FARY NDAO, ingénieur géologue et écrivain : « Si les bonnes décisions sont prises, il n’y aura pas de malédiction liée au pétrole »
Jeune ingénieur géologue, Fary Ndao est aussi passionné par l’écriture. Il a écrit dans un ouvrage collectif dont les auteurs invitent les jeunes à se politiser. Il vient de publier son premier essai, « L’or noir du Sénégal », dans lequel il explique les enjeux de la découverte du pétrole. Rencontre

FARY NDAO, ingénieur géologue et écrivain : « Si les bonnes décisions sont prises, il n’y aura pas de malédiction liée au pétrole »


Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d’Intelligences magazine ?

Je suis Fary Ndao, j’ai trente ans, je suis ingénieur géologue et écrivain. J’écris de temps en temps des textes artistiques, des textes d’opinion et également des textes de vulgarisation scientifique.  J’ai participé à l’écriture d’un ouvrage collectif qui s’intitule « Politisez-vous ». Cet essai, « L’Or noir du Sénégal », explique le fonctionnement de l’industrie pétrolière ainsi que ses enjeux

Comment arrivez-vous à concilier votre travail de géologue et celui d’écrivain ?

J’ai ma petite structure où je fais des cartes pour des clients, où également je peux travailler comme géologue consultant. Mais pour l’écriture de ce livre, à un moment donné, j’ai dû m’y consacrer exclusivement, parce que cela nécessitait énormément de recherche, énormément de temps. J’ai dû mettre entre parenthèses mes activités professionnelles pendant un bon semestre. L’ambition de cet essai est de faire de la vulgarisation en partant des bases scientifiques et techniques de l’industrie pétrolière. Parce que c’est une industrie qui est très particulière, très capitalistique, où les investissements sont importants, et pour comprendre les investissements importants et risqués, il faut comprendre les bases techniques. Ayant travaillé un peu dans le domaine, j’ai estimé qu’il était temps que je partage le peu que je sais, même si je n’ai pas une expérience qui ferait pâlir les plus expérimentés du domaine. Mais j’en savais assez, j’étais assez passionné pour partager cela avec mes compatriotes.

Au-delà, c’était également faire de la vulgarisation des aspects juridiques : comment se font les contrats pétroliers et, enfin, faire des propositions relativement au futur du Sénégal. Quel Sénégal voulons-nous construire avec ces ressources ?

C’est un peu « Le pétrole pour les nuls » ?

Le pétrole pour les nuls, non. Je considère que les Sénégalais sont passionnés par le sujet et justement, le but est de diffuser des informations claires, assez sourcées, de manière simple, surtout de ne pas être spécieux ni savant dans le langage, avec des compatriotes qui ont exprimé beaucoup d’intérêt pour ce sujet. Effectivement, le livre a été construit comme un bréviaire c’est-à-dire comme un mémo, avec des chapitres très clairs et un lexique final qui revient sur les principaux termes liés à l’industrie pétrolière et gazière.

 

Dans le texte introductif du livre, vous avez déclaré que « le pétrole a surtout radicalement transformé le monde depuis sa « découverte » au milieu du XIXe siècle ». Concrètement, comment le Sénégal pourrait-il tirer de réels profits de la découverte du pétrole et du gaz ?

Le pétrole est une matière miracle un peu polyvalente qui a ses défauts certes, mais qui peut nous permettre également d’avoir de la matière première, notamment pour produire des engrais, mais surtout pour l’industrie des médicaments. Le Sénégal importe 95 % de ses médicaments modernes et la plupart des médicaments, beaucoup l’ignorent, sont des dérivés de l’industrie pétrochimique. Cela peut engendrer un impact sur la vie économique et la vie des sénégalais tout court. Enfin, on va forcément récupérer des devises des ressources, en vendant le gaz sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) ou en vendant ce pétrole dans les marchés internationaux. L’argent que l’on va récupérer pourrait être réinvesti par l’État dans des secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation et l’agriculture qui est un secteur très important qui emploie 60% de la population active sénégalaise. Mais, si on n’y prend pas garde, cette exploitation pétrolière pourrait recevoir les contrecoups d’une économie de rente. C’est-à-dire que si on procède comme des rentiers, on récupère l’argent du pétrole, donc on importe même ce que l’on mange, et on peut vite se retrouver avec une partie de la population au chômage.

Comment appréciez-vous les mesures que l'État du Sénégal est en train de prendre pour la gestion de ces ressources naturelles comme le pétrole et le gaz ?

Je pense que ce sont des mesures qui sont jusqu’à présent pertinentes. En termes d’information, il en manque peut-être un peu à l’égard du grand public. Je pense que si l’information était assez soutenue et didactique dès le départ, il y aurait eu peut-être un peu moins de polémiques que celles qu’on a connues jusqu’à présent. Moi j’essaie modestement avec cet ouvrage de participer à cette vulgarisation, mais l’État, notamment le Président de la République, a mis en place un comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz. Dans l’ensemble, c’est une bonne chose, parce que le pétrole ce n’est pas seulement de l’argent que l’on récupère, mais c’est surtout une ressource autour de laquelle il faut réfléchir. Qu’est-ce que l’on doit faire avec ? Comment doit-on l’exploiter ? Comment va-t-on essayer de répartir l’argent que l’on va récupérer ? De ce point de vue, je pense que le Comité d'orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Petrogaz) gagnerait à plus vulgariser son action, à plus communiquer et à proposer des lois d’orientation sur la gestion de ces revenus. Il me semble qu’au niveau de la Société nationale du pétrole du Sénégal (Petrosen), il y a un renforcement des effectifs, c’est quelque chose à saluer.

Partagez-vous cette psychose que l'on sent dans certains milieux par rapport à la malédiction des ressources naturelles en Afrique ?

Pour moi, le pétrole n’est pas une malédiction.  Le pétrole n’est pas frappé d’abomination, il ne réfléchit pas, le pétrole est juste une ressource naturelle qui a été formée depuis des millions d’années, enfermée sous terre et que le Sénégal et ses partenaires, comme d’autres pays africains, ont bien voulu aller chercher loin sous terre. Oui, ce sont des ressources géologiques ancestrales, mais il n’y a rien de mystique ni de maléfique dans cela. Je pense que ces ressources sont révélatrices de qui nous sommes. Si nous sommes de bons gestionnaires, si nous prenons de bonnes décisions, pour moi il n’y a aucune raison pour que le pétrole devienne une malédiction. Parmi ces bonnes décisions, figure notamment celle de bien informer les populations parce que des recherches ont montré que plus une population est informée, plus elle aura tendance à jouer le rôle de sentinelle vis-à-vis des dirigeants et des compagnies pétrolières pour que l’exploitation se passe bien d’un point de vue économique, social ou écologique. Et notamment, sur ce dernier point, on sait tous que nous sommes à l’ère d’une transition énergétique écologique qui s’annonce.  À mon avis, le Sénégal peut servir d’exception en Afrique de l’Ouest et en Afrique de manière générale.


copyright www.intelligences.info | 07/06/2018

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