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Silvia Danailov, Représentante de l'Unicef au Sénégal : “C’est la vaccination qui peut nous aider à mettre fin à l’épidémie de covid-19”

07/05/2021
Silvia Danailov, Représentante de l


Le 24 Juin 2019, Silvia Danailov a officiellement pris ses fonctions au Sénégal, au moment où le Bureau de l’Unicef entamait un nouveau Programme de coopération avec le Gouvernement, pour la période 2019-2023. L’UNICEF soutient activement le Sénégal dans des questions telles que la protection de l’enfant, l’éducation, la santé, l'eau, hygiène et assainissement et la nutrition.  L’agence onusienne joue notamment une partition active dans la lutte contre la pandémie de COVID-19 à travers l’initiative COVAX, l’appui à la riposte nationale par la prévention et le contrôle de l’infection et d’autres actions de prévention au niveau des communautés. Dans cet entretien, Mme Danailov, née en ex-Yougoslavie et ayant grandi aussi en Suisse, détaille toutes ces actions menées pour garantir la résilience du Sénégal, notamment celles des catégories les plus vulnérables comme les enfants, face à l’épidémie, et évoque les réformes indispensables à mener pour renforcer la protection des enfants. 

Vous avez participé au Conseil présidentiel pour l’emploi et l’insertion des jeunes. Quelle sera la partition de l’Unicef dans le financement du Programme d’urgence ?

Effectivement, j’ai eu la chance de pouvoir représenter les partenaires au développement du Sénégal au Conseil présidentiel sur l’emploi et l’insertion socio-économique des jeunes. J’ai fait une déclaration, au nom de tous, sur les domaines où l’ensemble des partenaires vont continuer de soutenir le gouvernement, notamment ceux sur lesquels l’UNICEF va aussi s’impliquer. Premièrement, c’est cette dynamique très positive de dialogue avec les jeunes, car il est essentiel que les jeunes puissent être consultés dans toutes les prises de décisions de politiques publiques et considérés comme des partenaires dans les programmes. Ils doivent être vus comme porteurs de solutions et de changement et pas des bénéficiaires passifs. Ensuite, nous allons continuer à renforcer cette dynamique sur les éléments importants du mandat de l’UNICEF concernant l’éducation des enfants et des adolescents, car si nous voulons parler d’emplois et de jeunes qui puissent être insérés, on se doit d’insister sur l’importance de l’accès à une éducation de qualité et l’acquisition des compétences de base nécessaires à l’employabilité. 

Nous allons soutenir toutes ces initiatives pour permettre aux adolescents et aux jeunes d’être bien éduqués, formés, de pouvoir bénéficier de passerelles entre l’enseignement, la formation et l’emploi, et ainsi de pouvoir intégrer plus aisément le marché du travail. Nous allons aussi continuer à soutenir le gouvernement, avec l’ensemble du Système des Nations Unies, pour poursuivre le développement d’une stratégie jeunesse. Le PSE/jeunesse et les questions holistiques de la santé, la protection des jeunes, l’accès aux services, la participation à la citoyenneté, les sports et la culture, qu’il englobe, sont extrêmement importants. J’ai écouté avec beaucoup d’attention la présentation du Programme d’urgence pour l’emploi et l’insertion socio-économique des jeunes, dénommé « XËYU NDAW ÑI », et maintenant, avec tous les partenaires, nous allons voir comment mieux soutenir techniquement et financièrement le gouvernement mais aussi les partenaires nationaux, y compris les collectivités territoriales. 

“Les risques de violences et de pratiques néfastes à l’encontre des enfants sont accrus dans le contexte de l’épidémie de COVID-19.”

Cela fait maintenant plus d’un an que la pandémie de COVID-19 sévit au Sénégal. Quel a été son impact sur la catégorie particulière que constituent les enfants ? 

