. L’alimentation scolaire a un impact particulier sur les enfants pauvres, et les filles qui sont souvent retirées de l’école pour les travaux domestiques ou les mariages précoces. 

Quand l’alimentation scolaire est liée à la production locale, même les communautés en profitent, à travers la création d’une chaîne de valeurs allant du renforcement de la production agricole, à la commercialisation et consommation des produits locaux.  Au niveau national, les repas scolaires aident à renforcer le capital humain, tout en contribuant à la croissance des pays. Moi, j'ai grandi en Suède, l'un des deux seuls pays au monde où les repas scolaires sont gratuits et servis à tous les enfants des écoles primaires, quel que soit le revenu familial. L'alimentation scolaire gratuite a permis d’éliminer les différences sociales entre les enfants ; elle contribue également à la construction de l'un des pays les plus développés et les plus égalitaires au monde : la Suède. 

Quelles ont été les premières réalisations du GAASS depuis son lancement et quels sont ses projets à moyen et long terme ? 

Avec la diversité des profils des membres du GAASS, des initiatives intéressantes ont été réalisées depuis le lancement du Groupe, en Novembre 2019. Après avoir été reçus par le Ministre de l’Éducation Nationale, qui est notre partenaire stratégique au sein du Gouvernement, nous avons su marquer notre engagement dans la lutte contre la propagation du virus en   milieu scolaire et dans les ménages, en rappelant l’importance des gestes barrières. Nous avons ainsi mené une campagne de sensibilisation à travers certaines télévisions et réseaux sociaux ; et récemment nous avons remis officiellement un lot de plus de 300 kits de lavage des mains et des masques pour accompagner le Ministère de l’Éducation dans la stratégie de retour des écoliers qui sont en classe d’examen.

Le GAASS était un cadre de plaidoyer pour le maintien, la pérennisation et la mise à l’échelle du programme d’Alimentation scolaire ; notre rôle est aujourd’hui plus que pertinent pour accompagner le Ministère de l’Éducation Nationale dans sa stratégie pour la mise en place d’un programme national d’Alimentation solaire. À ce titre nous serons aux côtés du Ministère de l’Éducation Nationale pour mettre en place un cadre de réflexion et mobiliser tous les acteurs pour définir ensemble le programme et le mettre en œuvre au plan national.

Nous serons accompagnés dans ce défi par des partenaires qui croient fort aux bienfaits de l’alimentation scolaire sur le bien-être et l’avenir des couches sociales les plus vulnérables. Nous avons parmi les membres du GAASS des artistes comme le peintre KalidouKassé, le musicien Carlou.D, des femmes bloggeuses et journalistes comme Oumy Ndour et Amy Fall Sarr, un chef cuisinier du nom de Pierre Thiam qui promeut les produits locaux du Sénégal à travers le monde, ainsi que des icônes du monde du football sénégalais et même mondial, comme Seyni Ndir Seck de la fédération sénégalaise de football, et la Secrétaire-Générale de la FIFA, Mme Fatma Samoura… pour ne citer qu’eux sur une vingtaine de personnalités membres du groupe. Je suis vraiment fière que tant d’éminentes personnalités sénégalaises acceptent de porter la voix des « sans voix » et de faire le plaidoyer afin qu’aucun enfant sénégalais ne soit mis de côté dans cette recherche de développement durable .

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