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Burkina : Ibrahim Traoré peut-il incarner le nouveau Sankara face au terrorisme ?

« Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir », a dit Frantz Fanon. Ainsi, du Capitaine Traoré qui a pris le pouvoir par les armes au motif de combattre efficacement le terrorisme qui ronge son pays. A en croire le résultat des assises nationales organisées ce week-end, le capitaine Ibrahim Traoré, vu comme le messie, a été plébiscité.

Pour sa première sortie officielle après sa consécration au poste de président de la transition, le Capitaine s’est recueilli sur la tombe du Capitaine Thomas Sankara. Celui-ci assassiné 35 ans plus tôt, incarnait la révolution africaine. Tout porte à croire qu’il s’agit là d’une passation de flambeau.

Seulement, ici, la géométrie est bien variable. Le combat d’avant-garde que le Capitaine Sankara avait mené s’inscrit dans un champ politico-économique et social dont on connaissait les tenants et les aboutissants. À contrario, on ne connait pas les ennemies du Burkina Faso. Le jeune Capitaine de 34 ans devra alors vaincre dans une guerre asymétrique.
Dans le combat de tous les jours pour regagner son autorité sur l’ensemble de son territoire, le Burkina Faso est dans l’abîme. Pas plus tard que ce samedi, comme s’ils voulaient faire un pied de nez au nouveau souverain, les hommes armés ont, à Bouroum dans le centre-nord du Burkina, tendu une embuscade à une unité mixte de soldats et de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Le bilan provisoire fait état de 12 morts, dont quatre soldats et huit supplétifs de l’armée, et cinq personnes portées disparues. À moins que ce soit une manière pour les terroristes de rappeler aux militaires que l’ennemi n’est pas à Ouagadougou, et encore moins au palais présidentiel.

C’est dire donc que le défi est immense et demande assez de concentrations. Mais il doit se concentrer sur les priorités de l’heure, s’attaquer à l’ennemi, le vrai. Pour réussir, il est un devoir pour lui de se rendre insensible au populisme rampant et le gouvernement par les réseaux sociaux. Car, une bonne partie de la société civile et de l’opinion est prise au piège des infox et des thèses complotistes.

Le capitaine Traoré sera sans doute le Sankara du XXIème siècle à la seule condition qu’il réussisse à chasser les terroristes et rendre à l’Etat Burkinabé son autorité sur l’ensemble du territoire national avant les prochaines élections dans 21 mois. Il semble qu’il mesure l’envergure de la tâche et en appréhende les difficultés, mieux que le colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui, lui-même, avait chassé du palais présidentiel de Kossyam…par les armes, le désormais ancien président démocratiquement élu, Roch Marc Christian Kaboré.

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