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Seynabou Dieng Traoré, fondatrice de Maya : « Notre mission est de connecter le consommateur africain avec les produits cultivés et transformés localement »

11/06/2021
Seynabou Dieng Traoré, fondatrice de Maya : « Notre mission est de connecter le consommateur africain avec les produits cultivés et transformés localement »


Après un DEUG en économie obtenu à l’Université de la Sorbonne à Paris, puis un master en marketing international obtenu à l’IDRAC et enfin un master en stratégie & marketing international à l’ESSEC, Seynabou Dieng Traoré décide de rentrer au Mali en 2015 pour contribuer au développement du pays. Elle a d’abord commencé sa carrière au sein d’un projet USAID en tant que responsable marketing avant de se lancer dans l’entrepreneuriat. C’est ainsi qu’elle lance Maya, une entreprise de transformation alimentaire spécialisée dans les produits d'épicerie utilisant un modèle inclusif en s'associant avec des agriculteurs. Seynabou Dieng, 33 ans, est  lauréate de l'édition 2021 de la Cartier Women's Initiative qui célèbre les femmes entrepreneurs d'impact.

Vous êtes la fondatrice de MAYA, de quoi s’agit-il ?

Maya est une entreprise de transformation alimentaire spécialisée dans les produits d'épicerie utilisant un modèle inclusif en s'associant avec des agriculteurs. L'industrie de Maya produit des sauces chili, des vinaigrettes, des mélanges d'épices, des céréales et des fruits secs à base d'ingrédients locaux. La mission de l'entreprise est de fournir aux consommateurs africains des produits naturels, faciles à utiliser et au goût proche de ce que l'on mange à la maison. Ainsi, toutes les recettes sont inspirées de recettes familiales tout en respectant les traditions culinaires régionales et les filières agricoles. La vision de Maya est de relier la consommation alimentaire à l'agriculture locale afin que chaque consommateur africain soit fier de manger des aliments manufacturés fabriqués en Afrique et contribue à améliorer la vie des agriculteurs. Les valeurs de l'entreprise sont : l'inclusivité, la responsabilité et la transparence.

Comment vous est venue l’idée de mettre sur place cette entreprise ?

J’ai eu la chance de grandir à Fann Hock, dans une ambiance chaleureuse où toutes les familles se côtoyaient. Les week-ends mes tantes se rassemblaient pour cuisiner et elles réalisaient des plats du Sénégal et d’ailleurs. J’ai grandi en étant fière de consommer ces plats car pour moi il n’y avait rien de mieux. Après mes études lorsque je suis retournée au Mali, j'ai été choquée de voir que tout ce qu’on mangeait venait d’ailleurs, désormais c’était devenu « tendance » de tourner le dos aux produits locaux et faits maison et de consommer des produits importés hyper manufacturés ; la nouvelle classe moyenne ne réalisait pas l’impact de ce nouveau comportement sur les agriculteurs, sur leur propre santé et sur notre culture.

Je ne pouvais pas les blâmer car les réalités sociales avaient changées, les femmes n’avaient plus le temps de passer 4 heures en cuisine,  il fallait proposer une alternative durable aux produits alimentaires importés. En discutant du problème avec Maya, ma cuisinière de l’époque elle m’a ouvert les yeux sur les difficultés que les agriculteurs rencontraient pour vendre et conserver leurs récoltes. Toutes les deux nous avons décidé de prouver que le consommer local était encore possible. Nous achetions des légumes et des épices au marché les week-ends et nous préparions des marinades à base d’herbes fraiches, des vinaigrettes maison, des épices en poudre en remplacement des bouillons de cube. Nous partagions nos réalisations sur Facebook. Au début, c’était pour le plaisir et très vite nos publications sont devenues virales et les gens ont commencé à commander certains produits. C’est ainsi que c’est devenu une entreprise.

Quelle est la particularité des produits Maya ?

Notre mission est de connecter le consommateur africain avec les produits cultivés et transformés localement ; pour cela nous nous engageons non seulement à satisfaire leurs papilles, mais aussi à impacter positivement les chaines de valeur agricoles.  Ainsi Maya produit une variété d'aliments fabriqués exclusivement avec des matières premières agricoles locales et inspirés de recettes familiales. Nous sommes fiers d’associer des techniques de transformation traditionnelles et modernes, ce qui nous donne des produits au goût et aux textures authentiques et difficiles à reproduire.

