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Soumaïla Cissé, Président de l’Union pour la République et la Démocratie, ex Président de la Commission de l’UEMOA

19/11/2020
Soumaïla Cissé, Président de l’Union pour la République et la Démocratie, ex Président de la Commission de l’UEMOA


Bonjour Monsieur Cissé. Tout d’abord, nous voudrions vous exprimer notre joie de vous savoir libre. Vous avez été retenu en otage pendant plus de six mois auprès de groupes jihadistes. D’entrée de jeu, comment allez-vous ?


Bonjour Madame. Je vous remercie pour votre compassion.  Je rends grâce à Dieu par la volonté duquel je suis revenu sain et sauf.
J’en profite aussi pour dire merci à tous ceux qui se sont mobilisés pour ma libération au Mali, en Afrique, en Europe, je peux même dire à travers le monde entier.
J’ajoute que mes amis sénégalais se sont activement bien impliqués. Une belle occasion pour envoyer un message de reconnaissance et de profonde gratitude à l’ensemble du peuple sénégalais.
 
Pouvez-vous revenir sur les circonstances de votre enlèvement, qui étaient et demeurent encore floues aujourd’hui ?
 
J’étais, à l’époque, en campagne dans le cadre des élections législatives dans la région de Tombouctou, où je suis né, à Niafunké, ma circonscription électorale. Dur de parler de ce jour mercredi 25 mars 2020. Mon jeune garde de corps, un jeune exceptionnel -que son âme repose en paix!-  y a perdu la vie. J’ai appris son décès à la radio plus de 2 mois après. Ses obsèques ont été prises en charge par mon parti l’URD que je remercie et félicite pour sa spontanéité et sa générosité. Je continue de prier pour le repos de son âme. Que DIEU l’accueille en son saint paradis. Amen!
Deux autres de mes compagnons ont été grièvement blessés.  Ces deux personnes blessées ont été aussi prises en charge par mon parti l’URD et le Ministère de la Santé que je félicite  et remercie également.
Ma délégation était composée d’une bonne quinzaine  de personnes réparties dans 2 Véhicules.
Nous avions tenu un meeting dans un premier village, Saraféré, et nous nous dirigions vers un autre qui s’appelle Koumaïra. C’est à quelques 4 kilomètres de cette destination que notre convoi a été attaqué.
J’ai été isolé dès le départ. Et depuis je n’ai eu aucun autre contact avec  le reste de ma délégation.
C’est à mon retour que j’ai appris les circonstances du décès de Mohamed et la libération le même jour des blessés. Le reste de la délégation a été scindé en 2 groupes. Ils ont été libérés après 10 jours de captivité.
On se déplaçait très souvent. Les conditions de vie étaient assez difficiles avec un climat très austère. Il faisait très chaud, avec parfois des orages, des vents et même des tempêtes de sable. On séjournait très souvent dehors sous les arbres, et quelques rares fois, sous des tentes ou des huttes et dormions le plus clair du temps à la belle étoile.
 
Avec ces déplacements incessants, il était donc difficile de vous retrouver.


On était souvent en petits groupes dont la composition changeait très souvent.
Nous nous déplacions en effet, régulièrement soit à moto, soit en pirogue pour traverser le fleuve, et en véhicules pour traverser le Sahara. On a même voyagé à dos de chameaux. Les conditions de voyage étaient diversifiées, les lieux changeaient tout le temps, avec une écologie variée. Ce qui faisait que nous retrouver me semblait très difficile.
 
Désespériez-vous d’être retrouvé ? Avez-vous eu peur que cela se termine mal, à un moment donné ?


J’ai toujours gardé foi en Dieu.  Savoir par la radio qu’il y avait une si forte mobilisation pour ma libération me stimulait.
 
Parveniez-vous de temps en temps à communiquer avec votre famille et à avoir de leurs nouvelles ?

Ah oui, j’ai été très heureux de retrouver ma famille, mes amis et collègues. Pour répondre à votre question, la première fois que j’ai eu des nouvelles de ma famille, c’est après cinq mois de détention, le 25 août 2020, précisément. J’ai fait des lettres que la Croix-Rouge a pu transmettre à ma famille, fin juillet. Et j’ai pu recevoir une réponse en août. Après, au mois de septembre, aussi, j’ai eu des nouvelles. Disons qu’à partir du 25 août 2020, ça s’est un peu débloqué mais durant les cinq premiers mois, je n’ai eu de nouvelles de personne.
 
