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Seynabou Dia Sall, Fondatrice et CEO de Global Mind Consulting : “c’est à nous, Africains, de changer le narratif de notre continent”

17/06/2021
Seynabou Dia Sall, Fondatrice et CEO de Global Mind Consulting  : “c’est à nous, Africains, de changer le narratif de notre continent”


En 2021, Global Mind Consulting célèbre ses dix années d’existence. À cette occasion, le cabinet organise, tout au long de l’année, des rencontres rassemblant les professionnels du secteur de la communication et de l’information. L’objectif : s’adresser à la nouvelle génération de communicants et de journalistes du continent, et interroger l’évolution des métiers du secteur.

Dans cet entretien, Seynabou Dia Sall, à qui l’on doit cette « success story » africaine, nous partage ses enseignements et son ambition pour l’avenir.

Vous avez récemment été distinguée parmi « les femmes les plus inspirantes des métiers de la Communication et des Médias en Afrique francophone et dans sa diaspora en 2021». Cette distinction fait écho à d’autres récompenses et nominations : Femme africaine de l’année en 2017, Diaspora Awards en 2019… Comment vivez-vous ce genre de consécration ?

Avec beaucoup d’humilité et de modestie. Dans nos métiers, on dit souvent qu’il faut savoir faire le bilan, tirer des enseignements, analyser ce qui a fonctionné ou non, pour toujours s’améliorer. J’ai toujours tendance à regarder vers l’avenir, et aujourd’hui, tout en étant extrêmement touchée et honorée de ces disctinctions, je vois surtout le chemin qui reste à parcourir. Les défis sont nombreux et de taille, en particulier sur notre continent, et le secteur des relations publiques ne fait pas exception. Il nous reste énormément à faire et à accomplir, chaque étape est importante, le cheminement continue.

« Le défi majeur pour l’Afrique est de parvenir à analyser, structurer et organiser des partenariats win-win, pensés avec les acteurs africains, dans l’intérêt des populations, des territoires et des économies. »

Vous évoquez les nombreux défis à relever. Quels sont-ils ? 

Il y a dix ans, lorsque l’on a créé Global Mind Consulting depuis le Gabon, le constat était simple et sans appel : il fallait réussir à changer le narratif africain. Et cette ambition, nous la portons toujours, dix ans plus tard, en accompagnant les acteurs de la transformation du continent.

Que ce soit dans les médias, lors de forums internationaux, ou tout simplement en ayant des discussions avec des acteurs qui ne connaissent pas le continent, on se rend vite compte que la perception de l’Afrique se résume encore trop souvent à une image négative ou stéréotypée : les maladies, l’instabilité politique, l’insécurité... On parle très peu des initiatives à fort impact et des réalisations constructives qui voient le jour sur le continent.

L’Afrique a toujours représenté un intérêt économique — avant d’être culturel ou politique. Progressivement, le concept d’Africa Rising est apparu : les gouvernements, les institutions, les entreprises se sont rendus compte qu’il y avait énormément d’opportunités à saisir dans tous les domaines d’activités. Désormais, les Chinois, les Russes, les Canadiens, les Allemands, les Français, les Américains… tous cherchent à se développer sur notre continent.

Cet intérêt économique peut être positif pour le continent, mais à mon sens le défi majeur pour l’Afrique est de parvenir à analyser, structurer et organiser ces partenariats, dans une logique win-win. Il est évident que ces partenariats doivent être pensés avec les acteurs africains, dans l’intérêt des populations, des territoires et des économies. C’est un rapport de force nécessaire : les États-Unis sont devenus la puissance qu’ils sont aujourd’hui parce qu’ils ont un poids économique, politique, culturel et militaire. L’Afrique ne fait pas exception, il faut qu’on se saisisse pleinement de ces sujets-là pour pouvoir nous imposer et donner le ton sur la scène internationale. 

« L’Afrique est un vivier incroyable de créativité, d’innovation et de transformation : notre mission, en tant que professionnels des relations publiques, est de valoriser les acteurs qui contribuent à faire bouger les lignes. »

Comment parvenir à ce changement de narratif ?

