Charlotte Seck, écrivaine-rédactrice au mensuel Amina: Les confidences d’une romancière engagée

Charlotte Seck, écrivaine-rédactrice au mensuel Amina: Les confidences d’une romancière engagée


 

Jeune romancière, Charlotte Seck publie son troisième roman, Hunimal, qui navigue entre le fantastique et la science-fiction. Mais au-delà de la littérature, cette Sénégalaise installée en France  est une personnalité aux multiples facettes. Rencontre.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours pour nos lecteurs ?

Charlotte Seck, j’ai 32 ans, je suis rédactrice pour Amina Magazine et consultante junior en exécution de programme de développement et programme humanitaire. Mon premier roman est paru en 2009, le deuxième en 2013 et Hunimal mon troisième roman  vient de paraitre. Je vis à Paris depuis 2004 mais mon travail dans le développement  me fait passer beaucoup de temps au Moyen-Orient et me faire parcourir le monde.

Dans votre livre,  à travers Ezra un personnage difficile à saisir, vous  abordez la question de l’identité ou même des identités, un thème devenu central dans la pensée contemporaine. Comment faire pour que les identités ne deviennent pas meurtrières, comme le craignait l’écrivain Amin Maalouf ?

 Ezra connait ses valeurs et sait ce qu’il veut mais il ne comprend pas pourquoi il ne ressemble à aucun membre de sa famille. À 7 ans il savait déjà qu’il voulait aller à l’internat, très loin de sa famille. Il a eu une vie sans influence parentale, sociale et religieuse. Les professeurs, les livres et les œuvres bibliques et judaïques lui ont enseigné les normes, dogmes, traditions et croyances des hommes auxquelles il n'a jamais adhéré.  Il a fait seul son éducation du haut de ses vingt quatre ans et cela sans aucune contrainte. Son identité est vraiment unique parce qu’elle n’a pas été influencée par sa famille, ni par son entourage, ni par des croyances religieuses même s’il est croyant. Dans le livre, il rend grâce au créateur de l’univers pour les belles choses qui forment la nature. Une identité ne peut être meurtrière si elle est dénuée d’influence. Au Sénégal, nous avons cette notion de caste qui influence un enfant dès son jeune âge à penser qu’il ne pourra jamais se marier dans le futur avec un autre  issu d’une autre caste, cela peut avoir des conséquences meurtrière car des vies peuvent être brisées par cette croyance que je juge sans fondement. Élever son enfant de cette manière équivaut à l’apprendre à être raciste et séparatiste. 

Vous même naviguez entre plusieurs eaux (mode, humanitaire, littérature, média). N’y a-t-il pas un peu d’Ezra en vous ?

La mode est ma grande passion mais ce n’est pas mon travail, mon vrai métier, c’est la consultance dans  l’humanitaire, les droits de l’homme et le développement. J’ai rejoint la rédaction d’Amina Magazine par hasard et cela a été une grande bénédiction, car Amina Magazine parait dans plusieurs pays du monde en Afrique de l’ouest, en Europe et aux Antilles. Je peux donc toucher tellement de femmes avec des rubriques comme la rétrospective/icône qui parle chaque mois d’une femme qui a marqué l’histoire ou son époque. Contrairement à ce que l’on pense, Amina n’est pas un magazine de mode. Nous sommes un mensuel féminin avec une section politique, économie, société, actualité, mode et beauté. Un moyen de toucher à tout et surtout de donner de la voix à toutes les femmes du monde.

Ce livre flirte avec le fantastique et la science-fiction. Pourquoi avoir opté pour ces deux genres ?

Le genre est le réalisme magique, il est né en Amérique du sud. J’aime beaucoup le fantastique dans un décor réaliste. Des auteurs comme Marie Ndiaye ou Victor Hugo ont créé des personnages un peu fantastique dans « l’homme qui rit », ils paraissent très réels lorsque l’on lit le livre pourtant on sait qu’on ne croiserait jamais un homme comme cela dans la rue.