Comment se passait la vie au quotidien avec vos ravisseurs ? Quelles étaient vos conditions de détention ? Mangiez-vous à votre faim et y avait-il parmi vos compagnons de détention des gens qui subissaient des violences ?

Je n’ai pas subi de violences ni verbales ni physiques. Les conditions étaient précaires, on dormait dehors à la belle étoile, comme je le disais tantôt. Quant à la nourriture, l’otage que j’étais et les ravisseurs mangions la même chose.
 
Est-ce que le fait d’être musulman vous a un peu protégé ?

Non je ne pense pas avoir bénéficié de circonstances atténuantes du fait de ma religion. Je faisais mes cinq prières comme tout bon musulman, mais il n’y avait aucune contrainte religieuse particulière. Je ne sais pas comment les autres otages non musulmans ont été traités.
 
Est ce qu’ils vous ont expliqué les raisons de votre enlèvement ?

 Ils ne m’ont jamais dit pourquoi ils m’ont enlevé. Ils ne m’ont pas dit quelles sont les conditions pour que je sois libéré. Ceux qui étaient avec moi n’étaient pas des décideurs mais plutôt des gens chargés de l’intendance. 

Sophie Pétronin, après sa libération, a refusé de les qualifier de djihadistes. Vous qui les avez côtoyés, comment les qualifierez-vous ? Sont-ils des djihadistes à vos yeux ?

Je ne vais pas juger ses propos, elle a le droit d’avoir son opinion.
 
Une polémique est née après votre libération sur la contrepartie concédée à vos ravisseurs, notamment la libération de 200 djihadistes. Ce débat est-il justifié à vos yeux ?

Je n’ai pas participé aux discussions, je ne connais ni les motivations ni les conditions réelles qui ont prévalu à ma libération. Je ne connais pas la nature des gens qui ont été libérés en contrepartie. Je ne peux donc pas juger. Ce que je constate c’est que moi-même j’étais une victime, donc en vertu de ce statut j’ai été libéré et je m’en félicite.
Je profite de l’occasion pour rappeler que lors de mes traditionnels vœux à la presse nationale et internationale et à chaque fois que j’ai l’opportunité de m’adresser à mes compatriotes, aux amis et partenaires du Mali, je formule des vœux ardents de voir tous les réfugiés et tous les otages civiles et militaires regagner leur familles sains et saufs. J’ai encore ici une pensée émue pour chacun d’entre eux et souhaite vivement leur retour rapide dans leur foyer.
 
Quelques jours après votre libération, on apprenait l’exécution d’une otage suisse. Etiez-vous dans le même lieu de détention ?

J’ai toujours été seul. J’ai appris comme vous qu’elle a été exécutée.
 
Votre enlèvement avait suscité une vague d’émotion dans plusieurs pays du monde. Quelques semaines après, l’Assemblée nationale française vous a rendu un vibrant hommage. Avez-vous été surpris par ce geste ?

Grâce à la radio, j’ai pu écouter un résumé de ce qui a été dit. J’étais ému, bien sûr. Au-delà de l’Assemblée nationale française, il y a eu aussi le Parlement panafricain, le Parlement de la Francophonie, l’Union parlementaire  africaine et celui du Mali. Tous ces hommages se sont déroulés quasiment en même temps. Tous ces soutiens m’ont conforté sur le fait que les gens se battaient pour moi. Et quand les gens se battent pour vous, vous avez le devoir de résister et de jouer votre partition. J’ai pu ainsi avoir en moi une force intérieure qui m’a permis de résister et de jouer ma partition.
 
Est-ce que toute cette solidarité ne peut pas se traduire quelque part comme un espoir en vous pour reconstruire le Mali ?

Vous savez, ce sont les autres qui peuvent le dire. Je suis très fier et très honoré de tout ce qui s’est passé autour de moi. C’est même un grand privilège. Et j’en mesure toute la portée. J’ai constaté qu’il y a eu un très grand élan de solidarité  dans le monde entier en plus du Mali. Des hommes politiques, des artistes, des anonymes se sont mobilisés pour ma libération.
J’ai reçu beaucoup de marque de sympathie et de compassion. Ça réconforte. Maintenant, il ne faut pas se laisser griser par tout ça. Il faut garder les pieds sur terre et analyser calmement  la situation. Et moi-même, j’ai besoin de me remettre à jour parce qu’il y a beaucoup de choses qui se sont passées. Six mois, ça a l’air court mais c’est beaucoup, surtout au Mali où il y a eu beaucoup de changements sur le plan politique, social et sécuritaire.
J’ai malheureusement également perdu des amis et des proches parents. Je profite de l’occasion pour réitérer à leur famille mes condoléances les plus attristées. Que DIEU les accueille en son saint paradis. Amen!
Il est donc nécessaire d’avoir l’humilité nécessaire pour apprendre et tirer des leçons des évènements de ces 6 derniers mois.
 
