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Idrissa Seck nouveau Président du CESE. Les enjeux de cette nomination sur la scène politique sénégalaise

19/11/2020
Idrissa Seck nouveau Président du CESE.  Les enjeux de cette nomination sur la scène politique sénégalaise


 

Le Président de la République, Macky Sall, nous a réservé une surprise de taille lors de l’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale : la nomination d’Idrissa Seck à la tête du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE). Cette décision entraîne de facto des bouleversements durables, aussi bien sur l’avenir du Président de Rewmi que sur le leadership au sein de l’opposition.

 La politique est décidément le champ de tous les possibles et nous offre souvent des rebondissements spectaculaires. Le Sénégal a été le théâtre d’un de ces événements, le 1er novembre dernier, avec la nomination par le Président de la République, Macky Sall, d’Idrissa Seck, comme Président du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), en remplacement d’Aminata Touré. Pour rappel, celui qui était jusqu’alors le Président du Conseil général du Département de Thiès est arrivé second de l’élection présidentielle de 2017.Il avait mené une campagne électorale où il avait fédéré une grande partie des figures de l’opposition et dénoncé de façon implacable la gestion de Macky Sall. De plus, une longue histoire lie les deux hommes. Une histoire « fraternelle » puisqu’ils ont été formés à l’école de leur mentor, Me Abdoulaye Wade (Président du Sénégal entre 2000 et 2012),  mais aussi une histoire teintée d’inimitié au fil des années. Le fondateur de Nouvel Horizon, Abdoulaye Daouda Diallo, a d’ailleurs consacré à cette rivalité exacerbée un livre au titre évocateur : « Macky-Idy, la haine, Rira bien qui tuera l’autre ».  Selon le journaliste, Macky Sall aurait mal vécu d’avoir longtemps végété dans l’ombre d’Idrissa Seck au sein du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Quant à celui-ci, il n’aurait pas pardonné à Macky Sall, alors ministre de l’Intérieur, et qui l’a remplacé par la suite au poste de Premier ministre, son rôle au moment de l’affaire des chantiers de Thiès. Cette affaire lui a valu un séjour en prison et son  départ de la formation libérale.

La fin des ambitions présidentielles d’Idy ?

En obtenant le ralliement de son vieux concurrent, au prix d’une nomination qui en fait tout de même la  troisième personnalité de l’État dans la structure institutionnelle sénégalaise, le Président de la République ne vient-il pas de remporter une victoire décisive et finale contre l’ancien Maire de Thiès ? Sauf à propulser Idrissa Seck  comme son dauphin dans l’optique de la présidentielle de 2024, un scénario qui semble improbable, l’on voit mal celui-ci refaire campagne dans l’opposition et briguer le suffrage des Sénégalais. D’autant plus que l’image d’Idrissa Seck, s’est quelque peu brouillée avec cette volte-face, perçue par une partie non négligeable de l’opinion publique comme une trahison, voire une transhumance, puisque désormais on évoque une fusion entre son parti Rewmi et l’Alliance pour la République (APR) de Macky Sall.

Idrissa Seck, au sujet duquel beaucoup d’observateurs pointent, depuis quelques mois, les difficultés financières de son parti, s’est justifié en écartant tout soupçon d’opportunisme politique. S’il a sacrifié son statut d’opposant, c’est à l’autel du consensus national et de l’intérêt général, plaide-t-il : « J’ai choisi le chemin d’une implication directe et personnelle pour participer aux efforts qui nous incombent à tous pour redresser le pays. Nous avons fait le choix responsable de répondre positivement à l’appel du Président d’unir l’ensemble des forces vives de la Nation. Ce n’était pas facile, mais nous y sommes arrivés. Tout le monde doit s’impliquer dans la politique de l’État pour sortir le Sénégal de la crise dans laquelle il se trouve. Ce sont des sacrifices qu’il faut faire. Ce n’était pas évident de prendre cette décision, parce que certains n’étaient pas d’accord, mais c’est un devoir que je dois rendre à mon pays ». Une tentative de justification qui ne convainc pas ses anciens alliés de la coalition Idy2019, notamment Babacar Diop : « Je suis déçu ! Il (ndr : Idrissa Seck) m’en a parlé et voulait que je l’accompagne dans le gouvernement. Je lui ai clairement signifié que ma dignité m’interdit de rentrer dans un gouvernement que j’ai combattu, et que je reste dans l’opposition. Il m’a donné comme raison les difficultés que traverse le pays. Je pense que c’est trop léger ».

Retrouvailles libérales

Cette nomination d’Idrissa Seck permet, toutefois, en un sens, de clarifier quelque peu les choses dans la vie politique sénégalaise. Elle confirme un peu plus les retrouvailles de la famille libérale, puisqu’elle va de pair avec la promotion d’Oumar Sarr, ancien Secrétaire national du PDS, comme ministre des Mines et de la Géologie. On se souvient également des nominations de Modou Diagne Fada(Sonacos) ou Souleymane Ndéné Ndiaye (Air Sénégal), tous anciens ministres sous le régime libéral.  Serigne Mbacké Ndiaye, ancien ministre et porte-parole du Président Wade, a salué cette évolution et appelé de ses vœux un renforcement de l’unité libérale : « Je me réjouis amplement du rapprochement entre mes frères Macky Sall et Idrissa Seck. Une partie du chemin vient d’être faite. L’autre partie, non moins importante, consiste à se retrouver avec et autour du Président Wade, père du Libéralisme en Afrique Noire et au Sénégal. Macky est aujourd’hui le leader de la famille, mais Wade en est le père. Macky-Wade-Idy réunis, c’est la poursuite de l’objectif de garder le pouvoir pendant cinquante ans et ceci dans l’intérêt supérieur de la Nation ».

Chef de l’opposition : la voie royale pour Sonko ?

En attendant de voir la réaction de Me Wade à cet appel du pied, cette alliance Idrissa Seck-Maky Sall a pour conséquence immédiate de redistribuer les cartes au sein de l’opposition sénégalaise. Alors que l’incertitude judicaire plane encore sur l’éligibilité de Karim Wade et Khalifa Sall, le grand bénéficiaire de la situation pourrait être Ousmane Sonko, député et chef de file du parti Pastef/Les Patriotes. Sur les réseaux sociaux, ses partisans n’ont pas manqué de souligner que la décision d’Idrissa Seck est l’illustration que leur champion est la seule alternative crédible et sincère au pouvoir en place.

Signe de son intransigeance, Ousmane Sonko avait d’ailleurs rejeté le principe du  statut de chef de l’opposition, dont la nomination serait décidée par le Président de la République avec tous les avantages que comporte la fonction. Il avait, à cette occasion, adressé un tacle à peine déguisé à Idrissa Seck, qui a longtemps tenu la corde pour occuper la fonction : « Avec la situation actuelle du pays, il est indécent de prétendre allouer 2 milliards à un chef de l’opposition. Ma démarche n’est pas la même que celle de beaucoup d’opposants. Nous ne négocierons rien et avec personne sur le dos du peuple. Au soir de la présidentielle de 2024, il (ndlr : Macky Sall) ne sera plus président et devra rendre compte ».

La vie politique sénégalaise risque, ainsi, dans les prochains mois, de se bi-polariser autour de deux camps : la majorité présidentielle riche du renfort de nouvelles personnalités telles que Oumar Sarr et Idrissa Seck et l’opposition dominée, pour le moment, par Ousmane Sonko.

 

Adama NDIAYE 

 

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