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DOSSIER SPECIAL

Hamidou Anne

28/04/2021
Hamidou Anne


La jeunesse est au cœur de ses pensées, et les questions sociales sont ses sujets favoris. Le chroniqueur et essayiste Hamidou Anne donne, pour Intelligences, son point de vue sur les récentes manifestations qui ont secoué le Sénégal. 

 Durant les derniers événements qui ont remué le Sénégal, les jeunes ont eu une place prépondérante en allant au front. Estimez-vous qu’ils étaient dans leur plein rôle?  

L’âge médian au Sénégal est de 19 ans. Aussi, 70% de la population sénégalaise a moins de 30 ans. Ces chiffres montrent que les jeunes sont majoritaires dans le corps social. Il s’y ajoute que c’est l’âge de la vitalité, de la vigueur et du rêve pour un devenir meilleur. Les jeunesses sénégalaises, dans la diversité de leurs composantes, ont investi la rue pour des significations différentes qui se regroupent tout de même dans la contestation d’un ordre politique et social qui ne leur convient pas. 

Mais au-delà des revendications diverses, ils se sont également rendus coupables de plusieurs actes de vandalisme. Pour vous, c’est une relation de cause à effet des tensions sociales? 

Dans toute manifestation de foule, surgissent des débordements inhérents à l’acte d’investir la rue. Il s’y ajoute aussi la présence, dans les manifestations, d’individus mus par autre chose. Mais j’ai davantage observé des foules rieuses, enthousiastes, armés de notre drapeau et de slogans politiques qui exigeaient la justice et le progrès démocratique. Les jeunesses dans les rues, lors des événements du mois de mars, ont montré leur soif d’être gouvernées autrement, avec davantage de respect et d’écoute. 

Vous avez déclaré dans une tribune au Point, qu’il “y a des jeunes qui ont soif de démocratie et de liberté”. Au Sénégal, la démocratie est-elle en danger? 

Le Sénégal est une démocratie de faible intensité. Mais ce n’est nullement une dictature comme je l’entends et le lis souvent dans les rangs de l’opposition ou de la société civile. Les termes sont importants, et l’escalade verbale cache souvent une vacuité intellectuelle et politique. Mais la démocratie n’est jamais établie définitivement. Ceux qui gouvernent, et c’est une règle immuable de la démocratie, ont toujours la tentation de réduire l’expression des libertés publiques. D’où l’importance de maintenir vif le combat pour le renforcement des libertés publiques, de la participation citoyenne, de la sacralité du débat contradictoire et du respect des règles entre les divers acteurs qui partagent l’espace public. 

Dans cette même tribune, vous semblez compatir à la souffrance des jeunes tout en leur rappelant leur possible déviance. Comment éviter que la jeunesse, considérée comme un atout, ne devienne une bombe sociale au Sénégal?

 La jeunesse n’est pas uniquement un atout. C’est d’ailleurs une posture politique hémiplégique que j’ai toujours contestée. Elle constitue un potentiel fabuleux pour un pays comme le nôtre qui veut tracer un destin vers davantage d’inclusion démocratique et de progrès économique et social. Mais au regard des chiffres sur l’emploi, l’éducation nationale, la formation professionnelle, et compte tenu de l’exclusion des jeunes des instances de délibération politique, l’état de la jeunesse sénégalaise est un défi pour les élites politiques, économiques et religieuses. Les inégalités persistent dans notre pays. La politique est un moyen rapide d’enrichissement. Malgré les effets d’annonce, l’école et la culture sont délaissées par les élites politiques. À ce cocktail s’ajoute l’instrumentalisation d’une partie de la jeunesse par des populistes, des  entrepreneurs identitaires et des mentors complotistes. Tout ceci attise une bombe sociale dont l’explosion est à craindre dans les prochaines années. 

 

*Hamidou Anne est haut-fonctionnaire et écrivain. Il est l’auteur de Panser l’Afrique qui vient (Présence Africaine, 2019) et de Amadou Mahtar Mbow : une vie, des combats (Vives Voix, 2019)

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