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Journée mondiale de l’eau : « L’eau potable ne devrait pas être un luxe. Pour trop de gens, c’est encore le cas » (Zafrir Vaknin)

« Soyez le changement » (Be the change) est la devise de la campagne de la Journée mondiale de l’eau de cette année, promue par l’Organisation des Nations Unies (ONU), et son objectif est limpide : nous devons accélérer le changement pour résoudre la crise de l’eau et de l’assainissement, et encourager les gens à repenser leurs attitudes vis-à-vis de la gestion responsable et la consommation d’eau au quotidien.

Il y a plusieurs défis à relever. D’une part, il y a le gaspillage d’eau causé par une consommation excessive d’eau ; d’autre part, l’accès durable à l’eau potable et à l’assainissement est encore hors de portée pour beaucoup, avec près d’un quart de la population mondiale (des milliards, pas des millions !) touchée. Malgré les étapes importantes qui ont été franchies et les progrès réalisés, il reste encore beaucoup à faire.

Selon l’ONU, l’accès à l’eau potable est un droit humain universel. Pourtant, en Afrique sub-saharienne, seuls 39 % de la population ont l’eau raccordée à leur domicile. Dans les zones rurales, ce chiffre tombe à seulement 19 %. Pour ne prendre qu’un seul pays en exemple, plus de 50% des Angolais n’ont pas accès à l’eau potable. J’oserais dire qu’assurer l’accès à cette population, compte tenu des défis uniques de la région et de la taille du territoire, prendrait des années même avec des ressources illimitées.

L’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires a de nombreux effets positifs en cascade, certains moins évidents que d’autres. Les résultats en matière de santé s’améliorent considérablement, avec une morbidité infantile plus faible et une diminution des maladies parasitaires. Si l’eau est disponible plus près d’un village, cela libère beaucoup de temps pour que les familles puissent répondre à d’autres besoins, tels que l’éducation, le travail et la garde des enfants. La sécurité est une autre préoccupation, en particulier pour les femmes et les enfants, car ce sont généralement eux qui font le trajet jusqu’à la rivière la plus proche, parfois à quatre heures de marche. Cela signifie que des millions de personnes sur le continent africain n’ont d’autre choix que de faire face à d’innombrables risques quotidiens pour répondre à un besoin humain fondamental. Puisqu’il est vital d’obtenir de l’eau propre et saine pour leurs villages, la longue route doit être parcourue encore et encore.

Les principaux défis dans l’élaboration de plans pour résoudre ces problèmes vont du coût des systèmes d’assainissement appropriés à l’approvisionnement en matériaux durables. Puisque le but ultime est d’assurer l’autosuffisance de ces populations dans ce domaine, l’approche doit être holistique et à plusieurs volets, en travaillant main dans la main avec la communauté locale.

J’ai personnellement été témoin de l’ampleur de la planification et du dévouement nécessaires pour mettre en œuvre de telles initiatives avec Owini. Notre projet Eau Pour Tous 2021 (Water For All) a travaillé sur les infrastructures pour fournir un meilleur accès à l’eau potable à 214 villages en Angola. Chaque étape du projet a nécessité une immense quantité de main-d’œuvre, de financement, de compétences et de diligence de la part de personnes de nombreux secteurs, tant locaux qu’internationaux. Pour illustrer l’ampleur de ce projet, il a fallu mener des enquêtes pour évaluer la situation, attirer des ingénieurs compétents, organiser l’approvisionnement en matériaux et équipements, former le personnel local, développer des campagnes de sensibilisation, etc. !

De même à l’échelle macro, la résolution de ces problèmes doit avant tout reposer sur l’implication, la collaboration et l’engagement de chacun – engagement qui ne doit pas seulement viser à assurer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour l’ensemble de la communauté mondiale (et ainsi réduire les inégalités), mais aussi pour éviter de gaspiller l’eau.

Avec l’augmentation du nombre d’événements météorologiques extrêmes dans le monde, la pénurie d’eau devrait toucher des régions qui ne l’ont jamais connue auparavant – des pays comme la France et les États-Unis signalent déjà une augmentation inquiétante des sécheresses, par exemple. D’un autre côté, bien que l’agriculture et l’industrie consomment de loin le plus d’eau douce, la consommation d’eau domestique a augmenté de 600 % au cours des 50 dernières années, l’individu moyen en Europe utilisant environ 150 litres d’eau par jour (en Afrique, ce nombre peut être aussi bas que 47 litres).

Les initiatives visant à réduire la consommation d’eau dans le monde vont de projets mondiaux tels que ceux d’ONU-Eau (UN-Water) à des ordonnances locales telles que l’interdiction à court terme des tuyaux d’arrosage et des efforts individuels pour économiser l’eau en installant des pommes de douche à faible débit, tout en sensibilisant le public. Cela démontre l’effort requis de tous les niveaux de la société.

Cette crise nous affectera tous, et c’est donc à nous tous de la résoudre. Les gouvernements et les décideurs, les entreprises et les organisations, les écoles, les familles et les individus doivent s’unir pour trouver et mettre en œuvre des solutions.

* L’auteur est directeur d’Owini filiale de Mitrelli, et dirige l’initiative « Eau Pour Tous » (Water For All) en Angola, reliant des centaines de villages isolés, et 430 000 personnes à l’eau potable.

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