A la une Sport

Ligue 1 sénégalaise : les joueurs locaux à la recherche de l’Eldorado

Le 15 octobre prochain, la ligue 1 Sénégalaise reprendra ses droits. Comme chaque année, un départ massif de joueurs vers d’autres championnats a été noté. Une situation, qui a des répercussions sur le niveau de la première division sénégalaise.
Lamin Jarju, élu meilleur joueur à l’issue de l’exercice 2021-2022 de la ligue 1 Sénégalaise, a signé cet été dans le club soudanais d’Al Hilal. Et c’est loin d’être le seul. Paul Valère Bassène (Mouloudia Club), Bouly Junior Sambou (Wydad AC) ou Ngagne Fall (Itihad Tanger), qui se sont illustrés pour leur qualité, ont tous plié bagages pour jouer dans d’autres clubs africains. Cet exode massif de joueur de Ligue 1 vers d’autres championnats n’est pas une chose nouvelle et les causes sont nombreuses. Même si certains clubs font des efforts pour répondre aux normes de professionnalisme du championnat local, côté financier, le retard par rapport à d’autres championnats est énorme.
« Notre ambition, c’est de faire en sorte que les joueurs qui n’arrivent pas à s’expatrier puissent gagner convenablement leur vie au Sénégal. Cela passe inéluctablement par un accompagnement de l’Etat. Il y a un salaire minimum qui a été fixé par la Ligue c’est 70 000 F CFA. Il faut que cela soit revu à la hausse, jusqu’à 100 000 voire 150 000 FCFA par exemple et que l’Etat prenne en charge une bonne partie de ces montants.» Ce sont là les propos que Mohamed Djibril Wade, le président de la Ligue sénégalaise de football professionnel (LSFP), a tenus en décembre 2021 dans un cadre d’échanges sur les 12 ans de professionnalisation du football sénégalais. Ils témoignent ainsi de la précarité dans laquelle se trouvent les joueurs de l’élite sénégalaise.
Prenons l’exemple de Lamin Jarju. Lors de son transfert du Casasport vers Al Hilal, l’international gambien a empoché une prime à la signature de 50 000 euros (33millions de Fcfa) et perçoit un salaire annuel de 61 000 euros (40 millions de Fcfa). Quand on sait que dans le pays des champions d’Afrique le football est un facteur d’ascension sociale, impossible de résister à de telles offres.
En plus du facteur financier, le rêve de porter le maillot de la sélection nationale motive beaucoup de joueurs dans leur exil. Elle est loin l’époque où l’équipe du Sénégal alignait une majorité de joueurs issue du championnat local. Lors du titre en février dernier, seul Alioune Badara Faty (Casasport), 4e gardien des Lions a fait partie de l’équipe nationale. Pour voir un joueur de Ligue 1 sénégalaise jouer un match avec le Sénégal, il faut remonter au 1er septembre 2021 avec le latéral droit de Teungeth FC Moutarou Baldé, lors du match Sénégal-Togo (2-0), comptant pour les éliminatoires de la coupe du monde 2022 en zone Afrique.
« La Jeanne d’Arc de Dakar a tenté de le faire au début des années 2000 avec des salaires conséquents et une participation en ligue des champions. À l’époque, leurs joueurs avaient l’opportunité de jouer en équipe du Sénégal », relève le journaliste sportif Salif Diallo, cité par Sport News Africa.
La situation actuelle du championnat sénégalais est imputable à plusieurs facteurs notamment l’absence de revenus liés aux droits TV qui devaient permettre aux clubs d’avoir une solide assise financière. Pourtant, l’espoir était permis. En novembre 2018, un contrat avait été signé avec Startimes, une entreprise chinoise, pour la diffusion des matchs. Le contrat s’échelonnait sur 10 ans et un montant de 6,3 milliards de francs CFA était prévu en contrepartie financière. Mais le groupe chinois s’est retiré à la suite d’un conflit avec Excaf Télécom.
La saison dernière, les clubs sénégalais se sont arrangés pour retransmettre leurs matchs sur Youtube.
Le titre de champion d’Afrique gagné par les Lions en février dernier devait servir de tremplin pour le football local, mais force est de constater que pour l’instant, elle fait office de camouflet face à l’état délétère de la ligue nationale.

error: Content is protected !!