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Ibrahima Sarr Directeur général de Multi-Industries Group, concepteur d’une usine nouvelle génération destinée aux premiers vélos électriques assemblés au Sénégal

11/02/2021
Ibrahima Sarr Directeur général de Multi-Industries Group, concepteur d’une usine nouvelle génération destinée aux premiers vélos électriques assemblés au Sénégal


« Nous avons pour ambition d’être un champion industriel africain mais aussi mondial»

Ingénieur en système de production, le directeur général de Multi-Industries Group est l’homme derrière l’assemblage des premiers vélos et scooters électriques au Sénégal. Ibrahima Sarr, par ailleurs directeur des opérations industrielles d’Africa Development Solutions (ADS), mise sur le savoir-faire local et la maîtrise totale de la chaîne de valeur.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je suis ingénieur en système de production. Je suis le directeur général de Multi-Industries Group et le directeur des opérations industrielles d’Africa Development Solution (ADS). J’ai fait tout mon parcours scolaire au Sénégal. Ensuite, je suis parti en France où j’ai vécu 18 ans. J’ai eu plusieurs expériences dans divers secteurs d’activité. J’ai eu une expérience dans le domaine médical, dans une entreprise américaine qui fabriquait du matériel de radiologie dentaire. J’ai travaillé dans l’audio-industriel etc. J’ai eu deux expériences dans l’automobile et dans l’énergie également.

Je suis rentré au Sénégal en 2018. Je travaille pour un groupe panafricain qui s’appelle Africa Development Solutions (ADS), qui est dans plusieurs secteurs d’activités, et actif dans une quinzaine de pays en Afrique. Le groupe a décidé de créer des usines dans le continent, d’ avoir ainsi la maîtrise technologique et créer de l’emploi. C’est pour cela que je suis rentré,  pour mettre en place les premières usines du groupe au Sénégal, à Diamniadio.

Votre entreprise a récemment mis en place les premiers vélos électriques assemblés au Sénégal. Comment vous est venue l’idée ?

ADS a une longue expérience dans tout ce qui concerne les énergies renouvelables, notamment à travers des projets d’éclairage public solaire. Je peux aussi citer le projet Akon Light Africa conçu par Solektra, filiale d’ADS dédiée aux métiers de l’accès à l’eau et à l’énergie. Donc, c’est juste une continuité pour le groupe – et la vision du fondateur, Monsieur Samba Bathily, a toujours été de remonter la chaine de valeur et de créer des activités tout autour de l’énergie solaire sui représente une opportunité majeure pour notre continent. L’assemblage des vélos électriques est une partie de ce projet d’ADS. Nous avons démarré l’assemblage des vélos, des scooters et des tricycles électriques fonctionnant avec des batteries rechargeables à l’énergie solaire à Diamniadio et nous envisageons, d’ici un an, de faire des pick-up électriques.

Il y a deux autres lignes que nous n’avons pas encore démarrées. Il s’agit d’un projet de lampadaires solaires et une ligne d’assemblage d’ordinateurs. Nous faisons dans la recherche/développement. Tous ces projets sont faits avec des partenariats. Nous sommes en train de développer des prototypes d’écrans Led. Tous ces projets ont un lien, et à terme ils pourront être intégrés. C’est un savoir-faire que nous sommes en train de créer localement, d’où le nom Multi-Industries Group. C’est-à-dire « multi-compétences », « multi-secteurs d’activités etc. ». Notre usine polyvalente, avec une équipe elle aussi polyvalente dont les membres peuvent tous être déployés sur l’ensemble des lignes selon les besoins, est l’incarnation parfaite de ce concept. Encore une fois, notre objectif, derrière tous ces projets, c’est d’avoir une maîtrise totale sur la chaîne de valeur.


Comment fonctionnent ces vélos et quelles sont leurs caractéristiques ?

Ce sont des 100% électriques qui marchent avec une batterie au lithium. C’est une batterie qui est intégrée à l’intérieur, derrière un accélérateur, comme sur une moto. Quand vous accélérez, le vélo roule tout seul mais en pédalant, cependant, vous allez plus vite. Dotés d’une autonomie de 30 kilomètres, et rechargeables sur des prises électriques domestiques, ces vélos répondent aux besoins de mobilité verte et fluide dans les mégalopoles africaines, très souvent congestionnées et polluées.

C’est un outil qui a beaucoup d’impacts. Il peut remplacer d’autres moyens de transports comme la voiture, le scooter à essence etc. Il y a le volet social qui est très important, notamment la création d’emplois directs et indirects.

 

À ce jour, quel bilan pouvez-vous tirer de vos productions ?