C’est aux Africains eux-mêmes de le porter. Nous devons nous engager pour valoriser l’Afrique que nous connaissons. Il nous faut montrer, de manière beaucoup plus objective, tout ce qui se passe sur notre continent. L’Afrique est un vivier incroyable de créativité, d’innovation et de transformation : notre mission, en tant que professionnels des relations publiques, est de valoriser les acteurs qui contribuent à faire bouger les lignes.

Je pense notamment aux très nombreuses initiatives portées par les femmes et les jeunes. L’entrepreneuriat est un sujet qui nous tient beaucoup à cœur chez Global Mind Consulting et nous sommes persuadés que le renforcement du secteur privé en Afrique est l’enjeu majeur du développement de notre continent. Nous animons d’ailleurs régulièrement des sessions de renforcement de capacités dédiées aux entrepreneurs avec des organisations telles que l’Union Africaine, Junior Achievement, HUB Africa ou encore les African Entrepreneurship Awards. L’objectif : permettre aux porteurs de projets et aux chefs d’entreprise de développer et péreniser leurs business.

Les défis sont tellement nombreux qu’il nous faut co-construire et capitaliser sur nos forces et best practise : on ne peut pas avoir chacun sa propre feuille de route en se disant que l’on finira par réussir. Les acteurs et les organisations du continent doivent prendre conscience de la nécessité de travailler ensemble, pour créer des ponts et impulser de nouvelles synergies constructives. La mise en place de la ZLECA (Zone de Libre-Echange Continentale Africaine) s’impose comme une excellente opportunité à saisir. C’est ce genre d’initiatives panafricaines dont le continent a besoin aujourd’hui.

Global Mind Consulting est souvent cité comme une des références dans le domaine des relations publiques, dans la sous-région. Quelles sont les étapes qui ont forgé ce leadership ?

Question difficile ! Je crois qu’il y a plusieurs éléments. Nous nous sommes très vite focalisés sur la valeur ajoutée de notre cabinet: quelle expertise pouvons-nous apporter à nos clients ? C’est vraiment ce qui a été notre leitmotiv pendant ces dix dernières années : être toujours au fait du contexte africain, en analysant en continu les grands enjeux de développement, les tendances économiques et les évolutions sociales et politiques, afin de garantir un accompagnement sur-mesure et adapté aux réalités et aux enjeux de nos clients et partenaires sur le terrain.

Egalement, assez rapidement, nous nous sommes rendus compte qu’il fallait consolider notre activité depuis le Gabon afin de rayonner sur l’Afrique centrale, et c’est ce même raisonnement qui nous a poussé à ouvrir un second bureau au Sénégal, il y a deux ans, pour rayonner sur l’Afrique de l’Ouest. Et au-delà du continent, nous avons la chance de travailler avec des acteurs de premier plan qui opèrent depuis l’Europe ou les Etats-Unis.

Notre prisme n’est pas géographique, mais davantage fondé sur l’expertise et l’accompagnement des entreprises, des organisations, institutions. Nos équipes sont ainsi en mesure d’intervenir sur l’ensemble du continent, et à l’international. C’est cette agilité et cette proximité avec nos clients et nos partenaires qui font notre force depuis 10 ans.  

« Cet anniversaire est l’occasion de nous adresser à la future génération de communicants et journalistes, qui sont en train de se former : il est nécessaire de structurer et professionnaliser nos secteurs, pour permettre à la jeunesse d’être mieux outillée et préparée aux évolutions de nos métiers. »

 

Justement, vous célébrez cette année le 10ème anniversaire de Global Mind Consulting. Qu’avez-vous prévu pour marquer cette étape symbolique ?

Pour nous, ces 10 ans représentent l’occasion de réunir les acteurs de l’écosystème de la communication et des médias. Il est important pour nous de « redonner » et de partager notre expérience, de tendre le micro à nos partenaires afin de les inviter à partager leur expertise et leur savoir-faire. L’enjeu pour nous cette année est de nous adresser à la future génération de communicants et journalistes, qui en train de se former : il est nécessaire de structurer et professionnaliser nos secteurs, pour permettre à la jeunesse d’être mieux outillée et préparée aux évolutions de nos métiers.

