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L'entretien culture

“Je prône le vivre-ensemble, un monde arc-en-ciel.”

06/08/2021
“Je prône le vivre-ensemble, un monde arc-en-ciel.”


Il fait de son métissage une force. Si sa passion pour le slam est née aux Comores, son pays natal, c’est au Sénégal que Rahim El had Ahamada, alias Parolier du Karthala, va parfaire l’art. 

Peux-tu revenir pour nos lecteurs sur ton parcours? Comment est née ta passion pour le Slam? 

J’ai grandi sur la scène. J’ai commencé à faire du théâtre à l’âge de 6-7 ans, avec des groupes scolaires de théâtre. J’ai également participé aux événements culturels et religieux dans mon pays. J’ai un jour assisté à une représentation de slam au cours d’une exposition. A l'époque, je ne savais pas qu’il y avait un genre appelé slam. J’ai vu le gars  presté et cela m’a beaucoup plus. A la fin du spectacle je suis allé le voir et  il m’en a un peu parlé. Il m’a expliqué en quoi cela consistait. Je ne m’y suis pas tout de suite mis. J’ai continué avec le théâtre. J’ai ensuite rencontré un groupe qui s’appelle ‘art de la plume” qui faisait aussi  un spectacle slam. C’est avec ce groupe que j’ai commencé ma carrière de slameur. Il organisait des scènes libres, c’était entre 2012 et 2013. Au fur et à mesure, j’ai commencé à développer une véritable passion pour cet art. Mais à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’activités slam aux Comores.  Il n’ y avait que des scènes libres et quelques célébrations lors des journées culturelles et durant la Francophonie.  En 2016, les Comores ont organisé un spectacle de slam. Nous y avons participé. Cette même année,  je me suis envolé pour le Sénégal. C’est une fois là-bas que j’ai enchaîné les festivals et les spectacles. J’ai également beaucoup voyagé. J’ai d’ailleurs fait pratiquement fait le tour du Sénégal grâce au slam.

Ton nom de scène, le parolier de Karthala  est assez poétique. Pourquoi ce choix de pseudonyme? 

Au début, je n’avais pas de nom de scène. On m’appelait juste par mon prénom, Rahim.  Mais arrivé au Sénégal, les gens me demandaient mes origines, où se situent les Comores et qu’est-ce qu’on y trouve. J’’ai donc cherché  un pseudonyme qui allait vraiment me représenter. Pour moi, Parolier du Karthala me représente bien. Le Karthala est un volcan encore en activité aux Comores. Il se trouve sur la grande île, c’est aussi son point culminant. C’est le volcan qui a le plus grand caldeira au monde. Donc c’est le symbole qui représente le mieux les Comores. 

 Comment se porte le slam dans ton pays? 

Je dirai que le slam va bien aux Comores. Beaucoup de Comoriens le pratiquent. C’est juste qu’il manque des activités autour du slam, des scènes libres, des ateliers etc. Il reste à dynamiser le mouvement, sinon il y a une forte jeunesse qui s’y intéresse. Aujourd’hui, presque toutes les villes possèdent leur collectif, ce qui n’était pas le cas il y a 5 ans. En 2015-2016, il n’ y avait que quatre collectifs dans tout l’archipel. Aujourd'hui, on peut en compter une vingtaine. 

Quelles sont tes sources d'inspiration? Il y a t-il un sujet en particulier que tu traites plus que d'autres?

Je m’inspire de tout ce qui est autour de moi, du quotidien. Même si je touche à tout, il y a des thèmes qui dominent. J’écris beaucoup sur le panafricanisme, sur l’autonomisation de l’Afrique, son indépendance. J’écris aussi sur les enfants de la rue. Nous n’avons pas ce phénomène aux Comores. C’est au Sénégal que je l’ai vraiment vécu. J’ai une œuvre que j’ai consacrée aux enfants de la rue. C’est donc une thématique qui me touche particulièrement. J’écris aussi pour le vivre-ensemble. Parce qu’étant originaire des Comores, un carrefour d’échanges, de rencontres, de partages, originaire d’un peuple hybride, je me sens bien chez moi dans le métissage, donc je prône le vivre-ensemble, un monde arc-en-ciel. 

Tu as entamé une tournée il y a deux ans avec ton spectacle Bangwe Slam. Quels sont les pays qui l’ont déjà accueilli? 

J’ai d’abord initié une tournée au Sénégal, où j'ai parcouru presque toutes les régions. C’était mon objectif, une tournée nationale. Pourquoi Bangwe slam? Parce que ce mot signifie en shikomori, l’espace public. C’est un espace où on prend toutes les décisions de la ville, c’est là où les villageois se réunissent pour des fêtes, des deuils et toute autre célébration. 

Donc littéralement, “Bangwe slam”, signifie l’espace public pour le slam. L’objectif c’est de le démocratiser. Le spectacle a été monté dans un format souple pour qu’il puisse être joué dans des salles,  des salles de classe, en plein air, sous l’arbre à palabre. Avec Bangwe slam, je suis allé au Mali, en Côte d’Ivoire. Je l’ai également joué aux Comores. Je devais aussi aller au Burkina Faso et à Montpellier, mais avec l’arrivée du Covid, je n’ai pas pu.  Mon nouveau spectacle s’appelle Selebe Yoon (Wolof), un album spectacle dont le titre signifie carrefour en français. Selebe Yoon est un carrefour pour plusieurs raisons. Étant architecte de bâtiment de métier et aussi slameur, ma vie se situe au carrefour de mes deux passions. Je suis également descendant d’un peuple hybride.  J'ai fait un long voyage jusqu'au Sénégal, un pays qui est également un carrefour pour d'autres  pays africains. Depuis 2016, ma vie est un carrefour. Tu ramènes ce que as de chez toi, et tu reçois également des autres. J’ai également joué avec plusieurs musiciens de différentes catégories d'âge. J’ai fait deux dates au Sénégal et deux dates aux Comores. Nous sommes en train de préparer une tournée internationale avec Selebe Yoon. 

Tu sembles avoir une affection particulière pour le Sénégal. Qu'est-ce qui te lie à ce pays. 

Je peux dire que c’est au Sénégal que j’ai commencé à croire au slam, parce que ce beau pays m’a bien accueilli, m’a ouvert tous ses bras, j’étais un des leurs.  J’ai même représenté le Sénégal en Côte d’Ivoire. J’ai donc beaucoup d’affection pour ma deuxième patrie. Il y a également des liens sénégalo-comoriens qui datent. Nous avons également “la Teranga” en commun. Comme le Sénégal, les Comores sont chaleureux dans l’accueil. Je profite pour rendre hommage à quelqu’un qui m’a bien accueilli mais qui n’est plus parmi nous, mon frère Al Faruq, champion d’Afrique du slam. 

 

Propos recueillis par Scheina ADAYA

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