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L'entretien culture
Mame Woury Thioubou, journaliste-réalisatrice:« Faire un documentaire, c’est aussi filmer des relations »
29/04/2019
Mame Woury Thioubou, journaliste-réalisatrice:« Faire un documentaire, c’est aussi filmer des relations »


 Vous  êtes la réalisatrice du film documentaire « Fiifire en pays Cuballo ». C’est votre premier long métrage et déjà une certaine reconnaissance de la profession. Quel a été votre sentiment après le Prix du Festival Vues d’Afrique (meilleur long métrage) ?

C’est encourageant de savoir que l’on fait un film, qu’il soit présent dans un festival et qu’en plus, il obtient un prix.  Je le prends comme un encouragement. Je vais donc poursuivre mes efforts pour faire plus et mieux.

Dans quelles conditions le film a-t-il été réalisé ? Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

J’ai développé ce projet depuis 2009, année durant laquelle je suis entrée en master de réalisation et documentaire à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. L’idée m’a été inspirée par mon enfance. J’appartiens à ce peuple de pêcheurs, mais étant née à Dakar, ayant grandi loin de Matam, je n’avais pas contact avec ce monde. Je n’avais que pour repères, les chants Pékanes que mon père écoutait. Mon père qui était nostalgique de son terroir, écoutait souvent les chants de Guelaye Ali Fall qui racontent les exploits de grands pêcheurs. C‘est lorsque je suis retournée à Matam en 2004, que j’ai découvert ce territoire que chantait Guelaye Ali Fall. J’ai découvert un quartier où la pauvreté était très présente, où les gens vivaient de pêche et d’agriculture, où quand ils arrivaient à assurer deux repas par jour, c’était une prouesse. Cela a fait naître en moi une sorte de frustration. J’étais frustrée de voir que ces héros que je m’étais fabriqué dans mon imaginaire n’existaient pas. Sur place, j’ai rencontré mon personnage  principal qui s’appelle Aboubacri Diaw. C’est un monsieur qui, dans le quartier, a la réputation de ne jamais rentrer bredouille quand il part  à la pêche. On disait de lui que quand il va à la pêche, il utilise son savoir mystique, des incantations afin de ramener beaucoup de poissons là où les autres n’y arrivaient pas. C’est donc la preuve que toutes ces histoires n’étaient pas que des légendes. Cette tradition thioubalou existe bel et bien. C’est comme cela qu’est née l’idée du film, avec l’envie de redécouvrir ce territoire.

Pour les besoins du film, vous vous êtes plongée dans un milieu plutôt masculin. Comment s’est faite la préparation du film ?

J’ai pu bénéficier du soutien et de l’accompagnement de toute la population dans ce quartier de pêcheurs, parce que c’était d’abord ma famille et ils ont accepté de m’aider. C’est aussi parce que j’ai montré que j’avais envie de comprendre, que je n’étais pas venue pour juger ni pour condamner. Mais j’avais envie de comprendre et ils ont accepté de partager leurs connaissances et leur savoir-faire. C’est vrai que dans cette culture, les femmes ne sont pas très actives dans le domaine de la pêche. Dans cette partie du fleuve Sénégal les femmes ne pêchent pas. Les hommes n’ont pas l’habitude de partager leurs connaissances avec des femmes, parce que traditionnellement elles sont tenues éloignées de certains secrets parce que dit-on, quand on confie un secret à une femme, ce secret se retrouve dans la maison de son mari. Comme les Cuballo sont une société dont les rivalités sont très fortes entre familles, elles tiennent à protéger ce savoir. Ce qui explique que les femmes ne sont pas intégrées dans ce système. Mais je pense que j’ai aussi bénéficié de mon préjugé favorable de citadine curieuse qui a envie de comprendre.

Vous êtes également journaliste. Existe-t-il un lien entre les deux métiers ?

Je pense qu’il y a un lien parce que souvent, mon métier de journaliste constitue ma porte d’entrée. Les rencontres avec les personnages se sont faites parce que je les interroge. Ce que je fais ensuite c’est de faire un article. Cela me permet de creuser le sujet, de pouvoir discuter avec la personne en vue d’un futur projet. Faire un documentaire, c’est aussi filmé des relations, et la manière dont ces relations se nouent est facilitée par le journalisme.

Comment avez-vous réussi à financer le film ? Qu’attendez-vous de cette production ?

Le financement a été compliqué au début, ce qui avait retardé la réalisation du film. Ce point est très important parce que c’est un documentaire qui a été fait avec un financement sénégalais en l’occurrence le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique (FOPICA). Nous avons cherché des financements durant des années sans en trouver et finalement, c’est grâce au Fopica que l’on a pu le faire. C’est la preuve que ce fonds mérite d’être renforcé, car il permet à des films qui n’avaient pas de soutiens financiers de se faire.

 

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