L’impact de la Covid-19 chez les enfants a été direct, mais surtout indirect. Direct en ce sens qu’aujourd’hui nous avons près de 40.000 personnes qui ont été infectées par le virus en fin avril au Sénégal, et à peu près 08% ont été des enfants (moins de 18 ans), dont les symptômes étaient légers. Donc l’impact direct s’est plutôt fait sentir sur les personnes âgées. Lorsqu’un adulte décède, la famille et les enfants souffrent directement. L’impact continue surtout à être indirect et l’impact socio-économique de la Covid-19 s’est fait ressentir chez les familles vulnérables qui étaient déjà pauvres et qui continuent à s’appauvrir. La croissance économique a été ralentie. Nous sommes préoccupés par la paupérisation de certaines familles, et du coup l’impact sur les jeunes. Plus de 8 familles sur 10 ont vu une baisse de leurs revenus. 

En ce qui concerne l’accès à l’éducation, l’année passée, l’école a été fermée pendant de nombreux mois affectant ainsi 3,5 millions d’élèves. Malgré toutes les initiatives de reprises et de rattrapages scolaires qui étaient positives, les effets de la Covid 19 demeurent lourds et continuent d’affecter les enfants les plus vulnérables. Certains de ceux qui ont repris l’école ont des difficultés d’apprentissage. En temps normal, au Sénégal, près de 1,5 million d’enfants sont hors du système scolaire. Avec la Covid-19, les inégalités vont malheureusement se creuser. Les enfants vont être parmi les plus vulnérables et ne bénéficient pas toujours du soutien nécessaire pour continuer leur scolarité. 

En plus de constituer un obstacle à l’accès universel à l’éducation, la fermeture des écoles impacte négativement la qualité des apprentissages et le bien-être des enfants. Dans cette situation, ce sont les plus vulnérables et ceux qui ne peuvent accéder à l’enseignement à distance qui paient le lourd tribut avec un risque immense de ne jamais reprendre le chemin de l’école. Les enfants en situation de handicap et les filles sont les plus exposés (exclusion / mariages et grossesses précoces, etc.)

Nous avons vu aussi un impact de la crise sur l’accès à la santé et aux services sanitaires au début de la pandémie. Il y avait beaucoup de craintes d’aller dans les hôpitaux et de se faire vacciner. Les gens restaient à la maison. Il y a eu une augmentation des accouchements à la maison, avec tous les risques que cela entraîne. Avec la maîtrise de la pandémie et beaucoup d’efforts consentis par le gouvernement, l’UNICEF et les partenaires, l’accès aux services va pouvoir continuer. 

Il y a aussi un autre domaine qui a impacté les enfants. C’est l’augmentation des risques de violences au sein des familles et communautés, en particulier à l’encontre des femmes mais aussi des enfants, compte tenu du stress et des difficultés socio-économiques induits par le contexte de la pandémie. Nous avons pu le constater à travers une enquête rapide menée auprès des ménages mais aussi de l’augmentation du nombre d'enfants en situation de risques qui ont été détectés et secourus par les services. Les besoins de protection sont importants. 

Malgré ces difficultés, je voudrais féliciter le gouvernement et tous les partenaires du Sénégal pour les mesures décisives prises dès le début de la crise. La réponse médicale a été très forte. On a pris action rapidement. Aussi, à travers le Programme de Résilience Économique et Sociale, le gouvernement a beaucoup investi en se focalisant sur les familles les plus vulnérables, sur le secteur privé, la relance économique. 

“L’UNICEF a fourni à près de 6.000 établissements scolaires du matériel d’hygiène et des dispositifs de lavage des mains. Nous avons touché plus d’un million d’enfants à travers ces initiatives.”

Quelles ont été les principales actions menées par l’UNICEF pour accompagner l’État du Sénégal dans la riposte contre l’épidémie? 

Dès le départ, nous nous sommes impliqués pour soutenir le gouvernement. Notre engagement s’est manifesté à plusieurs niveaux. Tout d’abord sanitaire et médical. Nous avons très rapidement soutenu le gouvernement avec du matériel, de l’équipement pour les agents de santé avec des concentrateurs d’oxygène qui sont importants pour toutes les victimes de la Covid-19. Ensuite nous nous sommes beaucoup concentrés sur la prévention de l’épidémie dans les écoles, les structures de soins... les gestes barrières, la communication et la mobilisation sociale pour informer toute la population. 

Par exemple, l’UNICEF a fourni, à près de 6.000 établissements scolaires, du matériel d’hygiène et des dispositifs de lavage des mains. Nous avons touché plus d’un million d’enfants à travers ces initiatives. 