Le deuxième sujet, c’est naturellement d’inscrire nos 10 ans dans la vision qui nous porte depuis nos débuts : changer le narratif africain, en identifiant et valorisant celles et ceux qui font la différence et s’engagent à faire bouger les lignes pour notre continent. C’est en valorisant ces AfroChampions et AfroChampionnes que nous pourrons provoquer et encourager d’autres vocations. À l’occasion de ces rencontres, nous allons inviter les acteurs de la transformation économique, sociale, culturelle et politique du continent afin qu’ils puissent témoigner et exprimer la vision qu’il ont de leur métier. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte particulier avec la Covid-19 : comment rebondir et réinventer nos métiers en 2021 ?

« Les événements de mars dernier, sont lourds d’enseignements pour ceux qui savent entendre et voir, mais aussi pour ceux qui sont désireux de comprendre les changements qui s’imposent au sein de nos sociétés. »

Vous nous en parliez, il y a nécessité à promouvoir l’entrepreneuriat, notamment auprès des jeunes. Au Sénégal, de récents événements ont mis en lumière un certain malaise chez la jeunesse. Pensez-vous que booster l’entrepreneuriat des jeunes soit la clé pour nos économies sénégalaise et africaine, en général ?

Les événements de mars dernier sont lourds d’enseignements pour ceux qui savent entendre et voir, mais aussi pour ceux qui sont désireux de comprendre les changements qui s’imposent au sein de nos sociétés. Je crois que c’est une invitation à dire « nous existons, nous sommes là et nous avons l’intention de nous faire entendre ». C’était aussi à mon sens une invitation à faire face aux problématiques qui se posent et à trouver des solutions concrètes et pérennes, notamment sur la question de l’emploi.

L’entrepreneuriat est une des pistes de solution pour faire face au chômage des jeunes, et leur permettre de gagner leur vie décemment, d’être autonomes et de construire leur avenir. Simplement, on ne nous apprend pas aujourd’hui à être entrepreuneurs : comment choisir son activité ? Comment la structurer, la péreniser ? Comment bien s’outiller et s’entourer ? Comment rester fidèle à sa vision et la décliner ?

En 2040, l’Afrique sera le continent avec la plus importante main d’œuvre au monde. Seulement, aujourd’hui, les perspectives d’emploi sont largement insuffisantes pour la jeunesse et les emplois formels sont incapables d’absorber le nombre croissant de nouveaux arrivants sur le marché du travail : les marchés africains créent en moyenne 3 millions d’emploi salariés par an, un nombre nettement inférieur aux 10 à 12 millions de jeunes entrant sur le marché chaque année. D’où la nécessité de mettre en place des formations concrètes, adaptées aux besoins de nos entreprises et capables d’anticiper l’évolution de nos sociétés.

Mais attention, il ne faut pas voir l’entreprenariat comme une solution miracle qui peut tout arranger et nous éviter d’avoir ces milliers de personnes qui traversent chaque année la Méditerranée dans l’espoir d’un avenir meilleur. Ce n’est pas l’entrepreneuriat seul qui va régler ça. En revanche, cela peut permettre de donner de nouvelles perspectives, à condition que l’on puisse mieux former et accompagner sur la durée nos entrepreneurs.

 

« Il faut multiplier les initiatives qui permettent aux femmes de se rassembler et d’unir leurs forces, tant en termes de compétences que de réseaux. »

Vous avez publié une tribune dans le Point Afrique, dans laquelle vous appeliez les femmes à s’unir pour briser ensemble le plafond de verre. Quelles sont, d’après vous en ce moment, les batailles à mener pour briser ce fameux plafond ?

Nous organiser afin de construire et avancer ensemble. Réussir seule, ce n’est pas réussir. Il faut multiplier les initiatives qui permettent aux femmes de se rassembler et d’unir leurs forces, tant en termes de compétences que de réseaux. Je pense notamment au Women Investment Club (WIC) : le premier club d’investissement de femmes au Sénégal, qui permet de donner aux femmes un accès privilégié aux instruments financiers modernes, au service d’un développement économique inclusif. Nous avons besoin de ce type de plateformes, rassemblant des femmes qui ont réussi à bâtir leur propre succès et qui pourront encourager et soutenir d’autres femmes qui se lancent.

