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DOSSIER SPECIAL

"Il faut apporter des réponses précises et efficaces aux préoccupations de la jeunesse"

10/05/2021
"Il faut apporter des réponses précises et efficaces aux préoccupations de la jeunesse"


"Les projections démographiques réalisées par l'agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) suite au dernier recensement général de la population et de l'habitat, de l'agriculture et de l'elevage (RGPHAE) de 2013 estiment la population du Sénégal en 2020 à 16 705 608 habitants. Cette population est caractérisée par sa jeunesse, avec une moyenne d'âge de l'ordre de 19 ans. Les jeunes (en âge de travailler, selon le système de comptabilité nationale des Nations Unies) de 15 à 35 ans sont estimés à 5 666 033; soit un tiers de la population en âge actif et en recherche d’opportunités de formation et d’emploi et de ressources économiques. 

Cette jeunesse de la population est observée dans la quasi-totalité des pays du continent, notamment en Afrique subsaharienne. Si l’on prend en compte ceux de moins de 15 ans, les jeunes représentent plus de 50% de la population dans la majeure partie des pays du sud du Sahara, y compris au Sénégal.  

“Les jeunes sont confrontés à plusieurs défis, dont la scolarisation, le déficit de spécialisation, la précarité de l’emploi, la migration irrégulière, la radicalisation violente, la criminalité, entre autres”

Cependant, cette forte masse de la population peut constituer un réel fardeau pour les pays en développement, tel que le Sénégal. En effet, les jeunes sont confrontés à plusieurs défis, dont la scolarisation, le déficit de spécialisation, la précarité de l’emploi, la migration irrégulière, la radicalisation violente, la criminalité, entre autres. 

Il faudrait donc définir quelques approches qui pourraient faire de cette jeunesse une véritable opportunité. Ceci nous fait penser qu’il est indispensable de faire recours à une approche holistique, sans analyser et traiter les défis mentionnés ci-dessus de façon isolée. Donc, un certain nombre de leviers pourraient contribuer à tirer profit de la jeunesse de la population du Sénégal.   

D’abord le levier de l’instruction et de la qualification : Le rapport sur la situation économique et sociale du Sénégal en 2017 – 2018 révèle que la population jeune en âge de travailler est faiblement instruite. En effet, « 55,4% et 57,7% de la population en âge de travailler, respectivement en 2017 et 2018, n’ont jamais fréquenté l’école et 16,5% ont le niveau primaire. Le faible niveau d’instruction de la population en âge de travailler est plus accentué en milieu rural où plus de 85% ont, au plus, le niveau primaire. La proportion des personnes ayant le niveau supérieur est estimée à près de 5,0% ». Certes on ne peut faire lien direct entre le niveau d’instruction et les retombées macroéconomiques positives, mais plusieurs études ont démontré que le niveau d’instruction a une influence sur les résultats obtenus sur le marché du travail en facilitant l’accès à l’emploi, et en améliorant la qualité de l’emploi et des conditions de travail. Même lorsque le travail occasionnel et les contrats temporaires sont nombreux et les contrats d’emploi formels assez rares, comme c’est le cas au Sénégal (informel), le capital humain peut servir de monnaie d’échange pour obtenir la sécurité de l’emploi. Dans ce contexte, les travailleurs qualifiés occupent plus souvent des emplois permanents que des emplois temporaires. L’instruction et la qualification peuvent donc, dans une certaine mesure, protéger de l’emploi vulnérable. Une étude a constaté que les jeunes dont le niveau d’instruction ne dépasse pas l’enseignement primaire sont plus souvent dans l’emploi vulnérable. 

“Malgré la création massive d’agences publiques de promotion de l’emploi des jeunes avec un engagement de masses budgétaires importantes, la question de l’efficacité du dispositif mis en place et plus particulièrement celle de son impact sur l’amélioration de la situation des jeunes sur le marché du travail demeure une préoccupation centrale”

Ensuite, le levier de la création de richesses et d’emplois : Les attentes des jeunes sont aussi grandes que les défis en matière d’emploi. En effet, malgré la création massive d’agences publiques de promotion de l’emploi des jeunes avec un engagement de masses budgétaires importantes, la question de l’efficacité du dispositif mis en place et plus particulièrement celle de son impact sur l’amélioration de la situation des jeunes sur le marché du travail demeure une préoccupation centrale. Les récents évènements de révolte des jeunes depuis l’adoption des mesures de couvre-feu au Sénégal pendant la COVID sont révélateurs de l’amertume et du désarroi que vivent les jeunes dans un contexte de rareté des richesses et de l’emploi.  

