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ContributionsAngelo Louw
DOSSIER SPECIAL

"L’Etat c’est d’abord nous, la jeunesse"

26/05/2021
"L’Etat c’est d’abord nous, la jeunesse"


Le Sénégal a été secoué, il y a quelques semaines, par des tensions sociales qui ont pris une tournure tragique. Quelle lecture faites-vous de ces évènements ?

La lecture que nous pouvons faire des évènements tristes et malheureux du 3 au 8 Mars dernier est principalement de trois ordres. 

D’abord, il y avait plusieurs types de manifestants. Une frange, qui était  sur le terrain, avait ses revendications sous-tendues par les conditions extrêmement difficiles liées au coronavirus et les dommages économiques énormes que la  pandémie a causés dans nos sociétés. Selon un rapport produit l’année dernière par la Banque Africaine de Développement (BAD), 40 millions d’emplois vont être perdus à cause du coronavirus.

Ensuite, une catégorie est sortie pour la préservation des acquis démocratiques, l’Etat de droit et la justice. Enfin, une dernière catégorie caractérisée par la radicalisation et l’effet de foule s’est également distinguée, et a réussi à faire vaciller la République. 

En effet, ce qui est palpable c’est qu’il y a une rupture de confiance entre les citoyens et les institutions, les citoyens et les hommes politiques, la justice et ses justiciables. Par conséquent, la principale leçon à tirer de ces évènements c’est désormais la reconfiguration des rapports entre les hommes politiques et les citoyens. Les populations sont devenues matures et ne se laisseront plus berner par les hommes politiques. Il faut continuer à bâtir une conscience citoyenne forte et exigeante afin que les décideurs prennent mieux en charge la mission dont ils sont investis pour servir les populations et non se servir d’elles. Un tel état d’esprit doit guider leurs actions, les orienter vers les priorités comme l'Éducation, la Santé, les Infrastructures, l’Emploi des Jeunes, le Pouvoir d’achat etc. Somme toute, il est temps pour nous -hommes et femmes politiques-, de comprendre que le pouvoir appartient au Peuple.

Il est heureux que les décideurs politiques, au premier rang desquels, le Président de la République, aient entendu, décrypté et compris le message lancé lors de ces malheureux événements qui ont occasionné de regrettables pertes en vies humaines qu’au demeurant nous déplorons.

“La Jeunesse mal comprise est à la recherche d’elle-même, de bien être, de forte aspiration à la démocratie et à l’Etat  de droit”

Ces événements ont mis en évidence certaines frustrations de la jeunesse. Comment éviter que la jeunesse, considérée comme un atout, ne devienne une bombe sociale au Sénégal ? 

Ce cocktail de malaise social profond ayant occasionné dernièrement une dizaine de morts, est la résultante d’une incompréhension entre la jeunesse et les élites qui perdure encore après 61 ans d’indépendance (Mai 1968,1988, 2021). La Jeunesse mal comprise est à la recherche d’elle-même, de bien être, de forte aspiration à la démocratie et à l’Etat  de droit, prête à en découdre avec l’autorité pour préserver ces acquis.

Si nous voulons éviter que la jeunesse ne devienne une bombe sociale, il faut en faire une priorité. Il faudra éviter de trop la juger, tout en valorisant le travail  et les actes de grandeur qu’elle initie tous les jours et d’en faire une véritable force pour tirer notre pays, le Sénégal, vers le progrès.

La seule condition pour y arriver est d’investir et de miser sur une bonne politique d’industrialisation dans des secteurs d’activités porteurs comme l’agriculture, l’innovation, sur des activités à forte chaîne de valeurs pour générer des emplois et créer de la richesse. Comme près de deux cent mille (200.000) Sénégalais arrivent sur le marché de l’emploi, il serait important de créer des mécanismes pour une  adéquation entre la formation reçue et les réels besoins du marché. L’Etat n’a pas pour vocation de créer des emplois, mais il doit favoriser des conditions optimales pour impulser un bon écosystème, propice à des emplois décents en s’adossant notamment sur le secteur privé national, des exonérations fiscales, en misant sur l’entreprenariat social et solidaire. Des réflexions poussées pour valoriser les jeunes évoluant dans le secteur informel doivent être faites afin que les acteurs évoluant dans ce secteur soient davantage valorisés. Il ne faut pas aussi perdre de vue qu’un pays a besoin de médecins, de chercheurs, de scientifiques, de philosophes, d’acteurs culturels etc.  

 

“Le Président de la République a annoncé une batterie de mesures, pour l’emploi des jeunes nous espérons que les ressources qui seront dégagées seront utilisées avec transparence et efficacité et que le mérite prendra le dessus sur l’intérêt partisan dans le cadre des recrutements annoncés par l’Etat du Sénégal”

Quelles sont vos attentes après le Conseil présidentiel pour l’emploi des jeunes ?