A quand votre rentrée politique ?

Je ne sais pas encore.  La priorité aujourd’hui pour moi c’est remercier et exprimer ma reconnaissance et ma gratitude à tous ceux qui m’ont aidé à recouvrer ma liberté. Le temps de renouer avec la politique viendra, mais il faudra d’abord bien analyser et bien évaluer la situation, surtout que les choses ont beaucoup évolué au Mali.

Pendant votre détention, des événements considérables se sont déroulés au Mali dont l’épicentre fut le coup d’Etat contre le Président Keita. Comment avez-vous apprécié ce putsch ?

Quand on est loin, ce n’est pas facile d’avoir une perception juste des événements. On peut facilement se tromper. Ce qui est sûr c’est que la situation était très difficile et tendue depuis la présidentielle de 2018.
 
Avez-vous compris l’exaspération du peuple malien ?

Je suis malien donc je connais les difficultés de mes compatriotes. Ce qui est sûr c’est que les conditions économiques, sociales, sanitaires et sécuritaires étaient difficiles. La situation politique elle-même était compliquée
 
Aujourd’hui qu’est-ce que le citoyen que vous êtes espère pour le Mali ?

Je souhaite d’abord la stabilité politique de mon pays, que la sécurité revienne au Mali, que les maliens soient réconciliés dans un Mali juste paisible et prospère.  Ce sont des  revendications légitimes du peuple malien. Je souhaite aussi que l’économie redémarre de façon résolue pour que le pouvoir d’achat s’améliore et que le panier de la ménagère soit bien rempli. Il y a donc énormément de défis à relever. Défi politique avec l’urgence d’une réforme des institutions et l’instauration de la bonne gouvernance qui est la clé de la réussite. Défi sécuritaire parce que le pays est quasiment en guerre du nord jusqu’au centre. Défi judiciaire, parce que les acteurs de la justice doivent être bien formés et dotés de moyens conséquents pour assurer une bonne distribution de la justice. Défi sanitaire avec la pandémie liée au covid19. Défi de l’éducation parce que l’école malienne va mal. Enfin défi économique, avec la nécessité de relancer l’économie du pays en collaboration notamment avec nos voisins dans le cadre de l’UEMOA  et de la CEDEAO.
 
Espérez-vous être l’homme qui va relancer cette économie ?

Ce n’est pas une affaire de personne. Je crois qu’une personne seule ne peut pas réussir cette tâche. C’est un travail d’équipe qui peut nous faire sortir de la crise.
 
Pensez-vous être la personne qui va diriger cette équipe, alors ?

Ce sont les Maliens qui décideront. L’important, ce sont les résultats. Il nous faut emprunter le bon et droit chemin pour sortir des déviations de ces derniers temps. Le Mali a besoin de se retrouver, les Maliens ont besoin de se rassembler autour d’un idéal, autour d’une équipe à laquelle ils croient et qui se dédie entièrement et résolument au Mali.
 
Beaucoup de personnes ont estimé qu’IBK ne vous avait pas assez soutenu. Avez-vous le sentiment d’avoir été soutenu par lui ?

Je n’ai aucun élément qui puisse me permettre de l’affirmer. J’avais une radio et je l’ai entendu dire qu’il mettait tout en œuvre pour ma libération. Après ma libération il était en soin à Abu Dhabi je lui ai téléphoné et lui ai souhaité un prompt rétablissement et je l’ai remercié pour les actes qu’il a posés pour ma libération.
 
Comment jugez-vous les premiers pas du gouvernement de transition ?

Je n’ai pas le recul nécessaire pour apporter un jugement de valeur quelconque sur la transition en cours au Mali.Ce qui est sûr c’est que je souhaite que cette transition soit une réussite conformément aux attentes du peuple malien.

Avant votre captivité, vous étiez unanimement reconnu comme le chef de l’opposition malienne. Aujourd'hui, dans quel camp vous situez-vous par rapport à ce pouvoir ?

Aujourd’hui la priorité des priorités reste la mobilisation de toutes les forces vives du Mali pour la réussite de la transition.
 

 

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