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L'entretien culture

"Ubeku est comme le souffle, on ne peut le fermer, ni l’arrêter"

20/11/2020
"Ubeku est comme le souffle, on ne peut le fermer, ni l’arrêter"


Pour son exposition dans le cadre de la prochaine édition du Partcours, l’artiste plasticien Alioune Diouf va investir les cimaises de la nouvelle galerie Selebe Yoon, située au centre ville. Pour notre entretien,  Jennifer Houdrouge, la directrice de la galerie  nous a donné rendez-vous  dans cet espace qui ambitionne d’être un point de convergence des artistes de tout bord et de sensibilité différente. Alioune Diouf qui s’activait encore sur les dernières pièces de sa collection « Ubeku » ce jour-là, nous a accordé un peu de temps pour nous parler de sa vision de l’humanité, son amitié avec Joe Ouakam avec qui il a longtemps cheminé au sein du Laboratoire Agit’Art. Cette petite parenthèse enchantée dans le monde mouvementé d’Alioune Diouf nous a permis de mieux cerner son travail et d’apprécier sa sensibilité. Tel un duo qui se serait  rencontré au gré du hasard et que le coup de foudre artistique obligerait à collaborer, Jennifer Houdrouge a aussi apporté son grain de sel à notre entretien. Pas trop. Juste ce qu’il faut pour enluminer davantage le travail de l'artiste. Rencontre.

Votre exposition « Ubeku »  qui signifie ouverture en Français traduit-il votre état d'esprit actuel ?

Effectivement, car je pense à ce qu'il se passe actuellement dans le monde. Ubeku pour tous les vivants, Ubeku de notre époque. A cause de la pandémie, tous les projets ont été ralentis par le temps. Mais il a fallu que l’on fasse preuve de résilience pour pouvoir dépasser ce qui nous retient. Ubeku nous permet de rester vivants, de trouver des solutions, de trouver comment s’accrocher à la vie.

Donc vous vous positionnez dans une démarche globale  dans ce sens ?

Oui, car l’ouverture concerne tous les hommes. Ubeku c’est comme le souffle, on ne peut le fermer, ni l’arrêter. Nous voulons que tout le monde soit dans cet état d’esprit.

Parlez-nous de l'exposition, dont le vernissage est prévu le 02 décembre dans le cadre du Partcours.  Que pourra voir le visiteur ?

Le visiteur va retrouver mes coutures. Il va parcourir les œuvres qui traduisent mon inspiration, notamment la peinture mais aussi des rencontres

« Ubeku » a été réalisée dans le cadre d'une résidence de deux mois. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Me retrouver dans les locaux de Selebe Yoon, m’a fait du bien. J’ai consacré du temps pour ma création. Etre ici m’a permis d’être discret, de travailler sans distraction, de pouvoir dormir quand je veux. J’ai pu me détacher complètement du monde extérieur pour ne voir que mon travail. J’étais à l’aise. 

Vous êtes par ailleurs membre du Laboratoire Agit’Art. L'une des figures de proue  de ce lieu historique, Issa Samb dit Joe Ouakam est décédé en 2017. Quels souvenirs gardez-vous de lui ?

J’ai connu Joe Ouakam bien avant que l’on se retrouve à Agit’Art. J’étais très jeune. A l’époque, il avait envoyé un certain Alioune,  me dire de ne surtout pas arrêter ce que je faisais, car il voulait m’aider, j’étais dans un atelier de menuiserie ébéniste. Mais j'ai dû abandonner l’atelier parce que le propriétaire en avait besoin. En ce moment, Joe Ouakam m’avait dit « tu peux venir au laboratoire mais qu’est-ce qui t’intéresse ? ».  Je lui ai dit que j’ai mon expérience donc je peux travailler avec ma tête. Il m’a pris sous son aile pendant plusieurs années. C’est pour cela que j’ai eu plusieurs expériences avec les anciens d’Agit’art. Ils m’ont également inculqué plusieurs vertus.  Et le premier, c’est la justice. Etre juste et honnête dans ce que je fais. Ils nous ont enseigné le respect des matières, mais aussi le respect de l’autre. J’ai eu de la chance d’avoir rencontré ces anciens, je les ai côtoyés longtemps. J’ai appris la vertu du compagnonnage.