La deuxième chose, qui est tout aussi importante, c’est notre capacité à penser « out of the box », c'est-à-dire à sortir des modèles traditionnels et des sentiers battus. Malheureusement, c’est le secteur de l’informel qui est le plus présent dans nos sociétés, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. L’enjeu est donc d’arriver à développer des modèles compatibles avec cette réalité.

Enfin, il faut réussir à faire vivre ces initiatives et ces projets portés par nos femmes entrepreneures au-delà de nos pays. Les exemples sont nombreux, mais je pense notamment au Réseau Mburu, un collectif de femmes engagées au cœur de l’entrepreneuriat social qui s’impliquent dans la valorisation des céréales locales cultivées au Sénégal. Demain, je voudrais voir Mburu Congo, Mburu Maroc, et pourquoi pas Mburu sur les Champs-Élysées ! Nous avons, en Afrique, énormément de ressources, et ça ne se limite pas aux mines, au manganèse, au pétrole et au gaz. Nos ressources sont aussi intellectuelles, culturelles, gastronomiques… Dans tous les domaines, nous avons des talents précieux qu’on ne valorise malheureusement pas suffisamment.

« La culture est un vecteur économique à part entière. »

 

Pour rebondir sur cet aspect culturel, vous avez vous-même co-fondé l’initiative AAC55, Action Africa Culture. Pouvez-vous nous parler plus en détails de ce projet et de ses ambitions ?

On a souvent tendance à négliger le poids économique que la culture peut avoir dans la transformation et le développement de nos pays. Malheureusement, c’est un grand tort. Il n’y a qu’à voir l’exemple de l’industrie cinématographique aux Etats-Unis, en Inde (avec le Bollywood) ou encore au Nigéria. Il est primordial d’investir, de valoriser et d’accompagner le secteur culturel et ses acteurs en Afrique, afin qu’ils puissent être un véritable moteur de développement. C’est la vocation d’AAC55, que l’on a créée il y a deux ans avec Fatima Wane-Sagna : nous sommes persuadées que la culture est un vecteur économique à part entière. 

D’un pays à un autre, d’une génération à l’autre, les problématiques sont souvent similaires. Il faut arriver, aujourd’hui, à impulser des solutions concrètes, sans attendre nos gouvernements. C’est peut-être l’élément le plus important chez AAC55 : permettre aux acteurs culturels de se réunir et de créer leurs propres solutions.

Enfin, il est capital de s’assurer que la culture ne reste pas la chasse gardée de ceux qui en ont les moyens, de ceux qui sont nantis. Avoir accès à l’art et à la culture permet de voyager et de découvrir une autre réalité que celle que l’on connaît, cela aide à déconstruire les certitudes et les croyances limitantes que l’on peut avoir sur soi. La culture créé de l’espoir, motive, inspire et donne cette énergie qui peut manquer pour pouvoir se dépasser. 

Je pense par exemple au centre Yennenga ici à Dakar, porté par le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis et qu’AAC55 accompagne. Ce centre est le premier centre culturel cinémographique et audiovisuel du Sénégal et a pour ambition de devenir un incubateur de cinéma à part entière, en offrant notamment une formation gratuite de 2 ans aux métiers de la post-production. L’objectif est double : rendre les métiers du cinéma accessibles à tous, tout en permettant aux réalisateurs sénégalais d’avoir les compétences et les ressources nécessaires directement sur le territoire. Plus besoin de délocaliser la post-production, ce qui représente un avantage financier énorme.

Que peut-on souhaiter à Global Mind Consulting ?

Continuer bien sûr ! Consolider ce que nous avons réalisé jusqu’aujourd’hui et toujours valoriser cette expertise africaine dans laquelle je crois tant. Global Mind Consulting, c’est une équipe polyvalente, créative, dynamique, qui croit en ce qu’elle fait et qui est extrêmement désireuse d’accompagner les acteurs de la transformation positive, bien au-delà des quatre coins de notre continent.

 

 

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