Nous avons aussi soutenu les dispositifs de protection au niveau local. En 2020 ce sont plus de 7.000 enfants victimes ou en situation de détresse qui ont accédé à des services de protection. En particulier nous avons soutenu les efforts du gouvernement pour identifier et secourir les enfants privés de protection parentale ou en situation de rue, victimes de violence ou confrontés à des risques majeurs pour leur santé et leur développement et aider à leur réintégration en famille. Ces efforts vont continuer. Nous avons aussi beaucoup contribué aux actions de mobilisation sociale et de communication pour informer la population. Au niveau local, les leaders communautaires et les acteurs locaux se sont beaucoup mobilisés pour la protection des enfants.  

Le Sénégal a reçu ces premières doses de vaccins contre la COVID-19. L’Unicef a joué sa partition à travers l’initiative Covax notamment. Comment appréciez-vous le déroulement de cette campagne ?

L’UNICEF, avec l’OMS, l’Alliance mondiale pour les vaccins (GAVI) et tous les autres partenaires, fait partie du mécanisme Covax pour assurer l’accès équitable à tous les vaccins pour tous les pays qui en ont besoin. Pour nous, c’est important, car nous sommes l’agence qui approvisionne, achète les vaccins et les fournit aux pays. Nous avons une expérience pour l’achat et surtout l’identification de vaccins au niveau mondial. Nous avons pu acheminer 324.000 doses de vaccins dans un premier lot au Sénégal, il y a plus d’un mois. 

Nous continuerons à soutenir le gouvernement pour avoir accès aux vaccins et pour mettre en œuvre des activités de vaccination, car c’est seulement avec la vaccination que nous pourrons vaincre l’épidémie. On peut prévenir les infections, investir pour la prise en charge adéquate des malades, mais la vaccination est un pilier majeur qui va permettre de vaincre cette épidémie. 

La campagne de vaccination a été lancée avec le soutien des plus hautes autorités du pays. Il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour le déroulement de cette campagne, pour que toutes les populations aient confiance et se fassent vacciner. Nous avons malheureusement vu beaucoup de fausses informations, pas uniquement au Sénégal mais partout dans le monde, par rapport à ces vaccins. Les gens ont parfois peur des effets secondaires du vaccin, mais je dois dire que l’UNICEF, l’OMS et tous les partenaires et les experts internationaux montrent que les bénéfices sont beaucoup plus élevés que les risques. Nous faisons tout pour soutenir le Ministère de la Santé à s’assurer que les effets secondaires soient suivis et que les risques soient minimes. 

“40% des enfants en âge de scolarité n'ont pas accès à l’éducation. Ce qui constitue véritablement un grand défi.”

Justement, on a vu sur les réseaux sociaux des parents d’élèves, notamment, manifester leurs réticences face à ces vaccins par rapport aux enfants, qui ne sont pas, par ailleurs, des cibles prioritaires. Mais n’y a-t-il pas là une nécessité de mener une véritable campagne de sensibilisation ?

Nous y travaillons avec les autorités. Il y a un plan de communication qui a été élaboré et qui est en cours de mise en œuvre par le gouvernement, inclut tout un volet de communication digitale pour pouvoir tracer toutes ces rumeurs et donner l’information juste. Nous travaillons aussi sur ce volet avec d’autres partenaires tels que, par exemple la Croix-Rouge sénégalaise, ou des organisations de jeunes très actives. Ainsi, nous avons été récemment à Ziguinchor pour travailler avec les communautés et avoir un dialogue avec différents membres, afin de les rassurer sur certaines rumeurs et craintes.

Nous avons mis en place ces éléments de réponse, parce que le débat est toujours sain. C’est pourquoi nous avons ces mécanismes digitaux de mobilisation sociale. Ils doivent être accélérés. On doit donner des réponses adéquates et poursuivre la mobilisation de toutes les autorités politiques, religieuses, traditionnelles, tous les influenceurs dans la société, pour le bien fondé de la vaccination. Parce que sans les vaccins, on ne mettra pas fin à l’épidémie et si nous ne mettons pas fin à l’épidémie, il y aura un impact très négatif sur la société et surtout sur les enfants. 