Vous arrive-t-il  de faire référence à lui dans vos œuvres ?

Joe, je n’ai plus envie de le chercher dans les images. Je l’ai en moi. On ne l’oublie pas. C’est une sorte d’hommage éternel.  Je suis avec son âme.  C’était un grand monsieur pour ce monde. Il nous a appris à respecter l’homme, â être ouvert, il nous a aidé à sortir du racisme.  J’aimais son côté véridique. Il était très humble. Il ne parlait que de l’homme et de l’humanité.

Comment s’est passée la rencontre avec Jennifer ?

Jennifer suivait mon travail avant de me rencontrer physiquement. Un jour, elle m’a appelé et m'a demandé de me voir. On s’est donné rendez-vous à Dakar. Disons qu’on s’est tout de suite compris, notamment parce qu’elle avait déjà une idée de mon travail. Notre rencontre c’était le « Selebe Yoon »

Etes-vous d’accord Jennifer ?

Absolument. Pour moi, cela a été un coup de foudre artistique. La première fois que je l’ai rencontrée, je suis arrivée à 10h du matin, on s’est quitté à 20h. On a discuté pendant des heures. Quand je suis arrivée chez lui, je  lui ai dit « Ah c’est ici ton atelier ? » Il me pointe son corps du doigt et me dit, c’est ici mon atelier.

C’est pour cette raison que vous l’avez choisi pour inaugurer la galerie ?

Oui. Pour cette première expérience, ce sera le travail d’Alioune Diouf.

C’est important de pouvoir dédier toute une exposition à un seul artiste. Parce que cela permet de montrer la diversité de son travail. Cela permettra à Selebe Yoon de pouvoir montrer ses œuvres assez monumentales comme celle qui se trouve dans l’escalier, qui fera plus de 13 mètres de long. C’est assez intéressant de pouvoir lui offrir différentes salles qui vont être utilisées d’une manière différente afin qu’il  puisse s’exprimer.

Qu’est-ce que l’on pourrait retrouver dans cette galerie par la suite ? 

Les artistes viendront s’approprier les murs, l’espace, l’identité et créer des œuvres sur place. Pour qu’il y ait une sorte de synergie entre l’architecture et l’identité du lieu et l’artiste. Il y aura à la fois des artistes sénégalais, mais aussi internationaux. J’ai travaillé pendant cinq ans à New York, j’avais une galerie là-bas.  L’idée est de pouvoir utiliser toute cette communauté d’artistes et d’agents culturels avec lesquels j’ai travaillé.  

Vous avez évoqué votre parcours new-yorkais, pourquoi aujourd’hui Dakar ?

Parce que mon père est né au Sénégal, et y a grandi.  Donc je suis Sénégalaise. C’est vraiment pour ce lien familial.

Comment percevez-vous le travail d’Alioune Diouf ?

Il travaille beaucoup avec toutes les matières qu’il utilise pour sa propre consommation au quotidien, comme du cola, du café, des épices etc. Pour lui, l’art de la récupération est très important autant que la  couture. Il a commencé à travailler avec la couture et la broderie de façon générale, parce qu’il côtoyait un réparateur de machines de couture, il voyait qu’il jetait du textile à chaque fois, et il était intrigué par cette matière et l’a ensuite incorporée dans son travail. C’est comme cela qu’il y a toute une série d'œuvres qui est née de la couture et de la broderie. Même si l’art de la récupération est au cœur de son travail, son processus de création tourne toujours autour du même sujet : l’Homme. L’Homme entouré d’une communauté, pas forcément humaine, mais aussi d’animaux d’éléments cosmiques, végétaux et floraux. Il dit souvent :  ce que je défends, c’est l’Homme.

 

 

 

 

 

 

 

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