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AZIZ FALL, AUTEUR : « La devise est importante parce qu’elle nous procure un référentiel »
07/06/2019
AZIZ FALL, AUTEUR : « La devise est importante parce qu’elle nous procure un référentiel »


 Directeur de la promotion et de la coopération à l’Agence nationale pour les Énergies renouvelables, Aziz Fall a publié son premier ouvrage “Les promesses d’une devise” à la veille de l’élection présidentielle de février dernier. Si le timing est fortuit, les sujets abordés quant à eux collent toujours à l’actualité. Intelligences magazine est allé à sa rencontre…

 Vous avez publié votre premier ouvrage « les promesses d’une devise » en novembre 2018,  veille de la campagne en vue de l’élection présidentielle du 24 février. Qu’est-ce qui a impulsé l’écriture de cet ouvrage ? Pourquoi ce timing ?

Je crois que le timing relève plus des circonstances que d’un calcul froid, dans le sens où j’ai fini la rédaction du manuscrit bien plus d’un an avant sa publication. En fait, ce qui a retardé la sortie c’est que, dans un premier temps, des personnes proches ont tenté de me dissuader de le faire et d’attendre, mais c’est surtout le fait que j’attendais un préfacier pour finaliser le projet. Une fois que j’ai pu avoir la confirmation de Moussa Mbaye, mon ami et frère que j’admire énormément, pour prendre en charge la préface, le processus de production s’est enclenché et c’est presque par hasard que cela est sorti le 28 Novembre.

Dans une interview, vous avez déclaré que nous sommes dans une société orale. Vous l’avez d’ailleurs fait savoir dès l’entame de votre ouvrage en demandant la permission aux aînés de prendre la parole. Estimez-vous que la société sénégalaise perd de plus en plus ces valeurs ?

Je ne suis pas de ceux qui sont alarmistes voire fatalistes quant à l’éventualité de la perte des valeurs. Parce que les valeurs on ne les perd pas. Elles sont déjà ancrées dans notre subconscient collectif. La question est de savoir dans quelle mesure on est capable de les activer. La société Sénégalaise est une société orale. Et quand je prends le risque ou en tout cas, quand je prends la décision de m’exprimer peu importe d’ailleurs la plateforme, je ne peux pas m’exprimer sans refléter quelque part les éléments de référence de mon patrimoine culturel. Et ce patrimoine c’est que oui, nous sommes une société orale et donc pour s’exprimer il faudra respecter les canons de l’oralité et comprendre son importance. Je dirais presque sa sacralité.

Et en cela, il y a des efforts à faire car on ne les a pas perdus parce qu’ils sont toujours là, mais est-ce qu’on les active comme il faut ? Est-ce que nous en sommes conscients comme il faut ? Est-ce qu’on les revendique comme il faut ? Et surtout est-ce qu’on respecte, justement, cet héritage là comme il faut ? La question se pose. D’autant plus que parfois on remarque un certain délitement du discours social et ça se traduit au niveau des sphères familiale,  professionnelle,  politique etc.

Ayant consacré un livre à la Devise, quelle est son importance dans la construction nationale ?

La devise pour moi est d’une importance capitale. D’ailleurs c’est ce qui justifie mon entreprise de réflexion autour d’elle. La preuve : elle  est l’objet de mon seul et unique ouvrage. En tout cas, jusqu’à présent. La devise elle est importante parce qu’elle nous procure un référentiel. C’est le viatique qui nous permet d’identifier les contours de notre société, ses caractéristiques fondamentales, ses valeurs, mais surtout son ambition. Et je crois que ce triptyque nous oriente d’abord en termes de regard sur soi, autrement dit qui nous sommes ; ensuite le focus se déplace vers notre but sociétal ou le pourquoi nous devons exister, ce pourquoi nous devons nous atteler à construire, raffermir ce liant immatériel qui donne substance à notre existence communautaire,  cet élan qui fait que je suis prêt à me dépasser parce qu’il y a quelque chose de transcendant qui justifie cette entreprise, cette action, ce geste bref quelque chose de noble. Cela doit être le but que cette nation nôtre poursuit. La foi, quant à elle, ne peut nous être élusive parce que nous avons pu identifier et percevoir dans notre histoire des éléments qui nous permettent de croire qu’il n’y a rien qui puisse échapper à notre volonté si nous voulons vraiment y arriver. Quelle que soit la tâche, quelle que soit la grandeur de l’ambition, nous avons ce qu’il faut pour croire en nos capacités d’y arriver.

 

« On est jamais à l’abri d’un chaos », c’était l’une de vos préoccupations à la veille du scrutin. L’élection s’est passée relativement dans le calme. Est-ce là le signe d’une maturité certaine du peuple sénégalais ?

Oui, c’est vrai que les élections se sont déroulées dans le calme, et nous nous en réjouissons. Sauf que, en soi, ce n’est pas un accomplissement quand on est Sénégalais. Et on dit souvent  c’est une maturité politique, c’est une certaine avancée démocratique, mais moi je vois la chose de manière plus ou moins différente. Je vois cela plus comme étant l’expression, si vous voulez, du caractère fondamental du Sénégalais et de la Sénégalaise. Ce qui se passe dans notre pays est moins le reflet de notre maturité politique que de notre nature. Á cet égard, j’évoque de manière fréquente le concept de décence dans le texte ; eh bien elle s’est sédimentée dans nos âmes et s’est incrustée dans le tréfonds de nos êtres.  De telle sorte que vous pouvez rencontrer certains qui ne sont pas du tout au fait des dynamiques politiques pures et dures, qui ne comprennent même pas les arcanes de la démocratie ou du code civil, démontrer un comportement propice à un climat de paix, à une société fonctionnelle, à une société de dialogue, à une société où on a, de manière presque naturelle, embrassé les codes de la décence. On peut être en désaccord profond et absolu avec l’autre et cela ne nous empêche pas de le considérer quelque part comme notre prolongement à travers des mécanismes socio-culturels qui se sont développés dans le temps, mais aussi par le fait que nous sommes un peuple béni.

Le poète Amadou Lamine Sall a dit de vous que vous êtes un optimiste. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que la cohésion sociale ne soit jamais menacée ?

Oui, un optimiste ! Vous savez, il y a quelqu’un qui disait que l’optimisme est de volonté alors que le pessimisme est d’humeur. Vous comprenez que je ne peux pas savoir ce que je sais du peuple Sénégalais, des hommes Sénégalais, des femmes Sénégalaises sans être optimiste.  Cela n’a aucun sens. Et, il faut également se rendre à l’évidence que l’optimisme n’est pas une incapacité de voir la réalité, non, c’est de déceler au sein des éléments de la réalité des indices qui vous permettent de croire que oui on a tout pour réorienter la dynamique de notre existence et pour la mettre dans le sens de notre aspiration profonde. Nous en avons les capacités morales, les capacités intellectuelles et les dispositions sociales. Seulement il faudra un travail acharné à la fois des leaders mais aussi de tout le monde pour qu’on soit vraiment inscrit dans cette logique-là.

 

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