En quatre ans nous sommes passés de l'achat sur les marchés à l'achat direct auprès de onze associations d'agriculteurs partenaires. Enfin, nous avons fait le pari de l’Afrique en proposant des produits d’abord destinés au marché africain puis à l’export ; toute notre stratégie marketing est faite pour le consommateur africain, les packagings sont colorés et attractifs et nous avons eu de belles collaborations avec des bloggeurs de cuisine africains. Ce positionnement nous a permis de distribuer nos produits dans 175 points de vente au Mali, au Sénégal et en Côte d'Ivoire.

Comment vous êtes-vous retrouvée dans le secteur de la transformation agroalimentaire sachant que vous êtes diplômée en marketing et management à l’IDRAC de Paris ?

.J’ai utilisé les compétences acquises lors de ma formation en marketing à l’IDRAC et durant mon master en stratégie à l’ESSEC pour créer l’entreprise et développer la marque. Ensuite, je me suis entourée de professionnels du secteur de l’agroalimentaire et de la distribution pour réussir. Savoir s’entourer et travailler en équipe sont des qualités essentielles pour entreprendre. 

Aujourd’hui, quel bilan tirez-vous de vos activités depuis son lancement en 2015 ?

En quatre ans nous sommes très fiers d’avoir pu construire une très belle marque reconnue pour sa qualité, sa durabilité et son impact positif sur les agriculteurs locaux. Nous avons Aujourd’hui un réseau de distribution de 175 points de vente dans 3 pays et des contrats avec des leaders de la distribution telle que Auchan, Carrefour et Total. Aujourd’hui la petite initiative née dans une cuisine s’est transformée en unité de production ayant une capacité de transformation de 30 tonnes par mois et 21 employés dont 80% de femmes.

Les valeurs qui nous animent en tant qu’entreprise sociale, à savoir la responsabilité, l’inclusivité et la transparence, sont des valeurs universelles et qui parlent à tous les consommateurs africains qui se battent pour avoir des marques à leur image. Enfin, le soin que nous apportons à la qualité de nos produits et au design des emballages est aussi un acquis fort dans notre conquête du marché africain.

Chez Maya, la collaboration avec les agriculteurs locaux occupe une place importante. En quoi consiste cette collaboration et pourquoi avez-vous opté pour ce choix ? 

Oui en effet, c’est important de soutenir l’agriculture locale ; au Mali 75% de la population dépend de l'agriculture. La plupart des agriculteurs ne peuvent pas avoir une vie décente parce qu'ils sont incapables de vendre leurs produits et n'ont aucun moyen de conserver les fruits frais, les légumes ou le lait. J'ai réalisé qu'en achetant et en transformant simplement leurs produits, nous pouvions améliorer la vie de plusieurs millions d'agriculteurs. Depuis le début de notre activité l'impact sur les agriculteurs a été important. Notre collaboration avec 11 coopératives agricoles a pu impacter 3000 petits producteurs de légumes et céréales entre 2018 et 2020 à travers des contrats d’achat et plusieurs formations. Désormais les agriculteurs partenaires de l’entreprise opèrent avec plus de certitude et l'argent qu'ils reçoivent leur permet d'acheter des semences et de faire vivre leur famille.

Vous portez également un grand intérêt pour l’entrepreneuriat social, la promotion de la femme et la valorisation des produits Made In Mali. Quels conseils donneriez-vous aux femmes et particulièrement les jeunes qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Mon conseil aux jeunes et aux femmes qui sont dans l’entrepreneuriat est le même depuis le début de cette aventure : il faut avoir de l’audace pour entreprendre. N’ayez pas peur de l’échec et donnez-vous les moyens pour arriver au succès avec le travail sans relâche et la persévérance. Les jeunes entrepreneurs peuvent offrir une réponse efficace et intéressante aux problèmes de développement du continent et contribuer à transformer le narratif du continent africain.

Quels sont vos projets à court et moyen terme ?

Nous envisageons de consolider le marché malien et développer la présence des produits Maya en Afrique de l’Ouest plus particulièrement au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Ensuite nous allons continuer de développer des produits nutritionnels pour le bien-être de nos consommateurs.

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