Nous avons déjà commencé à commercialiser les vélos et les scooters électriques. Nous allons très bientôt lancer les tricycles. Pour l’instant, nous avons démarré par le marché sénégalais, mais l’objectif c’est aussi l’exportation dans la sous-région. Puisqu’on est dans la zone industrielle de Diamniadio, on a vocation à exporter – ce que devrait nous permettre à terme la nouvelle zone de libre-échange continentale africaine qui autorise la circulation sans barrières tarifaires de produits ‘made in Africa’. Au moins 50% de ce que nous produisons vont être exportés. Nous avons d’autres projets d’usine en Afrique. Nous avons également pour ambition d’être un champion industriel africain, mais aussi mondial.

La commercialisation est très récente. Mais je vois qu’il y a beaucoup d’engouement. Nous sommes très sollicités en ce moment par les entreprises comme les particuliers. Pour l’instant, il y a un retour très positif du public sénégalais par rapport aux produits mais aussi la démarche d’industrialisation. Les gens sont heureux de savoir que le Sénégal lui aussi se positionne sur des projets industriels et a la capacité de devenir une référence sur le continent.


Quelle analyse faites-vous de l’écosystème entrepreneurial sénégalais ?

L’analyse que j’en fais c’est qu’entreprendre au Sénégal c’est très difficile, pour plusieurs raisons. À l’école déjà, nous sommes façonnés de telle sorte que beaucoup de gens pensent que la seule issue pour réussir c’est d’avoir un bureau, de travailler dans l’administration etc. Alors que l'entrepreneuriat, c’est la meilleure voie. On a besoin d’entrepreneurs, de grands champions africains qui innovent, qui créent de la valeur, qui créent de l’emploi parce qu’aujourd’hui, l’État sénégalais ne peut pas tout faire . C’est vraiment un volet qui reste à développer, surtout chez les jeunes qui hésitent beaucoup. Je parle de manière globale, parce qu’il y a une bonne frange de la population qui est très entreprenante mais qui manque d’encadrement - et aussi de soutien public, car il faut peut-être imaginer de nouvelles incitations à l’entrepreneuriat.

Il y a cet élan d’entreprenariat, mais souvent ce sont des gens qui le font parce qu’ils n’ont pas le choix. Quand on regarde la jeunesse africaine aujourd’hui, son rêve c’est d’aller à l’étranger, il y a ce problème qui est là. Les gens n’imaginent pas pouvoir réussir chez eux, c’est un gros problème. C’est un gros manque chez la jeunesse africaine. Ils pensent que s’ils ne vont pas en Europe, ils ne pourront pas réussir chez eux, alors qu’on a beaucoup de personnalités qui sont des modèles de réussite qui, malheureusement peut-être, ne sont pas bien mis en avant.  Ces modèles gagneraient beaucoup à parler de leur expérience, à parler de leur vécu. Ces personnalités gagneraient à développer aussi la formation.


Vous avez signé une tribune sur Africa News Agency, dans laquelle vous dénoncez le statu quo industriel en Afrique. Selon vous, qu’est-ce qu’il faut faire pour renverser la tendance ?

Pour moi, un des gros problèmes de l’Afrique, est qu’en tant que pays on est très petits. Quand on voit le fonctionnement de nos différents États, on travaille beaucoup en solo et en silos. On gagnerait à travailler collectivement, en ayant des politiques industrielles communes. On a une population jeune et toutes les ressources naturelles nécessaires pour renverser la tendance. Aujourd’hui, l’on entend souvent dire que « l’avenir c’est Afrique ». Mais on parle de quel avenir ? Celui de l’Afrique ou des autres continents ? On sait tous que demain, c’est en Afrique que les choses vont se jouer, parce que c’est là qu’ il y a les ressources. Donc tous les continents ont les yeux braqués sur le nôtre. C’est à nous de mieux nous structurer, de travailler main dans la main, d’unir nos efforts pour bénéficier de ces retombées.


Quels sont vos projets avec Multi-industries Group ?

Au-delà de l’assemblage des vélos, des scooters et des tricycles électriques, on veut aller vers la confection de voitures. Il y a l’aspect formation qui est très important. Nous avons une académie de formation dans l’usine, où on forme nos opérateurs, nos techniciens et nos ingénieurs. Et tous les mois, nous tenons des sessions de formation sur les systèmes solaires photovoltaïques (construction, dimensionnement, installation). Nous comptons l’accentuer à une échelle beaucoup plus grande. Nous voulons avoir une masse critique de personnes formées qu’on pourra utiliser dans notre usine, mais qui pourront aussi être engagées par d’autres entreprises.

Il faut d’abord consolider nos projets et continuer à grandir et devenir ce champion africain. Notre ambition, c’est de pouvoir concurrencer les grandes entreprises. L’assemblage est juste une étape, mais à terme, nous voulons avoir notre propre bureau d’études, concevoir nos produits de A à Z.

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