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Massacre du 28 septembre en Guinée : Les enjeux d’un procès inédit

Il aura fallu treize ans d’attente pour qu’enfin s’ouvre le procès du massacre du 28 septembre 2009 en Guinée. Sitôt ouvert, il a été renvoyé au 4 octobre. La bonne nouvelle pour les victimes de ce massacre, c’est la comparution des principaux accusés. Ils sont treize inculpés par les enquêtes préliminaires dont onze étaient présents dans la salle d’audience.

Pour le gouvernement de la transition, et surtout le chef de la junte, il faut créer la rupture avec le cycle d’impunité qui règne en Guinée depuis son accession à l’indépendance. Du moins c’est ce qu’affiche Mamadou Doumbouya. Le dossier lié au procès a reçu une accélération notoire ces derniers mois jusqu’à l’ouverture du procès.

Selon Kairaba Kaba, conseiller du ministre et porte-parole de la chancellerie, « Depuis la commission de ce crime de masse, il y a treize ans, qu’est-ce qui avait manqué pour que ce qui se prépare maintenant, ce qui est prêt à se tenir maintenant, se réalise ? Un seul élément : la volonté politique. À la faveur des changements intervenus, on a eu à la tête de ce pays un homme qui a de l’énergie, qui a de la volonté, qui veut faire avancer les choses. Je veux parler du colonel Mamadi Doumbouya. », a-t-il déclaré.

Ce procès, une diversion politique ?

Pourtant, l’ère de Doumbouya n’est pas si reluisante en termes de liberté. Les contestations populaires en rapport avec la durée de la transition grandissent semaine après semaine. Même s’il n’a pas affiché sa volonté de briguer la magistrature suprême par les urnes, nombre d’opposants politiques lui attribuent l’intention de vouloir durer au pouvoir.

Dès l’annonce de la junte de procéder aux élections après trente-six mois de gestion, les tensions politiques ont monté d’un cran. Et depuis l’annonce du procès des évènements du 28 septembre 2009, toutes les attentions s’y sont focalisées. Tout comme une trouvaille politique, l’ouverture de ce procès encense le chef de la junte. Il est vrai qu’il a pris des décisions courageuses à sa prise du pouvoir. Les unes ayant suscité plus de polémiques que d’autres. On se demande bien si ce procès est motivé par la seule volonté de rendre justice aux victimes et de situer les responsabilités politiques dans ce crime odieux. S’il (ce procès) est une trouvaille politique, alors il y a possibilité de le transformer en un feuilleton judiciaire avec de multiples rebondissements. On peut faire exprès, par exemple, de biaiser la procédure offrant des vices de procédure exploitable par la défense dans ses requêtes de suspension ou de report.

C’est d’ailleurs l’impression que donne la toute première journée de ce procès. « Les avocats de Moussa Dadis Camara estiment que certains droits de leur client ne sont pas respectés. Maître Pépé Antoine Lama : ‘’ Depuis hier soir, nous n’avons pas pris attache avec nos clients. Nous les attendions au tribunal avant de faire les derniers entretiens, avant qu’ils ne soient invités à comparaître à la barre du tribunal. Malheureusement, on a fait comme si nous, avocats, étions intrus dans ce Palais de justice. On nous a empêchés d’accéder à nos clients.’’ », des propos relayés par le site RFI.  Et comme une symphonie bien orchestrée, « Sur ce point, les avocats des parties civiles sont pleinement d’accord : pas question de créer les conditions d’un procès expéditif.

‘’Pour que ce procès puisse bien se tenir, il faut qu’il puisse se tenir dans la sérénité, quand les moyens de la défense pourront s’exprimer dans toute leur plénitude, affirme Maître Martin Pradel, membre du groupe d’action judiciaire de la Fédération internationale des droits de l’Homme. Nous sommes avocats des victimes, mais nous ne voulons pas un procès escamoté des moyens de la défense.’’ », peut-t-on lire sur le site d’information.

Tout cela mis ensemble, rend plausible la thèse de diversion. La junte peut se servir de ce procès pour redorer son image. Le contraire, les prochaines semaines nous en édifieront.

Ce procès, un défi pour la Guinée

En attendant l’issue, c’est un pari gagné pour la Guinée qui a bataillé dur pour que ses citoyens soient jugés sur son sol. De nombreuses missions de la Cour Pénale Internationale ont été destinées à établir la possibilité pour la Cour de poursuivre les présumés responsables. Cela, au cas où la justice guinéenne ne le ferait pas. Les autorités guinéennes n’ont ménagé aucun effort pour donner à ce procès l’écho populaire qu’il devrait avoir. La salle d’audience a été spécialement construite à cet effet. L’audience a été publique avec accès aux médias. Les magistrats ont été formés pour gérer la conduite de ce procès qui marque aussi un début de souveraineté judiciaire.