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"j’ai voulu mettre de la lumière dans l’anti chambre des joueurs comme Sadio Mané,"

12/02/2021
"j’ai voulu mettre de la lumière dans l’anti chambre des joueurs comme Sadio Mané,"


C’est la production qui a le vent en poupe en ce moment. Doomi Gaindé raconte l’histoire d’Assane, passionné de foot, qui veut suivre les pas de son idole, l’international sénégalais Sadio Mané. Intelligences est allé à la rencontre de son producteur, le rappeur M.A.S.S., qui nous livre quelques secrets autour de la série.

Après une carrière dans le rap, on vous retrouve dans la production de séries. Avez-vous toujours nourri un intérêt pour la production ?

Ce que les gens ne savent pas, c’est que le rap n’est pas mon premier métier. Je suis d’abord un technicien de l’audiovisuel. C’est par-là que j’ai commencé, avec les bandes dessinées, avant d’embrasser une carrière dans le rap. Comme le rap est plus visible et qu’on a eu la chance d’avoir du succès national et international, cet aspect de ma vieest le plus connu. Mais j’ai débuté dans la production.

Votre dernière série, “DoomiGaindé”, connaît un franc-succès.  L’intrigue tourne autour du football, un thème inédit  au Sénégal pour une série. Qu’est-ce qui explique ce choix ?

Tout simplement parce que le football suscite un intérêt certain au Sénégal, particulièrement chez la gente masculine. Tous les hommes s'intéressent au foot au Sénégal. Si vous remarquez, les enfants portent tous des maillots. Une question s'impose :pourquoi le Sénégal, avec une démographie assez petite, sur l’échelle de l’Afrique, réussit à être pendant des années durant, l’une des meilleures équipes du continent,  et à s'imposer aussi dans les plus grands championnats du monde ? C’est la question qu’il faut se poser. Je pense que la réponse se trouve dans nos quartiers, où les jeunes s'intéressent au football. Si tu te rends dans nos quartiers, les jeunes jouent tous les après-midis au football. À  travers cette pratique sportive, j’ai voulu mettre de la lumière dans l’anti chambre des joueurs comme Sadio Mané, c’est-à-dire des joueurs qui sont issus des quartiers défavorisés et qui touchent le sommetau plan mondial

Au-delà du football, vous abordez la problématique de l’émigration avec le personnage principal, le petit Assane. Vous teniez à sensibiliser sur le sujet ?

C’est un sujet qui vient un peu plus tard dans la série. Sur cette question, j’ai un avis mitigé. Je me dis que le droit d’émigrer est garanti pour tous. Chacun peut bouger et aller où bon lui semble. La liberté de se déplacer est consacrée par les droits de l’homme. Les jeunes ont le droit d’aller voyager s’ils trouvent qu’ils peuvent se réaliser ailleurs. Comme les Occidentaux ont aussi le droit de se rendre  en Afrique. La question a été abordée dans la série à travers le personnage de Momar qui, jusqu'à l’épisode 9, porte le même maillot. Son histoire, c’est que son père est mort en mer, et sa maman,qui n’a plus le temps de s’occuper de lui, ne s’est pas rendu compte qu’il ne se rend plus dans l’atelier de menuiserie dans lequel elle l’a inscrit.

Comme Assane, beaucoup de jeunes rêvent de faire carrière dans le football et caressent l’idée d’avoir une destinée comme Sadio Mané. Mais il se voit obligé d’émigrer pour réaliser son rêve. Cela veut-il dire qu’il n’y a pas d’autres alternatives ?  

L’illustration parfaite, c’est l’histoire de ce père qui a embarqué son fils sur une pirogue pour rejoindre l’Europe, pour qu’il puisse y mener une carrière dans le football, mais malheureusement  l’enfant est décédé en mer. Il y a eu le procès du parent, qui a été condamné avec sursis (Affaire du petit Doudou Faye.) Le parent était convaincu que, s’il restait au Sénégal, il n’avait pas de chance de réussir, au point de risquer sa vie pour que son fils puisse aller en Espagne.  Si vous voyez So Mané réussir à l’international, sachez qu’il y a dix ou vingt Sadio Mané qui sont dans l’antichambre, et qui n’ont pas pu réussir, par manque de chance, d'occasions, de moyens  pour pouvoir montrer leur savoir-faire. Tous les sportifs, toutes disciplines confondues, sont convaincus que, s’ils restent au Sénégal, ils ne peuvent pas vivre de leur talent. L’exemple de Ken Ndoye l’illustre parfaitement. C’est une championne d’Afrique qui a représenté le Sénégal dans de grandes compétitions. Aujourd’hui, elle est clouée au lit et il aura fallu un appel désespéré sur les réseaux sociaux pour que les autorités  puissent la prendre en charge.  

La maman d’Assane est très portée sur l’éducation de son fils. Son père est plus en retrait. Est-ce un choix de mettre l’accent sur la maman dans ce rôle ?

Oui c’est un choix. Parce que dans la banlieue, il faut se rendre compte d’une chose, beaucoup de mères de familles vendent à l’étalage, se lèvent très tôt pour aller dans les marchés pour vendre du poisson ou des légumes. Ce sont des femmes qui se dévouent pour leurs enfants au point de s’oublier. Les papas, parfois, s’impliquent moins. Il y a ceux qui se donnent le luxe de ne pas se préoccuper de la proveance de l’argent de la popote. Tandis que les mamans ne peuvent pas laisser leurs progénitures avoir faim. Nous avons donc pris le parti de  prendre le genre de famille où la maman se dévoue pour nourrir ses enfants. Dans le film, par exemple, on voit que le papa est instruit. Il passe ses journées à lire, alors que sa femme n’a pas fait les bancs. Mais il refuse de faire certains métiers, parce que pour lui, c’est comme se rabaisser, alors que la maman n’a aucune honte de vendre à l’étalage.

Une deuxième saison est-elle prévue pour la série?

 Pour le moment, la série est prévue pour une saison, mais on a laissé des ouvertures. Parce que c’est une série, dont le thème, comme vous l’avez souligné, sort des sentiers battus. Là, on montre le Sénégal. Pour le moment, nous avons des difficultés pour avoir des sponsors, même si nous avons refusé l’offre de sponsoring de produits qui ne correspondent pas à notre éthique. Mais j’espère qu’on aura d’autres sponsors, lorsque la série sera diffusée sur la 2stv bientôt.

 Justement, comment se porte la production au Sénégal, en termes de financement?

 C’est vrai que ce n’est n’est pas évident. La série a été financée sur fonds propres. Level studio est une maison de production qui possède ce qu’il faut en termes de matériels. Mais pour les autres frais, comme le paiement des artistes, nous avons dû nous débrouiller financièrement. Nous avons monté un dossier pour le Fopica(Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle.) Mais il faut dire que c’est assez rare de voir des productions sénégalaises, qui abordent des thèmes engagés, être financées ou soutenues. Alors que pour le cinéma, il faut que certaines réalités puissent être portées à l’écran, et que l’on ne fasse pas toujours dans la promotion des stéréotypes. Pour moi, c’est un sacerdoce, même si je suis conscient que cela ne sera pas facile.  

Propos recueillis par Scheina ADAYA

 

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