Par conséquent, il reste urgent d’explorer des mécanismes de création de richesses et d’emplois pour limiter les dégâts qui pourraient découler des manifestations des jeunes. Et le renforcement du secteur privé national reste une des voies de salut afin de tirer les novices. 

Puis le levier de la politique migratoire : Le Sénégal, à l’instar des autres régions du monde, reste touché par ces flux migratoires aussi bien en terme de terre de départ que d’accueil ou de transit ; et parfois même les deux à la fois. Seulement, la migration constitue un défi surtout quand elle s’effectue de façon irrégulière. Même si on ne dispose pas de chiffres exacts sur ce phénomène assez complexe, l’Italie, un des principaux pays d’accueil de ces flux en Europe, dénombre environ 6.000 arrivées par voie maritime chaque année depuis 2015. Malheureusement le phénomène dénombre également un nombre assez important de pertes en vies humaines lors de la traversée maritime des migrants, ainsi qu’un important trafic d’humains et tous délits et crimes connexes. 

“Urgent pour l’Etat du Sénégal de définir une politique migratoire afin d’arrêter la saignée humaine dans l’océan à cause de la migration irrégulière, mais surtout de favoriser un flux migratoire organisé”

Paradoxalement, de nombreuses études, portant sur les flux financiers générés par la migration, ont montré que ces envois de fonds dépassent de loin les montants investis par l’aide publique au développement, et cela sans tenir compte de l’importance que revêt les flux informels et de marchandises. Il est donc urgent pour l’Etat du Sénégal de définir une politique migratoire afin d’arrêter la saignée humaine dans l’océan à cause de la migration irrégulière, mais surtout de favoriser un flux migratoire organisé. 

Après le levier de la sécurité : De plus en plus, le Sénégal s’expose au radicalisme violent dû à plusieurs facteurs, dont le chômage, la pauvreté, les déchirures et l’intolérance socioculturelles. Un des effets de ce radicalisme reste la présence accrue de jeunes sénégalais dans les territoires de conflits dits djihadistes notamment dans le Maghreb, en Syrie, en Afghanistan, etc. par ailleurs, les actes de criminalité organisée commis par les jeunes deviennent de plus en plus fréquents et manifestes sur le territoire sénégalais. Les milieux de la drogue deviennent de plus en plus des cadres de refuge pour les jeunes en désespoir.  De la même sorte, la religion dans la dimension de radicalisation violente apparait comme une sorte de revanche que certains jeunes prennent à l’endroit de la société et des institutions qu’ils prennent souvent pour responsable de leur désarroi.  

Il devient alors crucial pour l’Etat du Sénégal de développer de nouveaux mécanismes adaptés au contexte démographique pour garantir la paix et la sécurité des personnes et des biens.  

Et enfin, le levier de la participation :  Les jeunes se sentent marginalisés dans les espaces politiques et de prise de décision. Cela se traduit par la naissance de plusieurs initiatives visant à promouvoir un leadership politique mieux équilibré qui prend en compte la participation et la représentation de la moitié de la population sénégalaise que sont les jeunes et les femmes. Après l’acquis des femmes sur la parité, les jeunes, notamment des partis politiques, se sont engagés dans un plaidoyer visant a favoriser la participation politique des jeunes à travers des quotas (30% par exemple) au sein des instances électives (Assemblée Nationale et Collectivités territoriales). C’est en ce sens qu’ils avaient soumis au Ministère de la Jeunesse un avant-projet de loi instituant un quota de 30% de jeunes aux assemblées politiques électives. 

L’Etat du Sénégal devrait prêter une attention particulière à cette revendication légitime de la jeunesse.   

En conclusion, nous restons convaincus que dans l’élaboration de toute politique publique, l’Etat doit considérer les paramètres démographiques et leurs interrelations avec le développement socioéconomique et culturel.

Les quelques leviers, pas de façon exhaustive, que nous venons d’énoncer plus haut constituent pour nous des approches qui pourraient contribuer à faire de la jeunesse un atout. Car, pour éviter que cette jeunesse soit une bombe, il faut apporter des réponses précises et efficaces à ses préoccupations."

Ghaels Babacar MBAYE

Email : ghaelsbabacarmbaye@gmail.com

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