Juste préciser que la stratégie vaccinale mise en œuvre actuellement partout ailleurs y compris le Sénégal est de vacciner premièrement les cibles prioritaires c'est à dire les personnes vulnérables. Et cela concerne les personnels soignant de première ligne, les personnes âgées de plus de 60 ans, les personnes présentant les comorbidités âgées de 19 à 60 ans et plus. Secondairement toutes les personnes en dehors des jeunes enfants, selon la disponibilité des vaccins. Les jeunes enfants (de 0 à 16 ans) étant moins vulnérables à cette pandémie, ils ne sont pas concernés par cette vaccination.

Les messages clés à retenir pour cette vaccination sont les suivants : 

  • Soutenons la vaccination contre la Covid-19, pour arrêter la transmission et sauver des vies
  • Soutenons la vaccination des personnes âgées de plus de 60 ans et les 19- 60 ans vivants avec des maladies chroniques à adhérer à la vaccination contre la Covid-19

 Madame la représentante, l’éducation est l’une des victimes collatérales de la pandémie. Récemment, la Directrice générale de l’UNICEF a fait un plaidoyer pour le maintien de l’ouverture des écoles. D’après vous, comment garantir la sécurité sanitaire des structures scolaires ?

Pour les enfants, c’est extrêmement important d’avoir accès à l’éducation. On voit que lorsque les écoles sont fermées, les enfants deviennent plus vulnérables. Ceux qui ont, notamment, déjà des difficultés pour avoir accès à l’école, vont décrocher et souvent ces enfants ne reviennent pas dans le système scolaire. Donc les bénéfices de l’éducation sur l’équité et l’accès des enfants à la scolarité sont beaucoup plus grands que les risques. Bien sûr, nous avons dû mettre en place beaucoup de mesures pour garantir la sécurité sanitaire des écoles. Ici au Sénégal, beaucoup d’efforts ont été réalisés pour qu’il y ait une continuité des enseignements-apprentissages, mais aussi pour que les écoles rouvrent le plus rapidement possible avec, par exemple, la mise à disposition de dispositifs de lavage des mains, la sensibilisation sur les mesures barrières, le port du masque dans les écoles, une certaine distanciation physique. Et nous continuons de soutenir le Ministère de l’Éducation nationale dans ce sens. Ce n’est pas facile mais des efforts sont en cours avec les partenaires pour améliorer sensiblement la dotation de toutes les écoles en dispositifs de lavages des mains et améliorer les équipements pour l’hygiène et la salubrité.  Quelques fois, les effectifs dans certaines classes ne permettent pas la distanciation physique, mais il n’empêche qu’on voit vraiment les bénéfices de garder les écoles ouvertes et d’assurer la continuité de la scolarité pour tous les enfants.

« L'UNICEF plaide pour l’adoption du projet de Code de l’Enfant pour une meilleure protection des droits des filles et garçons, conformément aux engagements internationaux de l’Etat du Sénégal » 

Cela fait maintenant deux ans que vous êtes à la tête du bureau de l’UNICEF au Sénégal, quelle appréciation faites-vous de la situation des enfants ?

Quand j’ai pris fonction au Sénégal, nous célébrions les trente ans de l’adoption de la Convention Internationale des Droits de l’enfant. Depuis lors, jusqu’à présent, je constate vraiment tous les efforts qui ont été mis en œuvre par les autorités pour assurer la centralité des enfants dans toutes les politiques publiques. Par exemple le PSE, PAP 2A, toutes les politiques de riposte à la crise de la COVID-19, dans l’éducation et la santé prennent en compte la question de l’enfance. Un enfant, qui naît aujourd’hui au Sénégal, a 70% de chance  de survivre qu’il y a plus de trente ans. Beaucoup d’investissements ont été faits dans les domaines de l’assainissement, de l’accès à l’eau potable, pour que les enfants grandissent dans un environnement adéquat. Je pense qu’il y a néanmoins encore des défis. Pour moi, le grand défi, c’est le secteur de l’éducation. Malheureusement, même avant la pandémie de la COVID-19, 40% des enfants en âge de scolarité n'avaient pas accès à l’éducation. Parfois, la qualité n’est pas aussi à la hauteur pour les enfants qui sont dans le système scolaire.