Dans le dossier de presse vous dénoncez des travers tels que « la vanité, le culte de la jeunesse et la superficialité de certaines femmes de notre époque ».  Êtes-vous à ce titre un mécontemporain ?

J’aime beaucoup mon époque car nous avons toute la technologie et les moyens de communication qu’il faut, mais ce qui me dérange c’est l’obligation d’être belle à tout prix.  Pour moi, ça travestit l’élégance. J’adore la mode, mais je trouve que la vulgarité est la pire des choses qui peut arriver à une femme. Le botox, la chirurgie esthétique, les fausses hanches, les faux visages, tout cela est tellement dommage.

Vous gravitez dans  la mode, un univers qui de loin peut paraître superficiel.  Comment vous prémunissez-vous de ce côté factice ?

La mode n’est pas vraiment mon travail, c’est ma passion. J’assiste aux fashion weeks de Paris depuis 2009 car après la sortie de mon premier roman, tous les créateurs que j’y avais cités m’ont contactée. J’ai également participé à des campagnes comme les 10 ans de Pigalle de Christian Louboutin où  « j’étais la demoiselle en Pigalle » ou encore les 40 ans de la wrap dress de Diane Von Furstenberg qui est comme une mère pour moi. Le côté factice ne m’atteindra pas car pour moi l’élégance est très importante et on ne peut pas être élégant et superficiel. En outre, le fait de travailler dans le monde humanitaire me permet d’avoir la tête sur les épaules.

 

Vous êtes diplômée en Affaires internationales. Comment vous est venu le goût de la littérature ?

 

Lorsque j’étais petite, je lisais 3 livres par semaine que je prenais au centre culturel français. Ma mère découpait les belles phrases du journal et me les offrait en cadeaux quand elle revenait du travail. Plus tard, quand j’avais 14 ans, elle m’a abonnée au journal « Le Monde Diplomatique » et « le Courrier International » et là j’ai compris qu’il fallait que je  travaille avec les institutions internationales pour changer tout ce qui ne me plaisait pas dans le monde, c’est pour cela que j’ai fait ces études car sans cela je ne pouvais pas être dans les hautes sphères de décisions. D’ailleurs, j’ai écrit mon premier roman à New York en 2008 lorsque je menais une enquête sur la mondialisation auprès des Nations Unies, du FMI et l’Office d’agriculture du Texas. C’était mon stage de 4ème année et New York m’a tellement inspiré que je me suis mise à écrire. Au lycée, j’écrivais sur des cahiers et j’obligeais ma mère et mes camarades de classe à lire mes histoires.

Aujourd’hui on note l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs sénégalais (Mbougar Sarr, Felwine Sarr). Comment vous situez-vous dans ce milieu ?

Ce sont des grands auteurs que vous me citez-là. Je n’en suis qu’à mon troisième roman mais je suis très fière d’être écrivaine. Je n’arrive toujours pas à y croire.  C’est pareil pour Amina Magazine, à chaque fois que le magazine parait en kiosque je me dis c’est extraordinaire d’avoir participé à cela.

On l’a évoqué, vous êtes engagée dans l’humanitaire. Quelles sont les causes qui vous tiennent à cœur actuellement au Sénégal ou ailleurs ?

Ma zone est le Moyen-Orient et c’est l’agence de consulting qui détermine quelle zone affecter un consultant. Je me charge d’écrire les exécutions de programme humanitaire que ce soit sanitaire, sécuritaire ou alimentaire, parfois ce sont des zones de conflits gérés par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, parfois par la Croix rouge internationale ou Médecin du monde. Cela dépend du pays touché. Ce qui me tient à cœur, c’est le respect des droits de l’Homme. Une guerre, un ouragan ou une épidémie ne doivent pas être l’occasion de bafouer la dignité humaine pendant que le reste du monde regarde sans rien faire. 

Quels sont vos projets à moyen et long terme ?

Je vais commencer la promotion et la tournée littéraire d’Hunimal en Europe. J’espère avoir le soutien nécessaire pour le faite paraitre au Sénégal au plus vite. 


copyright www.intelligences.info | 30/11/2018

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