L'entretien culture
Baba Diop, journaliste, critique de cinéma: « Le court-métrage est un genre à part entière qu’il faut aussi prendre en considération »
11/03/2019
Baba Diop, journaliste, critique de cinéma: « Le court-métrage est un genre à part entière qu’il faut aussi prendre en considération »


La 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision d’Ouagadougou (Fespaco) a pris fin le 02 mars dernier. Quels sont vos sentiments quant à la participation du Sénégal ?

Au départ, puisque le Sénégal n’avait pas présenté de longs métrages, la presse a vite fait de dire que le Sénégal sera absent de la compétition. Mais il ne faut pas oublier que le Fespaco comporte plusieurs sections, dont le court-métrage, le documentaire, les films d’écoles etc. Le Sénégal, c’est vrai n’a pas présenté de longs métrages à la compétition, tout simplement parce que les films attendus n’étaient pas prêts à l’heure du bouclage des candidatures. Cependant,  le Sénégal est arrivé avec un renouvellement de sa cinématographie, en tout cas, une promesse de renouvellement par le truchement de jeunes réalisateurs qui ont présenté des films à la compétition, donc du court-métrages et du documentaire. Ce qu'il faut aussi noter, c’est que dans la sélection, il y avait plus de femmes que d’hommes. Cela veut dire que le cinéma au féminin a subi un bond depuis le début des années 2000. C’est forcément un atout. Un point à souligner, c’est le fait aussi qu’à l’issue du Fespaco, le Sénégal est revenu quand même avec deux primées (Angèle Diabang et Khardidiatou Sow). Je crois que nos courts métrages ont été de hautes factures. Aussi bien dans la photographie que dans le sujet qu’ils abordent.

Est-ce que dans la conscience collective, les gens n’accordent pas plus d’importance à la catégorie long-métrage fiction ?

Oui c’est ça. C’est peut-être de l’ignorance dans la structuration du Fespaco ou tout simplement parce qu’effectivement, les gens s’attendent toujours à la grande sélection, les films fictions, par rapport au documentaire, par rapport au cours métrages. Hors, le cinéma est constitué de plusieurs genres, comme en littérature il y a la nouvelle, il y a la poésie, il y a aussi le roman. C’est vrai que dans les compétitions, il y a des festivals qui ne sélectionnent que des films fictions long métrages. D’autres sélectionnent des films documentaires long métrages. Le court-métrage, ce n’est pas un sous-genre, c’est un genre à part. Cela veut dire que c’est aussi une école de précision, de comment en un laps de temps parler d’un sujet, le traiter et y apporter une esthétique. Je comprends  leur point de vue parce qu’à deux reprises on a remporté la compétition long-métrages avec Tey et Félicité (tous les deux du réalisateurs Alain Gomis, respectivement Yennenga 2013 et 2017, ndlr). Effectivement dans la conscience collective c’est que la grande sélection concerne les films de fiction longs métrages. Et ils ne tiennent pas compte effectivement du documentaire.  Par exemple, le Sénégal a eu des prix dans des festivals avec Kemtiyu Cheikh Anta d’Ousmane William Mbaye. Donc cela veut dire que le documentaire aussi fait partie du cinéma et qu’il faut le prendre en considération.

Quelles sont les raisons de l’absence des longs métrages fictions sénégalais dans la compétition cette année ?

Il y avait Laurence Gavron qui avait terminé son film et qui était en finition, en étalonnage. Le film de Ben Diogueye qui aurait été prêt pour le festival, a subi un arrêt parce que ses partenaires américains n’ont pas honoré leurs promesses, mais aussi parce que son comédien principal est décédé. On espère que le film reprendra et que quelques éléments vont être intégrés dans sa narration. Donc c’étaient les trois longs métrages qui normalement, s’ils étaient terminés, pouvaient trouver leur place dans la compétition.

Notre consœur Fatou Kiné Sène de l’Aps a été portée à la tête de la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique (FACC) en marge du Fespaco. Quelle appréciation faites-vous de cette nomination ?  

Au regard du travail que fait Fatou Kiné Sène dans le domaine de la critique cinématographique, étant aussi la présidente de l’Association sénégalaise, c’est vrai que c’est une reconnaissance d’abord, mais aussi une nouveauté. Les femmes prennent le pouvoir dans la Fédération africaine de la critique cinématographique puisqu’elles sont nombreuses à occuper des postes. Soit de vice-présidente, soit de trésorière, etc. Comme c’est une nouveauté, je crois que Fatou Kiné Sène mérite largement cette reconnaissance. Maintenant, c’est à elle d’impulser un nouveau souffle à la Fédération africaine. Mais elle n’est pas la seule. Elle a autour d’elle, les autres associations mais aussi le bureau de la Facc.

Que lui souhaitez-vous ?

Bonne réussite. De toutes les façons nous sommes là pour l’appuyer, pour la conseiller, pour apporter plus d’étoffe peut-être aux actions qu’elle va mettre en œuvre. Cette féminisation va renouveler  le dynamisme de la Fédération africaine de la critique cinématographique. On espère aussi qu’elle pourra enfin avec le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, faire en sorte que le siège de la FACC soit effectif.

Comment avez-vous trouvé les deux courts métrages primés au Fespaco ?

Une place dans l’avion Kadidiatou Sow (Poulain d’argent) qui avait déjà été primé au Clap Ivoire (compétition sous régionale de courts métrages) montre que bien que notre cinéma soit un cinéma sérieux en général, il était intéressant de savoir qu’il y a possibilité que l’humour a sa place aussi dans notre cinématographie. Et que le film de Kadidiatou Sow montre également un sujet aussi grave qu’est l’émigration, mais sous le prisme de l’humour. Il y a également le travail qu’elle a fourni sur le plan esthétique.

Sachant qu’elle est plasticienne, elle a su donner une tonalité artistique à sa mise en scène, aux éléments qui concourent à la fabrication de ce film. Il y a aussi le fait qu’elle a fait un travail sur Saneex, qui est un comique de la télévision, vu au cinéma, n’est plus le Saneex que l’on voit sur petit écran. Pour Angèle Diabang, son sujet est grave. C’est d’abord un sujet d’actualité. On parle du célibat des prêtres, on parle de pédophilie etc. Voilà qu’elle aborde le sujet sous l’angle de la religion. Mais seulement c’est une musulmane qui tombe amoureuse d’un prêtre catholique. Elle avait déjà abordé un sujet similaire dans son film « Femmes et Islam »

 

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