Nous nous réjouissons que le Conseil présidentiel pour la jeunesse  ait eu lieu.   En effet, lors de la session budgétaire de novembre et décembre 2020, en ma qualité d’élue du peuple, j’avais fait un plaidoyer à l’endroit du Ministre de la Jeunesse pour que le Président de la République échange avec nos pairs jeunes. L’exécutif a donné écho favorable  à notre requête au grand bonheur des populations. Nous attendons des solutions concrètes et durables au-delà du discours. Le Président de la République a annoncé une batterie de mesures, pour l’emploi des jeunes nous espérons que les ressources qui seront dégagées seront utilisées avec transparence et efficacité et que le mérite prendra le dessus sur l’intérêt partisan dans le cadre des recrutements annoncés par l’Etat du Sénégal. 

Toutefois, dans une démarche proactive et non réactive il faut créer et/ou institutionnaliser ces cadres de dialogue et d’échange avec la jeunesse et éviter de tenir ces rencontres pendant les périodes post-révolte de la jeunesse  contre les autorités. Ceci permettrait d’anticiper sur les questions comme la radicalisation, le vivre-ensemble, la citoyenneté.  Comme pour dire « Occupez-vous de la jeunesse avant qu’elle ne s’occupe de vous ».

Dans le même temps, j’invite la jeunesse de mon pays à faire preuve de civisme et de patriotisme en utilisant à bon escient les ressources, fruit de l’effort commun, qui seront mises à leur disposition. Car, autant il aisé de réclamer à cor et à cri ses droits, autant il doit être une obligation morale et un impératif citoyen de s’acquitter de ses devoirs. L’Etat c’est d’abord nous, la jeunesse.

Vous aviez en janvier dernier proposé la mise en place d'une politique nationale de la jeunesse, lors d’un atelier organisé par la Direction de l’Education Populaire. Quelles solutions avez-vous identifiées pour la jeunesse ? 

L’exercice statistique nous ramène à estimer, sur les 16 209 125 habitants de notre pays, à 5 511 478 personnes considérées comme jeunes au sens de la Charte africaine de la Jeunesse adoptée le 2 juillet 2006 à Banjul en Gambie par l’Union Africaine. Dès lors, 34% de notre population constitue la tranche d’âge de 15- 35 ans. Sous ce rapport une politique nationale de la jeunesse doit être de mise afin d’inciter les jeunes à assumer leurs responsabilités citoyennes.  A mon humble avis, la Lettre de politique sectorielle que le Ministère de la Jeunesse a élaborée n’est pas le document de « politique nationale globale et cohérente de jeunesse », tel que l’article 12 de la Charte y engage les Etats.

Les pistes de solutions proposées sont entre autres l’éducation à la citoyenneté, l’éducation au volontariat et au don de soi, l’éducation aux droits et obligations, l’éducation à la santé comme la Charte africaine de la Jeunesse nous le rappelle à son article 11 en ces termes « promouvoir l’accès à l’information et aux services qui permettent aux jeunes de connaître leurs droits et responsabilités ». 

“Nous devons arrêter de penser à notre avenir, nous devons plutôt construire notre avenir”

En tant que plus jeune député du Parlement, vous estimez-vous comme un porte-voix de cette catégorie de la population ?

En tant que benjamine de la 13ème législature, il est tout à fait normal que je sois la voix des jeunes à l’Assemblée Nationale. C’est pourquoi je me bats aussi pour montrer que les jeunes, en tant que frange représentative (plus de 65 %) de la population du Sénégal, méritent leur place au Parlement. Je me bats pour prouver modestement qu’ils ont leur place dans les instances de prise de décisions afin que les préoccupations des jeunes soient portées par les jeunes et pour les jeunes et qu’elles soient prises en charge au plus haut sommet de la République ainsi que dans les politiques publiques. Je suis une députée au service du peuple. Et beaucoup de mes jeunes pairs considèrent que je suis en train de faire ma part pour la communauté en tant que représentante qualifiée de la nation. C’est, pour moi, un honneur de pouvoir ainsi être utile à mon pays et à sa jeunesse.

Il y a des combats que tous les jeunes du Sénégal doivent s’approprier. Parmi ces combats nous pouvons citer : la citoyenneté et l’engagement, la promotion du volontariat, comme tremplin au premier emploi, l’abaissement de l’expérience professionnelle qui, souvent, est fixée à 5 ans dans les offres d’emploi et pénalise ou dissuade beaucoup de jeunes à candidater, un quota de 30% des jeunes dans les instances de prise de décisions électives comme semi-électives.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent s’engager en politique ?

Aux jeunes qui souhaitent s’engager en politique je leur dirai ceci : il est important de savoir que la politique, comme art de gérer la cité est une activité noble. Sous ce registre, la mission première d’un homme politique c’est de servir son peuple. Il est primordial de privilégier les études, d’avoir un métier avant de s’engager en politique. On ne s’engage pas en politique pour devenir riche. On s’engage pour servir son peuple et changer les difficiles conditions que vivent nos concitoyens. Rester libre et autonome en ayant  des positions de principes et non des positions partisanes. Garder en viatique nos valeurs comme l’éthique et la probité ; car point de leadership sans éthique. Faire montre de civisme, citoyenneté et d’engagement, car l’essentiel c’est bien le Sénégal. En résumé, nous devons arrêter de penser à notre avenir, nous devons plutôt construire notre avenir.

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