Il est extrêmement important de continuer les investissements dans le secteur de l’éducation pour améliorer l’accès à une éducation de base de qualité qui offre à tous les apprenants les compétences fondamentales à leur épanouissement. Nous continuons à travailler avec le gouvernement dans ce sens. De nombreuses et très bonnes initiatives ont été mises en place durant cette crise, qui mériteraient d'être poursuivies. A titre d’exemple, je tiens à saluer l’initiative « apprendre à la maison » du Ministère de l’Éducation nationale qui a permis de mettre en œuvre des alternatives diversifiées de continuité pédagogique : du télé-enseignement au programmes radiophoniques en passant par les cours en ligne et la mise à disposition de fascicules, rien n’a été laissé en rade pour toucher les plus vulnérables y compris ceux en situation de handicap qui ont bénéficié de supports adaptés. C’est aussi le lieu de saluer la position de l’État de rouvrir les écoles et d’avoir préconisé un protocole sanitaire en milieu scolaire ainsi que la prise de dispositions en termes de dispositifs de lavages des mains et de kits d’hygiène que l’Unicef a aussi soutenu également.

“Au Sénégal, une fille sur quatre est mariée avant l’âge de 18 ans. Une fille sur sept est victime d’excision. Une fille sur cinquante est victime de violences sexuelles. Ces violations de droits ont des conséquences dramatiques dans la vie des victimes et ont un impact sur le développement du pays.”

Un autre point important concerne la protection des enfants contre les violences et les pratiques néfastes. Au Sénégal, une fille sur quatre est mariée avant l’âge de 18 ans. Une fille de moins de 15 ans sur sept est victime d’excision. La violence faite aux enfants est répandue et encore peu reconnue. Dans la région de Dakar, un enfant de moins de 15 ans sur quatre est victime de violences physiques graves. Dans le pays ce sont plus de 16.000 filles de 15-17 ans qui ont déjà été victimes de violence sexuelle dans leur vie (soit plus d’une sur cinquante). Toutes ces situations constituent des violations des droits de l'enfant, elles ont des répercussions dramatiques dans la vie des victimes, et ont un impact sur la société et le développement du pays. C’est le lieu ici de saluer les efforts du Ministère en charge de la protection de l’enfant, mais aussi du Ministère de la justice, de l’Education nationale, de la Santé et de l’Action sociale, qui ont commencé à engager et renforcer leurs services et institutions pour réduire et répondre aux risques de violence à l’encontre des enfants. Il y a également la problématique de la mendicité forcée des enfants. Sur ce point, le gouvernement, ainsi que la société civile, ont enclenché des dynamiques très positives. Je pense que, dans ce sens, il serait utile pour le Sénégal de parachever le processus d’adoption de la loi relative au statut des daaras au Sénégal et de poursuivre les efforts de leur modernisation. Cela permettrait aux apprenants des daaras, de bénéficier, de la manière la plus adéquate possible, des opportunités qu’offrent le système éducatif et la formation professionnelle. C’est aussi le lieu de souligner la nécessité de faire aboutir le projet de code de l’enfant pour une meilleure protection des droits de l’enfant en phase avec les engagements internationaux de l’Etat du Sénégal. Je pense qu'en dernier lieu, en plus de l’éducation et la protection, il faut investir sur les programmes sociaux. Ce n’est certes pas facile vu le contexte actuel. Lorsqu’il y a une crise, le budget national diminue, et il faut faire des choix sur là où le gouvernement va continuer à investir. Donc c’est important, justement en temps de crise, de continuer et même de renforcer les investissements dans les secteurs sociaux, dans le secteur de l’éducation, de la santé, mais aussi les systèmes de protection sociale pour les familles les plus vulnérables et en faveur des jeunes. Ça, ce sont vraiment des points sur lesquels nous continuons de soutenir le gouvernement. 

“Il serait important pour le Sénégal d’adopter la loi sur la modernisation des daaras. Ça permettrait aux daaras d’être intégrés dans le système éducatif.”

