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A la rencontre de
Papi, l’ARTrepreneur
06/11/2017
Papi, l’ARTrepreneur


C’est à la Cité Keur Gorgui qu’est situé l’atelier de Papi. Modestement vêtu d’une chemise blanche et d’un jean, l’artiste sénégalo-mauritanien nous invite à prendre place dans son temple de la créativité. Accrochées aux murs, quelques-unes de ses peintures, dont le portrait envoûtant d’une jeune femme. Il s’agit d’Erykah Badu, une des poétesses les plus respectées de la scène hip-hop américaine. Quand on lui demande ce qui a motivé la réalisation de cette œuvre, Papi nous explique qu’il s’est inspiré d’une performance de la chanteuse, effectuée dans la deuxième saison de l’émission Def Jam Poetry, diffusée sur HBO entre 2002 et 2007. Dans ladite performance, intitulée « Friends, fans and artists must meet », Badu aborde la complexité des nouveaux rapports qui s’imposent dans l’entourage d’un artiste gagnant en notoriété. Ce texte délivré sous forme de slam rappelle d’ailleurs, en beaucoup, la philosophie qui semble être celle de notre hôte : établir des ponts entre les membres de sa communauté sans pour autant s’y perdre.

Transfert d’énergies

Se perdre. Une éventualité assez ironique si l’on considère tous les pays sillonnés par cet artiste visuel. Ayant effectué ses études entre le Mali, le Kenya et les Etats-Unis, Papi affirme que ces voyages lui ont beaucoup ouvert l’esprit et donné une conception différente de la découverte, de l’aventure et de la création. Cependant, il refuse de se considérer tel une éponge. « Être exposé à autant de cultures et de réalités différentes m’a donné envie de créer une réalité qui m’est propre », explique-t-il. De fait, dans la réalité de Papi, comme sur les étagères de sa bibliothèque, il y a un peu de tout : de la poésie, de la philosophie, de la musique, de l’histoire de l’art et des civilisations... Ainsi, plus que de s’inspirer d’individus, l’artiste-peintre s’imprègne plutôt d’idées, amassées ça et là entre deux livres, sur Internet ou au détour d’une conversation. Il n’est donc pas étonnant de retrouver dans ses œuvres des membres de son entourage. Parce que les amis de Papi sont parfois ses muses. « J’aime bien être entouré de personnes qui m’inspirent, qui me nourrissent de leur énergie créative et, de la même façon, j’aime être autour de personnes sur lesquelles je pense avoir le même effet », précise-t-il. En d’autres termes, il se fait une sorte d’intermédiaire entre une sensibilité et une audience. Un souci de transférer de l’énergie qui fait beaucoup penser à une célèbre citation de Hafiz de Shiraz, poète persan du XIVème siècle : « J’aimerais tant pouvoir te montrer, lorsque tu es seul ou dans la pénombre, la fabuleuse lumière qui s’échappe de ton être ».

Le refus de se limiter

Diplômé de la Lyme Academy College of Arts, Papi tient son humilité et son ouverture d’esprit de ses parents. De fait, s’il y a eu certaines périodes de doute, les parents de l’artiste s’attendaient tout de même à ce qu’il poursuive sa passion pour les arts visuels. Dans son enfance déjà, alors qu’il effectuait ses études primaires au Mali, son père et sa mère, eux-mêmes amateurs d’art, faisaient encadrer les dessins que leur fils ramenait de l’école. Le voir évoluer dans ce domaine, bien que quelque peu différent des leurs, n’était donc qu’une continuité de leur mentalité. Puis, au fil des années, le jeune Papi découvrit la peinture à l’eau mais aussi la peinture digitale. Artiste mais pas que, il s’est également tourné vers l’entreprenariat, car considérant que c’est un domaine qui se lie facilement à l’art, leur dénominateur commun étant la créativité. Ainsi, il se surnomme l’ARTrepreneur, un jeu de mots reflétant fidèlement les différentes facettes de son identité et son désir de pouvoir vivre de sa créativité. Avide de nouvelles expériences, Papi s’est même lancé dans le design de vêtements. En effet, avec deux de ses partenaires, il a créé Mwami, une marque dont il est le directeur artistique. Mélange de streetwear et de coupes classiques, les couleurs de la première collection étaient le bleu, le jaune or, le blanc et le noir. Des couleurs qui sont un clin-d‘œil au sens même du mot Mwami, qui signifie roi en kirundi. Et ceci renvoie à la notion d’élégance que Papi définit simplement : « Où que tu puisses être, peu importe ton origine, quand tu es élégant, ça se remarque ». Sans doute une autre façon pour ses partenaires et lui de s’inscrire dans l’intemporalité.

Penser l’art

Mais, à trop varier les domaines de compétence, ne risque-t-il pas d’être dispersé, ce que les plus âgés reprochent justement à ses congénères ? Que nenni ! En vérité, Papi trouve le confort dans le freestyle, lorsque les canaux sont illimités. Cette tendance expérimentale lui vient donc naturellement. « L’artiste que je suis, c’est vraiment la personne que je suis », assure-t-il. Comme une variante à la célèbre citation de Descartes, Papi pourrait aussi bien nous dire « Je crée, donc je suis ». Rester prisonnier d’une étiquette, voilà ce qu’il abhorre. Aussi, en tant qu’africain, il veut faire partie de la réflexion autour de l’art. Et ce qui le désole est le manque de relais entre les autorités, les investisseurs, les mécènes … et les créatifs ! « Il y a des curateurs, des galeristes… mais qui fédère tout cela ? Qui met en contact les personnes qui ont des projets et ceux qui en cherchent ? », questionne-t-il. Il Revenu à Dakar après ses études aux Etats-Unis, il admet que ç’aurait certainement été moins difficile pour lui, s’il y était resté, mais qu’il se refusait à contribuer à la fuite des cerveaux du continent africain. « J’ai plus ma place ici que là-bas », ajoute-t-il. Conscient des défis auxquels ses pairs et lui font et devront continuer à faire face, Papi considère qu’il y a tout de même plusieurs références dans le milieu artistique qui soutiennent la relève et suscitent l’inspiration, que ce soit en proposant des cours ou des ateliers, en créant des agences de communication –comme ses partenaires et lui l’ont fait-, en investissant dans des domaines connexes tels que le cinéma… en faisant un pied-de-nez aux clichés, tout simplement ! Ce genre de philosophie, c’est donc ce qui anime Papi au quotidien et qu’il veut transmettre, pas seulement pour lui mais surtout « pour être au service de plus de personnes ».

 

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