Est-ce que vous estimez que tous ces points que vous venez d’énumérer peuvent permettre d’éradiquer le phénomène des enfants de la rue qui est assez persistant au Sénégal? 

La COVID a été une nécessité pour tous les partenaires, sous le leadership du gouvernement et surtout le Ministère de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection Sociale, d’accélérer le programme de retrait des enfants de la rue. À ce jour, il y a plus de 5.000 enfants qui ont été identifiés et réintégrés dans leur famille. La majorité des familles concernées sont sur le territoire national, mais pour certains enfants il s’agissait de retour et réunifications transfrontalières. –Pour tous ces enfants, il s’agit de leur donner une chance de vivre en famille, et aussi d’accès à l’éducation et à l’insertion socioprofessionnelle. Ces initiatives doivent vraiment continuer et s’accélérer. Récemment, j’étais en visite et j’ai pu m’entretenir avec les préfets de Bignona et de Kolda, et j’ai pu voir les efforts réalisés au niveau des collectivités territoriales pour que les enfants puissent être réintégrés dans leurs familles. Maintenant, c’est vraiment important de continuer ces efforts, mais aussi de renforcer la prévention, et de mettre un cadre pour standardiser certaines approches. Donc, l’adoption de la loi dite de la modernisation des daaras, et le code de l’enfant, seraient vraiment utiles au Sénégal pour pouvoir soutenir ces efforts nationaux à moyen terme. Il s’agit aussi de renforcer l’accès des enfants vulnérables aux structures d’éducation afin qu’ils puissent suivre une instruction, sans avoir à être séparés de leurs parents, des familles vulnérables aux programmes de protection sociale, et de communiquer aussi davantage sur les besoins de l’enfant de vivre et grandir en famille. Nous l’avons vu l’année dernière, dans le cadre de la réponse à la Covid-19, il y a une forte conscience et motivation au niveau local, de la part des acteurs locaux et responsables communautaires pour que les enfants ne soient plus exposés à des situations de négligence, d'abus ou d'exploitation. Nous continuons d’encourager et soutenir les efforts nationaux dans ce sens.

"L’enjeu ici aussi est que le Sénégal atteigne les objectifs qu’il s’est fixés dans le PSE et soit au rendez-vous des Objectifs de Développement Durable en 2030 sur ces différentes problématiques"

Madame la Représentante, au-delà de ce problème, quelles sont les autres priorités que vous avez identifiées concernant la protection de l’enfance et qui méritent une attention particulière ? 

En plus des questions d’accès à l’éducation, à la santé, les questions de protection de l’enfance de manière générale sont effectivement importantes. J’ai mentionné tout à l’heure la question des violences faites aux enfants et de l’excision des filles. Je voudrais ici mentionner aussi la question de l’état civil et l’enregistrement des naissances. C’est extrêmement important de continuer les investissements dans ce secteur. Chaque enfant a droit à une identité, et aujourd’hui nous voyons qu’à peu près un enfant sur quatre n’est pas enregistré à sa naissance. Cela engendre des difficultés pour toute la vie. Cela a aussi un impact sur la planification des politiques sociales et le fonctionnement des institutions. Je l’ai dit tout à l’heure, beaucoup d’investissements ont été faits, mais les questions de protection des enfants méritent des efforts intensifiés et d’avoir un budget plus élevé. Pour pouvoir vraiment prévenir les violences, l’excision, le mariage d’enfant et accélérer l’enregistrement des naissances, identifier les filles et garçons en situation de risques et répondre à leurs besoins. L’enjeu ici aussi est que le Sénégal atteigne les objectifs qu’il s’est fixés dans le PSE et soit au rendez-vous des Objectifs de Développement Durable en 2030 sur ces différentes problématiques. 

Pour finir, cette année, l’UNICEF va fêter, au niveau global, ses 75 ans d’existence. Nous espérons que nous pourrons aussi célébrer cet anniversaire ici au Sénégal, faire un état de la question, continuer de voir comment nos efforts et mobilisation impactent positivement toutes les filles et les garçons du pays et comment nous pouvons accélérer les efforts en faveur des enfants et jeunes, en particulier les plus vulnérables. 

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